« L’homme vertical » de Davide Longo.

homme vertical-Avec ce qui se passe, à quoi sert ce genre de livre? dit-il. – Les livres sont toujours inutiles […] y compris quand il ne se passe rien de ce qu’on voit en ce moment.

Leonardo, écrivain et professeur de littérature cinquantenaire, vit retiré dans son village natal depuis le dévoilement de la scandaleuse relation qu’il entretenait avec l’une de ses étudiantes.  Séparé de sa femme et de sa fille, il regarde sans la voir l’Italie glisser peu à peu vers la barbarie.  L’argent ne circule plus, les médicaments se font rares, les administrations se délitent peu à peu, tous cherchent à se protéger de tous.  Une vague de terreur submerge peu à peu l’Italie, jusqu’en dans ses campagnes reculées.  La peur puis la folie (celle, furieuse, délirante, qui ne vient pas en contradiction de la raison mais la remplace) s’installe.  Et, au milieu de tout cela, dans le refus obstiné de céder à ses principes, Léonardo, tout tissé de ses lectures, se révèle figure parfaite de l’inadéquat.

L’appendice encombrant de la réflexion avait disparu, laissant la place au besoin à l’état brut.

Dans ce tableau d’une Italie déchirée par une violence sans nom, hantée par une hantise comme atavique pour tout ce qui touche à « l’extérieur » (au point d’oublier que ce qui contamine ne vient jamais de l’extérieur) Davide Longo ne dévoile jamais les causes de l’horreur qu’il décrit.  Comme si la situation était à ce point séparée de ce qui la fondait qu’on ne pouvait plus en discerner la moindre trace.

Il comprit que ce qui se passait dans cette salle était engendré par la peur, mais s’était éloigné de sa source au point de n’en garder aucune trace.

Comme libéré de tout lien primordial, l’enchaînement des effets et des causes peut alors dérouler toute son épouvante, celle-ci trouvant un surcroît hallucinatoire dans l’absence de ce qui pourrait venir l’expliquer pratiquement.  En pointant cette absence (et pointer revient ici à n’en rien dire) de la cause discernable d’un évènement, Davide Longo nous rappelle que c’est d’abord cet oubli qui rend l’évènement inéluctable.  Et, du coup, le récit initiatique qu’est « L’homme vertical » prend la teinte angoissante et nécessaire (mais aussi chargée d’espoir) du rappel à l’ordre.

Il n’y avait que le temps, et les hommes qui le traversaient.

Davide Longo, L’homme vertical, 2013, Stock, trad. Dominique Vittoz.

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