Librol.

Fille qui danseLe libraire, ce rebelle dans l’âme (en cela aidé par une brochette de conseillers culturels de la FWB), devant l’érosion de ses marges (enfin, plutôt de ses ventes, parce que les marges, hein…), se dit un jour qu’une partie de la solution devait forcément se trouver dans le numérique.  Car si le livre ne se vend plus, ma bonne dame, et que celui-ci est en papier, hé bien, c’est que c’est parce que le livre est en papier qu’il ne se vend plus.  Mais bon sang mais c’est bien sûr!  Et de cette miraculeuse illumination naquit ça.  Et de ça s’ensuivent ces quelques maigres considérations :

1. Un libraire n’est ni un graphiste, ni un informaticien. Ce site est une vraie ode à la spécialisation des métiers.

2. Il est évident qu’attirer l’attention des lecteurs sur le numérique, voire leur en donner le goût, est une excellente manière de les faire revenir vers la librairie.  En effet, comment appuyer mieux ce pieux message : « revenez en librairie siouplaît! », qu’en incitant les lecteurs à commander de chez eux.  Cette évidence, nous en doutions avant.  Nous pensions même que cela relevait plus de la corde au cou ou de la balle dans le pied que de l’idée de génie.  Mais ça c’était avant.  Car, comme pour toute grande innovation, il y a un avant et un après ça!

3.  Dans cette même optique, il nous eût également semblé judicieux de proposer à la vente des tablettes sur le site même.  De manière à armer ainsi plus efficacement le lecteur désireux de revenir vers la libraire indépendante. Mais… Ah?  On me dit c’est aussi possible?  Ah!  Désolé…  On s’approche décidément à pas décidés de la perfection conceptuelle.

4.  Comme les libraires qui ont commis la chose sont indépendants, quoi de plus représentatif de cet engagement d’indépendance, que de le revendiquer haut et fort en faisant défiler des encarts publicitaires dès la page d’accueil?

5.  Comme les libraires qui ont commis la chose sont indépendants, et que le libraire indépendant est fier et jaloux de sa spécificité, quelle plus brillante manière de le démontrer mieux encore qu’en faisant défiler bien en évidence les meilleures ventes de l’ensemble des libraires indépendants?  Parce que, c’est là encore une évidence, c’est bien sûr dans l’agrégat du majoritaire que se loge ce qui fonde le spécifique.  Nous l’avions coupablement oublié.

6.  Comme les libraires qui ont commis la chose sont indépendants et que leur indépendance a pour but de porter des choses parfois plus complexes, moins connues, d’explorer des terrains moins défrichés, quel plus beau choix que d’engager un « commercial » pour la gestion globale du site?  Certes, ce n’est pas dit.  Mais c’est la pudeur sans doute qui les empêche de confier qu’ils ont renoncé à engager… un libraire.

7.  Comme les libraires qui ont commis la chose sont indépendants mais pas assez belges, quelle plus intelligente manière de marquer le terrain de sa belgitude qu’en mettant en avant tous ces e-livres qui sentent si bon le chez nous?  Ce sera ainsi l’occasion pour le monde connecté sur la toile de découvrir, et de nous envier, par exemple, les redoutables éditions Onlit.  Car, c’est bien connu, le libraire belge indépendant aime le terroir.

Comme nous n’avons pas l’honneur de faire partie du Syndicat des libraires francophones de Belgique, nous n’avons malheureusement pas été convié à cette fête de l’intelligence.  On ne peut dès lors que s’imaginer à quoi pouvait ressembler leur réunion préparatoire…

– Bon, les gars!  On a plein de fric de la Fédération Wallonie-Bruxelles, on fait quoi maintenant?

– Heu, un suicide collectif, chef?

– Excellente idée.  Mais attention, ça doit être N-U-M-E-R-I-Q-U-E!

– …

– Allez, les gars!!  On s’active!  J’ai des cartons à retourner, moi!

– Je sais, chef!  Je sais!  (et des flammèches descendirent du plafond un peu bas).  On crée un site où on propose aux lecteurs qui ne viennent plus chez nous ou ne sont jamais venus, de ne jamais plus devoir y revenir.  Idéalement, le site devrait être très moche et peu fonctionnel.  Faut surtout pas qu’on ait l’air d’avoir envie que ça marche.  L’objectif devra être de paraître le moins crédible possible.

– Super!  Bon le site, on l’appelle comment.

-…

-… (bruit de cartons qu’on ferme)

-…

– The Suicide Bookseller Platform?

– Trop long.

– Amazon?

– Trop risqué!

– Livre & Brol?

– Pas loin!  Ca chauffe!

– Librel?

– Magnifique!

(bruits de chaises qu’on range, de coupes qu’on vide, de gsm qu’on allume, de portes qui claquent, de moteurs de voiture qui démarrent, et de soulagement)

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