« Magic » de Laurent de Sutter.

MagicS’introduisant par Rousseau, Montesquieu ou Durkheim où l’auteur observe l’arrimage par ce dernier du concept de lien à celui d’obligation, Magic revient aux sources du nexum romain. Et y décèle, dans ce qui fondait l’obligation entre un débiteur et son créancier, sa composante magique. Les mots prononcés rituellement y créaient l’obligation. Non pas simple validation publique d’un engagement, ni formule ayant valeur de promesse, le rituel de langage (et de gestes) fabriquait l’obligation, la scellait, « décidait de sa nécessité ».

La magie était la condition requise pour l’instauration d’un lien de droit.

L’obligation est un lien de droit qui oblige et acquiert du coup, de par sa seule « constitution », une existence réelle, un statut de chose. L’obligation est plus que ce qu’elle institue ou garantit. L’obligation fait quelque chose. Elle est chose en soi. Ce recours au droit pour éclairer ce qu’est le lien permet de le fonder mieux. Un lien, comme l’obligation « légale » qui n’en serait qu’une de ses variantes – ou tout lien ne serait-il pas une variante de cette obligation? -, ne fait pas que permettre un accord, un rapport entre deux êtres. Dès qu’un lien s’est tissé, il existe. Il est. Le lien n’est pas qu’une description d’un possible du réel. Il en est une des modalités.

S’il est impossible de dire la nécessité immanente d’une obligation, alors il n’est aucune nécessité qui ne puisse être dite nulle part – alors la nécessité n’existerait tout simplement pas, puisqu’elle dépendrait toujours de la contingence de ce qui la rendait possible. Est-il possible de vaincre la contingence?

Nous savons qu’un lien ajoute au monde. Qu’il n’en est pas qu’un arrangement, une distribution des possibles. Est-il pour autant nécessaire?

Droit et magie s’interpénètrent, car le problème qu’ils ont à résoudre est identique : celui de l’établissement d’une continuité (entre personnes par le droit, entre mondes par la magie) qui puisse prétendre à une robustesse minimale.

Si Dieu crée le monde, que rend son geste possible qui ne soit sous-tendu par quelque chose qui lui préexiste? Au Fiat divin doit préexister un principe lui permettant de déployer ses effets. Sans lien, rien.

Le lien précède la création.

De Rousseau à Dieu en passant par Mauss et Quentin Maillassoux!

En 35 chapitres denses mais accessibles, érudits mais presque facétieux, qui nous parlent du lien en en déployant les effets dans sa lecture même, Laurent de Sutter nous enserre dans les rets jouissifs de ses rigoureuses virevoltes. Et, faisant mine de nous parler de droit – mais en nous parlant vraiment de droit! -, il questionne subtilement nos rapports à l’autre et à ce qui les fondent.

Est nécessaire ce qui porte à conséquence.

Magic aura des conséquences!

Laurent de Sutter, Magic, 2015, PUF.

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