« Palais de glace » de Tarjei Vessas.

Palais de glaceUn grand calme – qui n’en était pas un.

Dans une Norvège prise par les glaces, deux jeunes filles, Unn et Siss, scellent un soir, devant un miroir, un pacte aussi inexplicable qu’indéfectible.  Peu après, Unn disparaît.

La glace qui s’épaississait jouait à creuser des failles sur des distances infinies.

Détaillant les recherches qui s’organisent, les rapports qui changent entre les élèves de la classe de la disparue, sondant les questions qui submergent Siss, Vesaas construit un récit tout en retrait.  Certes projetant les fils de celui-ci dans les parages des grandes questions universelles, il le tisse comme avec notre propre désarroi devant celles-ci.  Que vaut une promesse à qui est mort?  Qu’opposer à ce qu’on ne peut changer?

Les hommes s’affairaient.  Ils avaient avec eux la vie et la lumière.  Et ils visitaient une forteresse inconnue qui avait tout de la forteresse de la mort.  Si on cognait le mur avec son bâton, la paroi se révélait dure comme la pierre.  Les coups rebondissaient et vibraient jusque dans les bras.  Rien ne s’ouvrait.  Les hommes frappaient quand même.

Quoi de plus douloureux, de plus torturant, que les doutes qu’éveille la disparition d’un enfant ?  L’émotion que ce seul fait contient se suffit à elle-même.  La mettre en scène, la nommer au plus près, y coller, n’y apporte rien de neuf qui ne la constituait déjà.  Le fait raconté met la larme à l’œil.  Point n’est besoin d’un écrivain pour l’en faire couler.  L’écriture de Vesaas introduit de la distance entre le fait et qui le lit.  Ni tout à fait fable, ni à vocation psychanalytique, ses récits, usant sans abuser d’une métaphore discrète, nous arrivent comme sans gras, émondés.  Seul lui suffit de rendre compte de l’action des hommes pour en faire saillir ce qui la fonde.  Ni témoignage, ni compte-rendu, son écriture ouvre grand, par la grâce de son étrange magie, des espaces où le lecteur peut trouver place.

Personne ne peut être témoin de ce moment : quand le palais de glace s’écroule.

Ce palais de glace, c’est le lecteur qui l’habite!

Tarjei Vessas, Palais de glace, 2014, trad. J.B. Coursaud.

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