Papeterie.

All my friends are deadGallimard nous avait gratifié – avec d’autres, soyons de bon compte – d’innovations remarquées lors de la rentrée littéraire 2014. Dans sa volonté de transparence, l’éditeur beige clair avait tenté de faire figurer sur les bandeaux de sa rentrée toute la force de ce qu’ils étaient censés entourer. Entre ode capillaire et théâtralité du geste, le bandeau « Gallimard » était parvenu à atteindre à l’essence du contenu qu’il désirait ainsi vanter. On peut s’en rappeler ici.

Cette année nous offrira  encore de la part du même éditeur, enfin papetier, ou non, éditeur, bon allez éditopapetier, une subtile et précieuse trouvaille :

Gallimard papeteriepapeterie

Dès octobre (trépignez, trépignez!), vous pourrez donc vous délester, et ce dans toutes les bonnes boucheries, de 8.90 € pour un carnet de poche estampillé Aragon, de 12.90 € pour un carnet barré en rouge d’un titre de Marcel Proust, de 30.00 € pour un grand cahier marqué André Breton (présenté dans un écrin) ou encore de 19.90 € pour un bloc de 170 feuilles (oui oui 11.71 cents la feuille), laconiquement barré du titre « bloc »… Vous vouliez du rêve? Gallimard vous exauce! Evidemment – car il convient de ménager les susceptibles -, les titres seuls seront mentionnés sur ces carnets! Pas d’amalgame! « Cette approche éditoriale de l’édition […], s’appuyant sur un savoir-faire centenaire en matière de fabrication et de choix des papiers » (sic) se veut un « clin d’œil au lecteur » (resic), « un hommage à l’écriture, à son histoire et à ses auteurs » (reresic) et non, bien entendu – mauvaises langues va – une « biesse entreprise commerciale s’appuyant sur le prestige d’une histoire culturelle pour faire du pognon sans s’fouler » (pas sic).

Les mauvaises langues, entre deux pourlèchements d’aphtes purulents, s’étendront peut-être ironiquement sur cette phrase inscrite en exergue du luxueux document de présentation offert au libraire :

La couverture de la Blanche est l’incarnation typographique d’une aventure intellectuelle collective qui est celle de la NRF.

Diantre! se diront ces mauvaises langues, que cela est vrai! Comme tout est là brillamment résumé! Comment, en effet, toucher au plus profond du projet du papetéditeur? Quelle plus belle définition de son devenir que cet intérêt exclusif pour sa couverture? Et quel projet eût peu mieux que celui-ci définir l’essence de sa mission future? Car c’est cela, se diront les mêmes infatigables langues, tournant sans fin leur acerbe salive dans leurs miséreuses bouches viciées, c’est cela qui est réalisé enfin ici. Ne suffit plus même que la couverture (agrémentée ou non d’un bandeau)! C’est cela l’aboutissement de la littérature Foenkinossienne! Ne plus même légitimer le crème de la couverture en encrant les pages qu’on y insère. A quoi bon encore s’y efforcer? A quoi bon même faire semblant? Nous vendons du rien! Assumons-le! Et revendiquons même l’utilisation de notre glorieux passé pour le vendre!

Certaines de ses langues venimeuses, pâteuses d’avoir déversé à gros bouillons leur fiel, suggéreront peut-être même au merchandiseur crémeux les idées suivantes :

– des vignettes Panini avec les auteurs maisons

– un cahier de condoléance « Tandis que j’agonise »

– l’album du film « Le petit prince », le film tiré du livre tiré du film tiré du livre de la série tirée du scénario du film tiré de la bande dessinée « Le petit prince, le retour IV », le livre de… Ah non c’est déjà fait, pardon!

– un pin’s « Supporter du Beitar Jérusalem » à l’effigie de Céline

– un plug anal « Moly Bloom »

Ah ces mauvaises langues!

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