« Photographies » de Claude Simon.

photographies2On ne va pas faire son Sainte-Beuve.  Ni son Proust.  La vie de Claude Simon est bien entendu indissociable de son œuvre.  Mais c’est par delà ce truisme qu’entrent en jeu les véritables mécanismes propres à l’expérience littéraire nouvelle qu’offre toute l’œuvre de Claude Simon.  Ce n’est pas sa « petite vie », sa « petite guerre » qui forme le matériau de ses livres.  Mais bien la manière dont il les articule.  Ce n’est pas ce qui s’est passé dans un certain laps de temps de la vie de Claude Simon dont il s’agit, c’est du temps lui-même.

Et ses photos en sont aussi une parfaite « illustration ».  Certes éclairant par ses sujets l’œuvre écrite par les recoupements et rencontres qu’elle organise avec elle, la photographie de Simon continue (ou précède) son écriture dans sa volonté même.  Certes, on y retrouve, comme dans ses romans, des chevaux, des laissés-pour-compte, des corps nus, des breloques, des traits écrits sur des murs…  Mais ce n’est pas fixer un cheval, une nudité qui intéresse le photographe.  C’est avant tout de rendre compte du temps.

Et la photographie offre à Claude Simon un espace expressif qui lui permet, par les contraintes inhérentes à sa technique, de prolonger celui de la page.  Si, en effet, la page permet d’exprimer un temps forcément révolu (à la question relative à son obsession supposée pour le passé, Simon répondait que « la question posée était déjà engloutie derrière nous »), la photographie l’exprime en le fixant mais différemment.  Alors que l’espace de la page permet d’émonder mais aussi de rajouter, la photo quant à elle ne permet pas l’ajout.  On peut ajouter un paragraphe dans un livre, non un être sur de l’argentique.  Et le rapport au temps, ce sujet essentiel (le seul qui vaille?) s’en trouve questionné, mais autrement.

toute production d’image s’élabore dans une durée, est le résultat d’une médiation, d’une addition et d’une combinaison de présents accumulés, même s’il s’agit d’un peintre non figuratif, et seule, à ma connaissance du moins, la photographie peut saisir et garder une trace de ce qui n’avait encore jamais été et ne sera plus jamais.

C’est ce rapport au temps que permet la photographie qu’interroge Claude Simon.  Tout comme son écriture interroge son propre processus d’avènement, sa photographie, dans ses ombres, ses reflets, se met elle-même en jeu.  Ce qui, par delà la notoriété du photographe et l’éclairage qu’elle permet sur un autre pan de l’Œuvre, fonde son importance.

Claude Simon, Photographies, 1992, Maeght Editeur.

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