« Poèmepoèmes » de Oskar Pastior.

poèmepoèmesles POEMEPOEMES […] ont les rieurs de leur côté pile tandis que les muses se battent en silence et en face.

Ou pour le dire plus complètement : les poèmepoèmes seraient le résultat de l’inspiration du poète par les muses contaminées par le rire du lecteur à la lecture du poèmepoème.  Une cause influencée par ses effets.  Une spirale.  Une rencontre entre Zénon d’Elée et Rimbaud ou entre Lamme Goudzak et Mallarmé.  Entre le potache limite graveleux et l’érudit limite hermétique.  En un mot : l’improbable.

tout le poème confirme un état de fait complexe et se remet positivement en question.

La force du poèmepoème est de tirer sa poésie de sa propre remise en question.  Il se déploie autour de sa raison même, en fleurit, s’érige de ce qui le fonde, de ce qui en est sa cause.  Tour à tour, il est poème-génération, poème-carnivore, poème-transparent, il se fait chiffre ou répertoire.

le poème a 9 lignes 5 substantifs 6 relatifs 3 métaphores 4 accents 145 lettres la description du poème ci-dessus a presque 2 lignes 7 substantifs 6 relatifs 1 métaphore (comme personnification du poème par l’affirmation qu’il possède les dits ingrédients) 

Le poèmepoème est le lieu où tout s’enchevêtre, s’annule, s’auto-réfère, ne prend consistance (si branlante consistance) que dans l’informe pour y retourner plus vite, et mieux.  Un lieu où tout aussi est jeu sur le poème, sur sa matérialité, sur son inscription dans le temps de sa scanssion, comme dans son inscription sur cette autre matière qu’est le papier.  Un poème dont l’idéal serait le palindrome, car possédant ce centre où tout naturellement revient et s’annule.  Un poèmepoème est un poème bien sûr, mais un poème qui se fait lieu de sa propre effectuation.  Comme si on assistait à Dieu se créant.

L’AVERSION DE RIRE est quant à la brièveté un poème bref si l’on prend la traductabilité dans d’autres langues comme étalon, alors L’AVERSION DE RIRE est à considérer en version sonore L’AVERSION DE RIRE ne fait pas rire du tout mais au point de vue du rire il est un peu moins aversif que risible il n’y a presque rien d’autre à dire à propos de L’AVERSION DE RIRE sinon qu’en louchant sur la théorie de l’branlement L’AVERSION DE RIRE est de par la nature des choses bien secouée.

Le poètepoète est incontestablement quelqu’un qui aime se couper les cheveux en quatre.  Il est ludique car n’aimant rien mieux que jouer à se jouer.  Il est un peu luddiste aussi, car s’attachant à détruire cette machine qu’est le langage dont il joue si bien.  Et le lecteur du poèmepoème, lui, en est un jouisseur.

mais maintenant on peut écrire ce qu’on veut.

Oskar Pastior, Poèmepoèmes, 2013, Nous, trad. Alain Jadot.

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