Prendre des risques.

pendre des risquesC’est un fait.  Beaucoup de livres sont moches et d’autres sont vieux.  Et nous sommes portés (qu’on le veuille ou non ), par les temps, les exigences mercantiles infusées en nous, vers le neuf et le beau.  Et ce si stoïque contrôle sur soi n’y peut souvent rien.  Mettez deux livres strictement identiques en contenu sur une table.  Habillez l’un d’une couverture et d’un papier choisi (simplement montrer qu’il a fait l’objet d’un choix autre qu’économique suffit déjà) et présentez le comme une nouveauté, laissez l’autre (dont on rappelle qu’il n’est autre que par son « emballage ») tel quel à ses côtés.  A prix identique et discours du libraire similaire, c’est sans coup férir le premier qui partira le plus facilement.

Le libraire, cet être foncièrement déprimé et/ou désagréable, peut certes construire certaines stratégies.  Se moquer du contenu et ne vendre que les beaux livres en est une.  Se moquer du livre dans son ensemble en est une autre, plus répandue.  Après tout, du moment que ça part…  Mais il peut aussi mettre son énergie (la gaspiller?) dans un discours destiné à contrebalancer, chez le lecteur potentiel, l’aspect moche ou vieux du livre en question.  Tout en étant bien conscient que ses efforts devront être d’autant plus conséquents que l’objet est moche ou vieux.  Un entraînement considérable, et une alimentation en conséquence, seraient ainsi indispensables pour vendre, mettons « L’anabase » de Xénophon commis par Maelström ou le dernier « Petit Poilu » édité par les PUF…

Notre énergie n’étant pas inépuisable, nous décidâmes d’adopter (pour un livre à la fois du moins) une autre stratégie.  Vous trouverez ainsi sur nos tables un livre dont tout vous sera dissimulé, hormis le prix (ben oui quand même). Truc éculé! Déjà fait mille fois!  Piqué à la concurrence!  Copieur!  Hé bien non!  Car nous écrivîmes bien « tout ».  Et donc vous n’en saurez rien!  L’époque?  Non.  Un roman, un essai, un recueil de poésie?  Non plus.  L’auteur est une femme ou un homme?  Rien, on vous dit!  Dussiez-vous nous torturer, nous cuire à petit feu sur un tas de pages finkielkrautiennes consumant lentement leur haine, nous réciter du Alexandre Jardin en nous attachant à un mât dans un entrepôt d’Amazon ou d’un concept-store, nous resterions aussi muets qu’une carpe aphone et morte!

Pensant que les chefs d’œuvre sont pour tout le monde, notre rôle ici se bornera à vous en conseiller la lecture à tous.  Rien qu’en en emballant un.  Voyez comme on est gentil : on vous invite à prendre des risques

Ah oui, pour que tout soit bien clair et que le risque en soit bien un, nous n’accepterons aucun retour!  Vous l’avez déjà, offrez-le!  Vous le trouvez détestable, essayez mieux (ou offrez-le aussi)!

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