« Quoi faire » de Pablo Katchadjian.

Quoi faireNous avons créé des choses qui nous détruisent.

il y a des trous dans le décor du rêve qui empêchent de voir ce qu’il y aurait à voir à cet endroit si le décor était complet.

Organisé en 50 courtes séquences, Quoi faire se présente comme une suite de rêves ou d’options de réponse à la question d’un étudiant.  Chacune met en scène le narrateur et Alberto, les deux protagonistes de la « chose » revenant systématiquement dans une suite de situations cocasses et étranges.  En rupture l’une par rapport à l’autre, chaque séquence semble fonctionner en vase clos sur elle-même.  Nulle progression narrative classique entre les séquences, celle interne à chacune étant elle-même ad minima.  Et ne se développant qu’en dehors du carcan de ce qu’il convient de nommer la rationalité

elle n’a pas besoin d’une structure rationnelle pour nous comprendre et […] c’est justement ce qui nous fait du bien.

Chaque « histoire » est bien irrationnelle, et toutes ensemble ne donnent pas non plus lieu à une « histoire » les chapeautant et leur donnant « sens ».  Le « sens », la « raison », semble même être ce contre quoi Quoi faire fut écrit.  Jusqu’à ne pas laisser au soin de la métaphore de tout unifier.  Quoi faire n’est ni jeu de création d’un ailleurs pur, ni tentative d’atteindre le monde au plus profond par la métaphore. Ni œuvre d’un Roussel, ni celle d’un Szentkuthy.  Mais si ces fragments échappent à la raison, quelles sont alors leurs raisons d’être?

D’une séquence l’autre, des motifs se répètent : des étudiants de deux mètres et demi, des capuches, des yeux qui clignent, Léon Bloy, 800 buveurs, le beurre froid, l’entourloupe.  Mais ce qui importe ici, n’est pas ce qui se répète, mais bien que cela se répète.  Là se niche précisément l’intérêt et l’importance de Quoi faire  : seule compte la structure!  D’habitude destinée à illustrer un propos, à « raconter une histoire », un peu à la manière dont un échafaudage est utile à l’édification d’une façade, la structure d’un récit sert.  La structure est moyen.  Elle est servile.

Ni Alberto ni moi ne comprenons la question, mais une voix inconnue, qui sort pourtant de moi, lui répond qu’effectivement les contenus sont irrationnels parce qu’ils émergent d’on ne sait où (ou parce qu’on ne sait pas d’où ils émergent), mais que le système de contenus est la seule chose rationnelle qui existe et que nous devrions compter là-dessus. 

La structure comme seul objet et sujet. Quoi faire est d’abord cela : la mise en œuvre dans son cadre même de ce qui est sensé répondre, dans le roman (ou le récit, ou l’essai, bref la chose écrite), à la question : quoi faire?  En n’omettant pas (et dépassant ainsi le seul cadre éthéré d’un texte-programme), comme le sous-tend la question, l’évidence d’un agir.

Il faut agir et se tromper.

Pablo Katchadjian, Quoi faire, 2014, Le Grand Os, trad.  Mikaël Gomez Guthart & Aurelio Diaz Ronda.

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