« Sous le seuil » de Jean-Louis Giovannoni.

Sous le seuilLa matière suit sa pente.

N’en déplaise aux fervents suiveurs d’Ushuaïa (s’il en reste…), la nature n’est pas que lionceaux baguenaudant dans une savane aux reflets dorés, dauphins ludiques flirtant avec des catamarans certifiés 0-émission-carbone ou gorilles des montagnes s’épanouissant dans une vie familiale certes ennuyeuse mais somme toute rassurante, le tout raconté par une voix triste quand c’est triste et enjouée quand c’est enjoué. La matière suit sa pente. Et quelle qu’elle soit, cette matière, la pente l’y emmène vers le bas, toujours.

Aulnes, bouleaux, platanes et noisetiers, anémophiles, s’en remettent au vent. Air saturé, les spores, femelles ou mâles, nous pénètrent jusqu’au fond des poumons.

Jean-Louis Giovannoni investit ici ces espaces que l’homme a, de tous temps et pour diverses raisons, préféré occulter. La fange, le fécal, le séminal, l’invertébré, le pourrissant, ont beau effrayer, ces « domaines » n’en sont pas moins ce dont la vie procède et vers lesquels, toujours, elle retourne. Nous appartenons à ce monde, en sommes fait et le faisons. Et l’intérêt du poète est de nous le rappeler, non en le martelant comme des évidences, mais en nous ramenant, subtilement, en des temps où nous pouvions vivre ces évidences, sans même avoir à les penser.

Marcel met le feu. Ça s’enflamme vite. Le scorpion tourne et retourne au fond du bocal, il cherche la sortie. La capsule ferme hermétiquement.

La chaleur augmente. Insoutenable. Visages exposés au feu, nous ne reculons pas. Le dard du scorpion s’abat sur sa tête à feux reprises, puis se recroqueville.

Nous avons éteint le feu avec nos pieds et des branchages. Verre éclaté. Les cendres tournoient, se dispersent.

Des rires d’enfants au loin.

L’enfant vit déjà ces dégoûts. Il saisit déjà tout de la cruauté qu’ils dissimulent. Mais lui, instinctivement, les pare de ses rires et d’une cruauté décuplée. Et c’est cette intuition infantile (qui passe d’abord par une nécessaire mise à mal d’un autre mythe : la pureté de l’enfance…), vécue sans jamais être pensée, que Jean-Louis Giovannoni fait affleurer à la conscience de qui le lit. Et, ce faisant, il transforme nos peurs, qui nous cloisonnent, en autant de possibles.

L’espace ne fait plus peur : il contient.

Jean-Louis Giovannoni, Sous le seuil, 2016, Unes.

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