« Têtes d’orage, essais sur l’ingouvernable » de Christian Ferrer.

La haine du juif et du rouge fut semée parfois par des idéologues, parfois par des partis politiques, parfois par l’Eglise, parfois par les gouvernements eux-mêmes mais toujours par l’indifférence et le conformisme.

Christian Ferrer, sociologue argentin, professeur de philosophie à Buenos Aires, nous donne ici à lire cinq essais démontrant combien l’anarchisme s’incarne précisément dans une irréductibilité d’essence à l’indifférence.  Rien de moins indifférent que celui qui résiste.  Et c’est avec les traits du résistant que nous apparaissent toutes les figures de l’anarchisme, aussi diverses soient-elles.  Une résistance pour exister face à qui domine.  Dans l’agir.

en pratique l’anarchisme ne fut pas un moyen de penser la société de domination mais une forme d’existence contre la domination.

En soi, l’anarchisme n’existe donc pas, nous explique l’auteur.  Comment comprendre qu’il puisse exister si exister suppose une structure, de pouvoir être défini.  Et comment définir ce qui par essence se refuse à être figé et se légitime dans l’impermanence.

Il faut bien préciser que l’anarchisme n’existe pas : il est une insistance.

L’anarchiste, qui seul est ce par quoi l’anarchisme peut être, est un aiguillon, un caillou dans la chaussure.  Et Christian Ferrer d’en rapporter de nombreux et passionnants exemples, dont de nombreux mé- ou inconnus.  Et pour ce faire, il convoque pêle-mêle Dracula, la monnaie Valaque, Malatesta, la gastronomie, Ned Ludd…

Cependant, les luddites nous interrogent encore : où se trouvent les limites? Est-il possible de s’opposer à l’introduction de technologies ou de processus de travail lorsque ceux-ci sont néfastes pour la communauté? Les conséquences sociales de la violence technique ont elles quelque importance? Existe-t’il un espace où les opinions communautaires puissent se faire entendre? Peut-on remettre en cause les nouvelles « technologies » de la globalisation à partir d’un imaginaire moral plutôt que sur des considérations statistiques ou planificatrices? La nouveauté et la rapidité d’exécution représentent-elles des valeurs en tant que telles?

Et, en nos temps d’appartenance contrainte ou organique à des régimes qui exigent, sous quelques formes qu’ils se présentent, une collaboration absolue et obligatoire, au travers de ces exemples de vie se dessine l’importance de ce petit livre.

si ces exemples peuvent nous être de quelque utilité, c’est pour réfléchir à l’impulsion centripète de ces cent dernières années, c’est-à-dire la diminution croissante de la capacité humaine à imaginer et à se fixer comme but à atteindre la liberté.

Rien que ça!

Christian Ferrer, Têtes d’orage, essais sur l’ingouvernable, 2011, Rue des Cascades.

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