« Un divertissement » de Jean-Louis Bailly.

divertissements’associer à la douleur de l’autre c’est d’abord le remercier d’avoir pris sur lui tout ce malheur qui cette fois encore vous a oublié.

Pierre Helmont a perdu sa fille.  Enseignant, il part surveiller les épreuves du BAC dans une petite ville en bord de mer.  Au fur et à mesure des épreuves se dévoilent les circonstances douloureuses du décès, jusqu’au finale inattendu et terrible.

comme dans un cauchemar, la dissociation entre ce que l’on vit et ce que l’on voit, l’impossibilité d’insérer sa personnalité dans une réalité absurde, et l’impossibilité de la fuir.

Qu’est ce que se divertir?  Quelles sont les possibilités de divertissement?  Quelles sont les possibilités du divertissement? Pour Pierre Helmont, les épreuves du bac qu’il fait passer le divertissent des pensées de la mort de sa fille.  Pour les candidats, c’est du BAC qu’il s’agit de se divertir.  Pour sa fille, le divertissement prend une teinte plus tragique.  Ce qui nous divertit peut devenir ce dont d’autres cherchent à se divertir.  Non seulement, dans cette perversion de l’idée pascalienne du divertissement, le jeu est pris pour le sérieux, aussi le sérieux de l’un est devenu le jeu de l’autre.  Dans notre course à ne pas nous confronter au néant, nous faisons s’y engouffrer plus profondément l’autre.

C’est une imposture!  Oui mais parmi tant d’autres.

Alors que le divertissement a pour fonction d’éloigner de l’essentiel pour ne pas étouffer dans celui-ci, et donc, dans la prise de distance que le divertissement permet, mieux l’appréhender, son pervertissement le fait passer pour l’essentiel même.  Et c’est précisément cette prise de distance que re-permet l’acte qu’est lire « Un divertissement ».  La mise en perspective du divertissement se fait ici en divertissant le lecteur, en en renseignant les codes.  Dire la chose.  Et utiliser pour la dire sa substance même.  « Un divertissement » est une imposture, comme tout roman.  Mais une imposture qui s’attelle, en finesse, comme toute écriture qui vaille la peine, à questionner les conditions de l’imposture.

Et le bac pour oublier.

Jean-Louis Bailly, Un divertissement, 2013, Louise Bottu.

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