« Un futur » de Pascal Poyet.

Wovon man nicht sprechen kann, darüber muss man schweigen

Telle est, dans sa langue originale, la septième proposition du Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein. Traduite chez Gallimard par « Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence », cette proposition – qui non seulement clôture le célèbre traité mais est aussi la seule qui ne fasse pas l’objet de sous-propositions – est presque devenue iconique. Prise en dehors de l’ensemble qu’elle parait conclure, elle est souvent ainsi ramenée à la bonne vieille antienne : « Si tu sais pas, tu te tais ». Et c’est peu dire que ramener l’épouvantail analytique qu’est Wittgenstein à une formule proverbiale directement intelligible par tous a quelque chose d’éminemment rassurant. Mais ce qui rassure est souvent réducteur…

On retourne un peu en arrière. Comment relier cette proposition aux précédentes? On lit, Voir le monde, Surmonter ces propositions, Pour en sortir. Par-dessus elles, Sur elles, Passant par elles. On lit encore, En ceci que, A la fin, Pour ainsi dire. Jeter l’échelle après y être monté. On retourne jusqu’à l’idée de départ : Le monde est tout ce qui arrive. A lieu. Tout ce qui « est le cas ».

Reprenant la proposition la plus rabattue du philosophe autrichien, en la remettant dans le contexte du traité lui-même, Pascal Poyet s’interroge sur la traduction de celle-ci et en déplie avec autant de facétie que de virtuosité toutes les possibilités : Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ; De ce qu’il ne faut pas taire, il faut parler ; Sur ce dont on ne peut parler, on doit garder le silence ; Ce qu’on ne peut pas dire, il faut le taire, etc. Et on y voit, ou pressent, que « dire » n’est pas nécessairement « parler », que « falloir » n’est pas « devoir », que si ordre est donné de se « taire », d’autres moyens, peut-être, existent pour « s’exprimer ».

Si la démarche de Pascal Poyet se fonde ici dans un fait de traduction, elle ne s’y limite pas. Traduire est ici lire. Et dépecer un fait de traduction, apprendre à le lire, est d’autant plus riche, plus drôle aussi, quand ce fait, précisément, entend poser un interdit quant à ce qu’il convient ou non de taire. Si une chose doit être tue, il reste bien des manières de l’appréhender.

Pascal Poyet, Un futur, 2019, Héros-Limite via sa revue L’ours blanc.

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