Vieux Brol 25 : « L’arrière-saison » d’Adalbert Stifter.

Ne subsiste bien souvent de certains livres, dans nos esprits assommés par la « nouveauté  » , qu’une vague idée, que le souvenir lointain (et bien souvent déformé) de commentaires.  N’en surnage que l’impression d’un déjà connu, d’un déjà lu, qui les fait irrémédiablement verser dans les limbes de ce qui n’est définitivement plus à lire.  D’où l’idée de cette série de chroniques de retours aux textes lus.  Sans commentaires.

Me vinrent surtout les pensées touchant le pourquoi de tout cela, le comment de sa genèse, de sa cohésion et de son dialogue avec notre cœur.

et il me parut enfin ridicule qu’on voulût créer sans avoir rien appris.

Ce que les enfants admirent est l’esprit d’un enfant, esprit qui a produit au demeurant force fruit par imitation, et ce que nous admirons dans l’art, c’est que l’esprit humain, objet de notre amour et de notre dévotion, quasi tangible et sensible pour nous, ait reproduit, encore qu’imparfaitement, l’objet que nous aspirons à saisir par notre raison, que nous ne pouvons attirer dans la sphère bornée de notre amour, et devant lequel les frissons de l’adoration et de l’abaissement ne cessent d’augmenter à l’aspect de sa majesté à mesure que nous l’apercevons plus intimement.

Là où paraît le pur orgueil qui bannit tout ce qui fut et veut créer à partir de soi, c’en est fait de l’art, ainsi que d’autres choses en ce monde, et l’on se jette dans l’inanité.

nous autres humains sommes ainsi faits que tout en nous grandit par le pouvoir d’autrui

J’aime à déambuler où rien ne m’oppresse, répondit-elle, je vais parmi les champs et l’ondoiement des blés, je gravis les douces collines, chemine le long des arbres au feuillage nombreux et poursuis ainsi jusqu’à ce qu’un site inconnu me regarde, et que le ciel au-dessus semble un autre ciel concevant d’autres nuages.

Natalie, quand je fus sur les sommités des monts, je voyais votre image dans le ciel serein qui s’éployait au-dessus de moi, quand je levais les yeux vers l’immuable fixité des falaises, je l’apercevais aussi dans la brume flottant devant elles, quand j’embrassais les contrées des hommes, elle était dans le silence qui régnait sur le monde, et quand, à la maison, je sondais le visage des miens, elle hantait jusqu’à leurs traits.

dès lors qu’on existe, on éduque aisément.

Adalbert Stifter, L’arrière-saison, Gallimard, 2000, trad. Martine Keyser.

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