Vieux Brol 29 : « La cousine Bette » d’Honoré de Balzac

Ne subsiste bien souvent de certains livres, dans nos esprits assommés par la « nouveauté  » , qu’une vague idée, que le souvenir lointain (et bien souvent déformé) de commentaires.  N’en surnage que l’impression d’un déjà connu, d’un déjà lu, qui les fait irrémédiablement verser dans les limbes de ce qui n’est définitivement plus à lire.  D’où l’idée de cette série de chroniques de retours aux textes lus.  Sans commentaires.

le Français s’agite par moments, et donne des coups contre son enveloppe anglaise ; mais l’ambition le retient, et il consent à y étouffer.

les exilés de tous les pays ont bien raison de tendre vers la France, comme font les âmes du purgatoire vers le paradis

À Paris, la moitié des ingratitudes sont des spéculations, comme la moitié des ingratitudes sont des vengeances!

La beauté vénale sans amateurs, sans célébrité, sans la croix de déshonneur que lui valent des fortunes dissipées, c’est un Corrège dans un grenier, c’est le génie expirant dans sa mansarde.

Reconnaissons au moins ce fait constant : à Paris la vie est trop occupée pour que les gens fassent le mal par instinct, ils se défendent à l’aide du vice contre les agressions, voilà tout.

Dans les classes inférieures, la femme est, non seulement supérieure à l’homme, mais encore elle le gouverne presque toujours.

– Ah! vieux lapin, tu as raison, nous sommes joués comme des… des actionnaires!… dit Crevel. Toutes ces femmes-là sont des commandites!

La Vertu coupe la tête, le Vice ne vous coupe que les cheveux.

Les libertins, ces chercheurs de trésors, sont aussi coupables que d’autres malfaiteurs plus sévèrement punis qu’eux.

Hulot se trouvait absous par le Vice, le Vice lui souriait au milieu de son luxe effréné. La grandeur des crimes était là, comme pour les jurés, une circonstance atténuante.

C’est là le dernier mot du luxe aujourd’hui. Posséder des choses qui ne soient pas vulgarisées par deux mille bourgeois opulents qui se croient luxueux quand ils étalent les richesses dont sont encombrés les magasins.

Honoré de Blazac, La Cousine Bette, 1846, La Pléiade.

Lien Permanent pour cet article : https://www.librairie-ptyx.be/vieux-brol-29-la-cousine-bette-dhonore-de-balzac/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.