Vieux brol 4 : « L’art d’aimer » d’Ovide.

Art d'aimerNe subsiste bien souvent de certains livres, dans nos esprits assommés par la « nouveauté  » , qu’une vague idée, que le souvenir lointain (et bien souvent déformé) de commentaires.  N’en surnage que l’impression d’un déjà connu, d’un déjà lu, qui les fait irrémédiablement verser dans les limbes de ce qui n’est définitivement plus à lire.  D’où l’idée de cette série de chroniques de retours aux textes lus.  Sans commentaires.

S’il est quelqu’un de notre peuple à qui l’art d’aimer soit inconnu, qu’il lise ce poème, et, instruit par sa lecture, qu’il aime.

Toi aussi, qui recherches un objet qui fixe ton amour pour longtemps, apprends d’abord où l’on rencontre en abondance la jeune fille.

si, comme il arrive, il vient à tomber de la poussière sur la poitrine de ta belle, que tes doigts l’enlèvent ; s’il n’y a pas de poussière, enlève tout de même celle qui n’y est pas.

Donc va ; n’hésite pas à espérer triompher de toutes les femmes ; sur mille, il y en aura une à peine pour te résister.

que tes ongles soient bien coupés et propres, qu’aucun poil ne se dresse dans les narines ; qu’une haleine désagréable ne sorte pas d’une bouche malodorante.

Et il n’est pas difficile d’être cru : toute femme se juge digne d’être aimée ; si laide soi-elle, il n’en est pas qui ne se trouve bien.

il deviendra réel, l’amour qui tout à l’heure était joué.

Il est utile que des dieux existent, et, comme c’est utile, croyons qu’ils existent.

Veux tu la prendre?  Demande.

Pour être aimé, sois aimable, ce à quoi ne suffira pas la beauté des traits ni du corps.

Forme-toi maintenant l’esprit bien durable, qui sera l’appui de ta beauté : seul il résiste jusqu’au bûcher funèbre.

Amusez-vous, mais soyez prudents.

Lorsqu’elle sera bien emportée, lorsqu’elle paraîtra une ennemie bien déclarée, demande lui de signer sur son lit un traité de paix.  Elle s’adoucira.

Elle sera svelte, celle à qui sa maigreur laisse à peine un souffle de vie.  Appelons agiles les petites, et bien prises les énormes.  Bref déguisons le défaut sous la qualité qui en est le plus voisine.

Mais que tous ceux qui, grâce au glaive reçu de moi, triompheront d’une Amazone, inscrivent sur les dépouilles : « Ovide était mon maître ».

Qui le croirait?  Les femmes apprennent même à rire et elles acquièrent ainsi un charme de plus.

Elle se présentera à genoux sur le lit, la tête un peu courbée en arrière, la femme qui doit se faire admirer par toute la ligne du flanc.

Ovide, L’art d’aimer, 1, Les Belles Lettres, trad. H. Bornecque.

Lien Permanent pour cet article : https://www.librairie-ptyx.be/vieux-brol-4-lart-daimer-dovide/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.