Vieux Brol 8 : « L’Homme » de René Descartes.

traité de l'hommeNe subsiste bien souvent de certains livres, dans nos esprits assommés par la « nouveauté  » , qu’une vague idée, que le souvenir lointain (et bien souvent déformé) de commentaires.  N’en surnage que l’impression d’un déjà connu, d’un déjà lu, qui les fait irrémédiablement verser dans les limbes de ce qui n’est définitivement plus à lire.  D’où l’idée de cette série de chroniques de retours aux textes lus.  Sans commentaires.

Il nous est aisé […] d’entendre comment la machine dont je vous parle, peut être mue en toutes les mêmes façons que nos corps, par la seule force des esprits animaux qui coulent du cerveau vers les nerfs.

Or je vous dirai que, quand Dieu unira une âme raisonnable à cette machine, ainsi que je prétends vous dire ci-après, il lui donnera son siège principal dans le cerveau, et la fera de telle nature, que, selon les diverses façons que les entrées des pores qui sont en la superficie intérieure de ce cerveau seront ouvertes par l’entremise des nerfs, elle aura divers sentiments.

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Et pour conclusion, il faut remarquer que tous les moyens que l’âme aura pour connaître la distance des objets de la vue, sont incertains.

Or, après vous avoir ainsi expliqué les cinq sens extérieurs, tels qu’ils sont en cette machine, il faut aussi que je vous dise quelque chose de certains sentiments qui s’y trouvent.

Ainsi, lorsque le sang qui va dans le cœur est plus pur et plus subtil, et s’y embrase plus facilement qu’à l’ordinaire, il dispose le petit nerf qui y est, en la façon qui est requise pour causer le sentiment de la « joie ».

Sans qu’il y ait aucune âme dans cette machine, elle peut naturellement être disposée à imiter tous les mouvements que de vrais hommes, ou bien d’autres semblables machines, feront en sa présence.

je désire, dis-je, que vous considériez que ces fonctions suivent toutes naturellement, en cette machine, de la seule disposition de ses organes, ne plus ne moins que font les mouvements d’une horloge, ou autre automate, de celle de ses contrepoids et de ses roues ; en sorte que qu’il ne faut point à leur occasion concevoir en elle aucune autre âme végétative, ni sensitive, ni aucun autre principe de mouvement et de vie, que son sang et ses esprits, agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans son cœur, et qui n’est point d’autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés.

René Descartes, L’Homme, 1664, Jacques Legras éditeur.  On dira juste (même si d’habitude, cette série ne reçoit aucun commentaire) que ce titre est celui de Descartes qui eu la plus importante notoriété chez ses successeurs directs.  Alors que, de nos jours, ce sont le Discours de la méthode et Les passions de l’âme, qui sont les classiques du philosophe, c’est avant tout dans ce titre-ci qu’est à lire la première originalité de l’auteur.

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