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« Homo Detritus » de Baptiste Monsaingeon.

 

A vivre continûment en contact rapproché avec une chose, on finit souvent par ne plus l’apercevoir. On ne se rend plus même compte qu’elle a une histoire et que son concept, sa définition, ont pu faire l’objet de mutations, de changements, qui la rendent alors indiscernables du contexte dans lequel elle se fond. Ainsi en va-t-il, indéniablement, du déchet.

avant le XIX ème siècle, « les déchets n’existent pas »

Un des premiers mérites du travail de Baptiste Monsaingeon est de revenir sur « l’invention du déchet ». L’immonde, l’excréta, ne devient déchet qu’à partir du moment où la synergie qui existait entre la ville, qui produit l’immonde, et la campagne, qui en prospère, est rompue. C’est son excès, résultat conjoint de l’explosion démographique et de l’industrialisation, qui fait de l’excréta un déchet. Le changement de temporalité dans laquelle le déchet s’inscrit (alors que le temps de « disparition » du déchet organique est mesurable humainement, celui du plastique ne l’est plus) complexifiant notre rapport à celui-ci sans en modifier radicalement l’essence.

Si les déchets deviennent demain nos principales ressources, ne sommes-nous pas simplement contraints à jeter pour continuer à produire?

Mais l’auteur ne se contente pas de dresser la nécessaire généalogie du déchet. Plus utilement encore, il se propose de questionner notre rapport à ceux-ci. Et cela, non pas en enrichissant des clivages évidents qui opposent traditionnellement « pro-environnement » et « anti-environnement », mais plutôt en revenant sur ce qui se dissimule sous des consensus largement acceptés par les « pro ».

En « bien jetant », l’usager tend à devenir un « éco-citoyen », libéré d’une certaine culpabilité qui a motivé son « bon-geste » : l’usager n’est plus responsable de ses déchets parce qu’il est censé exister un dispositif technique efficient, un waste management qui tient ses promesses. Nul besoin de connaître le fonctionnement et l’activité réelle de ce qu’il se passe après la poubelle : l’assurance de rationalité et de justesse de l’action technicienne engendre une attente aveugle.

Le tri, le waste management, l’aspiration au « zéro-déchet », quand on en détaille précisément les tenants et aboutissants historiques, économiques et sociologiques, peuvent se révéler bien moins efficaces à atteindre leurs buts qu’on ne le croit. Érigés un peu facilement en principes moraux absolutistes (c’est « bien » de bien trier, c’est « bien » de recycler), ces « bons comportements », par la « bonne conscience » qu’ils instillent chez qui les « suit » aveuglement, exonèrent alors de réfléchir à ce qui les sous-tend. L’agir individuel, quand il est unanimement consacré par la voix collective, disculpe d’interroger cette voix. Bien jeter, c’est aussi oublier.

Malgré quelques errements conceptuels et quelques parti-pris un peu grossiers, Homo Detritus nous parait être, pour qui veut comprendre ce dont le déchet est le nom, difficilement contournable.

Baptiste Monsaingeon, Homo Detritus, Critique de la société du déchet, 2017, Le Seuil.

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