Mais qu’est-ce que c’est long une fin du monde!

Pour plein de raisons épidémiques, nous prenons quelques congés à partir de ce mardi 4 aout (et n’en profitez pas pour aller là-bas, rendez-vous plutôt ici, ici ou encore , ou patientez). Sauf accélération subite de la fin du monde, nous rouvrons les portes de la librairie le 1er septembre. Et nous serons alors très heureux de vous faire découvrir les magnifiques nouveautés de la rentrée littéraire qui, cette année encore, regorge de pépites, avec plein de beaux romans plein de poésie, pleins d’essais importants qui nous parlent de notre contemporain, pleins de textes forts, « coup-de-poing », pleins d’émotion, pleins de vécu, qui portent témoignage sur notre monde et proposent de nouveaux possibles pour de nouveaux lendemains qui chantent…

Mwouarf!

Non mais plus sérieusement, cette « rentrée »! Cette « rentrée »! Nous avions déjà pris l’habitude de ne pas attendre grand-chose, intellectuellement s’entend, des mois d’aout et de septembre. Entre courses au prix et au lecteur, la masse des livres septembriens (le livre septembrien se résumant à la masse qu’il forme avec les autres livres septembriens) était déjà devenue aussi attirante qu’un chou de Bruxelles pour un bambin de cinq ans gavé aux choux à la crème. Mais cette année, crise oblige, les éditeurs, magnanimes, avaient unanimement* décidé qu’on ne les y reprendrait pas. Il fallait « faire un avec le libraire », le « soutenir », il fallait « alléger la rentrée », la « resserrer autour des auteurs-phares ou des titres-porteurs » pour ne pas « impacter la trésorerie des libraires »… En conclusion :

  1. « l’auteur-phare » étant celui qui vend le plus de son « titre-porteur », celui qui aura la priorité sur les autres sera celui qui a le plus vendu de « titres-porteurs » les années précédentes. Plus encore que les autres années, cette « rentrée » sera celle des best-sellers, donc de la médiocrité.
  2. le lecteur est bien entendu un imbécile. Il ne s’intéresse forcément qu’à ce qui l’a déjà intéressé par le passé (d’où « l’auteur-phare ») ou à ce qui intéresse déjà tout le monde à un moment donné. Autrement dit, le lecteur, cet imbécile, ne s’intéresse qu’à son pré-carré ou à la mode du moment. Ceci expliquant cela, les livres de « rentrée » devront, pour « parler au lecteur », s’intéresser d’aussi près que possible aux modes auxquelles le lecteur, cet imbécile, est censé vouloir succomber, encore et encore. Il y a le traumatisme Georges Floyd? Ah mais, regardez, nous avons un tout nouveau livre déterminant, écrit en deux semaines, qui vous expliquera tout sur le décolonialisme. Le Consentement, qui dénonçait l’omerta sexiste et pédophile dans le milieu du livre (et qui s’est vendu par péniches entières), vous a « secoué »? Et hop, voici « X » qui dénonce exactement les mêmes travers, mais dans l’industrie de la pizza surgelée. Vous vous posez encore des questions sur le Covid-19? Bim, je vous présente « Y », le livre-choc écrit par LE spécialiste mondial des coronavirus, professeur émérite d’épidémiologie, de virologie et de phonétique historique à l’université de Felletin-Creuse VIII. Non pas, évidemment, que des sujets « à la mode » ne puissent refléter des préoccupations importantes et être traitées via le livre avec le sérieux requis, mais ici, de sérieux, sinon commercial, il est rarement question. La question raciale, de genre ou écologique est d’abord et avant tout un levier de vente. Mais bon, comme le lecteur est évidemment un imbécile, il n’y verra que du feu…
  3. la rhétorique est certes éthique, presque sacrificielle (« moi, éditeur responsable, j’ai compris les besoins du lecteur et du libraire et je me sacrifie sur l’autel de leurs légitimes doléances ») mais elle s’appuie sur une réalité bien plus bassement matérielle. Pas ou très peu de ventes en mars, avril, mai, et, surtout, pas de mises en place** en mars, avril, mai (voire aussi juin pour certains), ça veut dire pas de sous pour payer les « productions » de septembre… Et comme le monde d’après est pensé selon les mêmes principes que le monde d’avant, il convient sans tarder de retomber dans les mêmes travers. À savoir mettre beaucoup de livres en place (ce qui ne se peut qu’avec des livres « à fort potentiel de vente ») pour espérer en produire d’autres après. Dans un marché « sain », ça s’appelle du « crédit ». Dans un marché en récession – comme l’est depuis déjà longtemps celui du livre – cela s’appelle de la cavalerie.

Quant à nous, devant l’indigence et de la démarche et des titres proposés, nous avons décidé de confier encore un peu moins de place qu’auparavant à cette grand-messe, comme, plus généralement, à la nouveauté***. Un livre nouveau n’est, après tout, qu’un livre qui n’est pas lu. Nous avons encore consolidé notre rayon poésie (en un mot, il déborde…), nous avons considérablement augmenté nos volumes « essais » et « pléiade » et nous avons adjoint à nos bibliothèques d’antiquités latines et grecques une belle portion d’antiquités chinoises. On en a déjà la preuve depuis longtemps, et ces dernières semaines nous l’ont encore confirmé : faut pas prendre un lecteur pour une bille!

*unanimité de façade pour beaucoup. Nombre d’éditeurs, dits indépendants ou non, gros ou petits – le « petit indépendant » espérant chiper la place délaissée par le « gros pas indépendant » -, ont finalement décidé de maintenir le rythme…

**la mise en place, c’est le volume de livres précommandés par les libraires, sur présentation par les représentants commerciaux. Ce qui n’implique pas un achat ferme de ce volume par le libraire. Autrement dit, le libraire pourra commander 100 exemplaires du prochain Éric Reinhardt (100 Éric Reinhardt : on en a des frissons partout!). Comme cette horreur sort en aout (et non pas en septembre, ce qui fait gagner un mois d’échéance à Gallimard), il devra alors honorer une facture correspondant à ce volume pour (généralement) fin octobre. Si, pour des motifs divers (le libraire retrouve la raison, par exemple), le libraire retourne les 100 Éric Reinhardt (retourner 100 Éric Reinhardt : on en a des frissons partout partout!) fin octobre, l’éditeur devra lui créditer le montant correspondant à ceux-ci. Dans l’attente du traitement des retours et en fonction des délais de paiement (ce qui peut aller, tout compris, jusqu’à 4-5 mois), mais dans cette attente seulement, l’éditeur disposera de ces liquidités. En un mot, le système du livre tout entier repose sur le crédit…

***ce qui ne veut nullement dire que rien de nouveau n’a d’intérêt. Dès le premier septembre on vous parlera d’ailleurs avec enthousiasme d’un très beau livre de Jørn H. Sværen, sorti chez Éric Pesty, du chef-d’œuvre de William Cronon, Chicago, Métropole de la nature, ou de La grande épaule portugaise, la dernière folie de Pierre Lafargue…

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« Autoportrait dans un miroir convexe » de John Ashbery.

Toutes choses bien trop réelles

Pour être bien intéressantes, artificielles par conséquent, qui envahissent pourtant déjà la page,

L’intérieur avec l’extérieur fait bientôt partie de vous

Alors que vous comprenez que vous n’avez jamais cessé de rire de la mort,

À l’arrière-plan, sombre vigne vierge au bord de la galerie.

John Ashbery est ce qu’il convient d’appeler un poète complet, un peu comme on le dirait d’un sportif. Ainsi ne retrouverez-vous pas chez lui, directement identifiables comme tels, des éléments clairs qui le rattacheraient à une esthétique unitaire, à un procédé unique, à un concept poétique précis qu’il aurait développé pour faire sien et qui définirait alors clairement sa manière. Dans le même poème, vous retrouverez de l’érudit, du trivial, du populaire, du potache, du sexe, de la métaphore, de la contradiction… Et à chaque fois la même absolue maitrise. Ça touche à tout avec génie. Au-delà de l’attention constante qu’elle demande de la part du lecteur, la poésie de Ashbery s’appréhende comme foncièrement non doctrinale.

Toutes les choses semblent leur propre signe

Et les noms qui y poussent se ramifient vers d’autres référents.

Sans doute est-ce à cela aussi, à cette indiscernabilité d’une manière clairement identifiable, qu’est due cette sensation de mystère qui saisit tout lecteur d’un Autoportrait dans un miroir convexe. Comme il est d’ailleurs dit dans un des poèmes (Tombeau de Stuart Mill) – comme une forme de mise en abyme de l’acte de lecture – tout lecteur d’Ashbery est « magnétisé » par sa poésie. Le mystère qu’elle crée est tout à la fois un frein à une saisie de ce qu’elle « dissimule » et un irrépressible encouragement à y revenir.

Une agréable odeur de saucisses qui grillent

S’en prend au sens, en même temps qu’une vieille photo

Presque invisible où l’on croit distinguer des filles qui lézardent

Près d’un vieux chasseur-bombardier des années 42.

Comme le Parmigianino dont le célèbre tableau sert de prétexte au recueil (et au poème éponyme qui est devenu l’un des plus célèbre de la poésie américaine), John Ashbery a atteint une exceptionnelle maitrise de l’ensemble des outils de son art. Et comme pour le peintre italien, l’autoportrait au miroir convexe est l’occasion de les articuler toutes en un projet commun, non simplement pour en faire montre, mais pour faire montre qu’avec celles-là, il est possible d’atteindre à de nouvelles perfections. Alors, oui, certes, il s’agit d’un autoportrait. Mais d’un autoportrait dont il est su dès le départ par son auteur qu’il sera déformé par les moyens qu’il met en œuvre.

L’âme s’instaure elle-même.

John Ashbery, Autoportrait dans un miroir convexe, Joca Seria, trad. Pierre Alferi, Olivier Brossard & Marc Chénetier.

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p’têt ben qu’oui p’têt ben qu’non…

Depuis huit années, nous nous étions fait un point d’honneur à assurer, pendant les traditionnelles grandes vacances, ce qu’il convient bien d’appeler une continuité de notre service. Au départ nous n’avions pas envisagé ces deux mois-ci autrement. Aujourd’hui, force nous est de reconnaitre qu’il nous est impossible de vous garantir que la librairie sera ouverte tout le mois d’aout. Sacrifiant à l’incertitude actuelle, nous vous annonçons donc que la librairie sera ou ouverte ou fermée entre le 11 aout et le 31 aout. Si vous désirez vous aussi sacrifier à cette si reposante incertitude, nous ne saurions trop vous conseiller de ne pas téléphoner à la librairie avant de vous y rendre. La porte sera ouverte ou fermée. Quant au premier septembre, hé bien, comment dire? Si le premier septembre devait arriver demain, la probabilité que nous soyons ouverts serait importante. Mais comme le premier septembre de cette année est prévue juste avant le 2 septembre, c’est-à-dire dans une quarantaine de jours et qu’en ces temps pandémiques une journée vaut apparemment quelques années, nous quittons le champs de la probabilité pour entrer dans celui de la divination. Nous pouvons cependant vous assurer avec certitude qu’à la date du premier septembre, nous serons ou ouverts ou fermés.

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« De la pluralité des mondes » de David Lewis.

Existe-t-il un monde où les ânes parlent à des dragons? En existe-t-il un autre où une version divergente de moi ne se poserait pas cette question? Existe-t-il un voire des mondes qui n’auraient aucun lien d’aucune sorte avec le nôtre? À l’heure où il n’est plus tout à fait utopique de décréter qu’une infinité de mondes autres puissent exister et qu’il est possible de trouver des hypothèses sérieuses qui appuient scientifiquement en ce sens, le questionnement philosophique de la pluralité des mondes n’est cependant pas encore exempt de toute charge polémique. Étrangement, pour certains, poser philosophiquement la question de la réalité d’autres mondes demeure farfelu…

C’est pour la théorie substantielle, et non pour la théorie métalogique que nous avons besoin des mondes possibles.

Là où David Lewis en « rajoute une couche » dans son réalisme modal c’est qu’il pose comme principes cardinaux de celui-ci son efficacité opérante et son caractère concret. Autrement dit, le réalisme modal lewissien n’est pas qu’une « simple » invention à vocation épistémique ou logique. Il est bel et bien réel et il fonctionne bel et bien.

Si la causalité trans-mondaine nous semble chose compréhensible, c’est parce que, je crois, nous nous représentons la totalité de tous les mondes possibles comme un unique grand monde, et que nous sommes conduits à penser qu’il y a d’autres manières dont ce grand monde aurait pu être.

Certes foncièrement iconoclaste, le réalisme modal de David Lewis est cependant bien plus qu’une révision provocatrice des théories d’un Giordano Bruno ou d’un Leibniz. Trouvant ses origines dans les discussions autour du naturalisme philosophique des philosophes analytiques américains, tels Quine ou Kripke, l’approche de Lewis vise – pour faire simple – à profiter de l’extraordinaire fécondité intellectuelle d’une conception multi-modale sans rompre d’avec les contraintes d’un réalisme commun. Autrement dit, il est possible de croire qu’il existe une infinité de mondes et sacrifier sans souci aux modes communs d’existence de ce monde-ci. Bien loin même de contredire l’actualité du notre, une théorie réaliste de l’infinité des mondes lui apporte des outils aussi inédits qu’indispensables pour le comprendre mieux. Qu’est ce qu’un individu? Qu’est ce qu’un autre? Qu’est ce qu’une possibilité? Aux antipodes du jeu gratuit, le réalisme modal s’affirme comme une boîte à outils absolument remarquable pour explorer avec un regard régénéré de très vieilles questions.

Le réalisme modal s’oppose, en effet, par sa mesure excessive, à la solide opinion du sens commun sur ce qu’il y a. (Ou alors, pour une partie de ceux qui demeurent incrédules, il s’oppose plutôt à un solide agnosticisme sur ce qu’il y a). Lorsque le réalisme modal vous dit – comme il le fait – qu’il y a des infinités indénombrables d’ânes, de protons, de flaques, d’étoiles, de planètes comme la terre, de villes comme Melbourne et de gens très semblables à nous-mêmes – il n’est pas étonnant que vous hésitiez à le croire. Et si l’accès au paradis des philosophes exige effectivement d’y croire, il n’est pas étonnant que vous trouviez le prix trop élevé. […] Pourquoi faudrait-il croire en une pluralité des mondes? Parce qu’il s’agit d’une hypothèse commode, ce qui en fait une raison de penser qu’elle est vraie.

Cette seule prémisse : considérer avec sérieux une hypothèse parce qu’elle est utile et en interroger la validité en raison de ses aspects pratiques est en soi une raison suffisante de s’intéresser au réalisme modal. Alors même qu’une partie de la philosophie américaine nous arrive péniblement plus de cent ans après sa parution outre-Atlantique (Dewey, James, Whitehead font ici figures de nouveautés), et qu’on en snobe encore avec superbe l’extraordinaire production philosophique récente, la lecture d’une de ses œuvres majeures devrait s’affirmer comme un acte d’utilité publique. Pourquoi devrions-nous, par défaut, nous priver d’instruments de connaissance?

David Lewis, De la pluralité des mondes, L’Éclat, trad. Marjorie Caveribère & Jean-Pierre Cometti.

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« Susette Gontard, la Diotima de Hölderlin »

Diotime est cette femme dont Platon, dans le Banquet, rapporte qu’elle lui enseigna ce qu’était l’amour. Définition de l’amour qui fit florès, donna naissance au fameux mondes des intelligibles, et initia toute la philosophie occidentale. De la Diotime de Platon, on ne sait à peu près rien, à tel point que beaucoup doutent qu’elle ait jamais existé. À l’opposé des autres personnages des dialogues, Diotime serait un personnage de fiction. Plus de 2000 ans plus tard, Hölderlin, dans ses poèmes ainsi que dans Hyperion, donnait comme nom Diotime à l’un de ses personnages. Mais cette Diotime-là, on sait très bien qui elle fut. Elle s’appelait Susette Gontard. Elle était la mère d’Henry, dont Hölderlin fut le précepteur, avec qui elle vécut une passion célèbre.

— Oh, garde-moi toujours dans ton cœur! Et si notre amour devait à jamais demeurer vain, il conserverait de lui-même, tapi en notre for intérieur, une beauté telle qu’il demeurerait toujours ce que nous avons de plus cher, ce que nous avons d’unique. N’est-ce pas mon tendre et cher? Tu partages également ce sentiment et nos âmes ne cesseront de se rencontrer dans l’éternité — (Lettre de Susette Gontard à Hölderlin)

Mais il est aisé aux hommes de laisser faire ce pour quoi ils n’ont pas de véritable estime. Ils n’aimeraient perturber que ce qu’ils peuvent envier, et seul l’être qui suscite le véritable amour est tourmenté au nom de l’amour. (Lettre de Hölderlin à Susette Gontard)

Susette Gontard, la Diotima de Hölderlin, est un livre sans auteur. Après une courte présentation, se succèdent les lettres entre les amants, des passages des poèmes ou d’Hypérion, des extraits d’autres correspondances d’amis, de proches, de parents des deux amoureux. Vaguement chronologique, la « simple » succession des documents – dont la « simplicité » provient d’un très savant arrangement -, tout juste accompagnée de quelques notes en fin d’ouvrage, permet d’approcher comme aucun autre moyen l’essence d’une création. Mais elle fait bien plus. Car, non contente de dévoiler la génétique d’une œuvre – oui, en effet, dans leur relation, comme dans les lettres qui en rendent compte, l’amour de Hölderlin et de Susette Gontard forme le linéament de celui dont Hypérion est imprégné -, elle forme elle-même œuvre. Ce livre n’est donc nullement un énième livre sur la poésie ou sur « le miracle créatif », qui célébrerait en l’exaltant le rôle de la « Muse ». Elle n’est pas non une très à la mode et anachronique tentative de rendre justice au rôle déterminant joué par la femme dans l’œuvre de l’homme (pour tous ceux qui connaissent un peu Hölderlin, Susette Gontard est, depuis toujours, bien plus qu’une « Muse »). Susette Gontard, la Diotima de Hölderlin est un écrit à multiples mains – dont il se trouve que deux d’entre elles appartiennent à l’un des plus grands poètes que la terre ait porté – qui sonde comme rarement le sentiment amoureux et en explore les prodigieuses capacités transformatrices.

Désormais, je me demande chaque jour comment un être isolé peut exister en soi et à travers soi si l’amour l’a élevé à la noblesse et à la beauté. – J’aimerais rêver toujours. Seulement, rêver, c’est se détruire soi-même! Se détruire soi-même, être lâche! – – – Il faut de la sensibilité! Dois-je l’en blâmer? Cependant, tout sentiment réveille en moi, dans toute sa force, mon désir impérieux, mêlé à mille douleurs. Même au plus profond de mes pensées, je n’éprouve d’autre désir que de connaître la relation amoureuse la plus intense. En effet, qu’est-ce qui peut nous mener à travers ce couple ambigu de la vie et de la mort, si ce n’est la voix de notre être supérieur que nous confions à une âme aimante proche de la nôtre, cette voix que nous-mêmes nous ne parvenons pas toujours à entendre. Unis, nous sommes forts et indéfectibles, dans le beau et dans le bien, au-delà de toutes les pensées, dans la foi et dans l’espérance. Mais, dans le monde réel qui nous contient, cette relation amoureuse n’existe pas seulement à travers l’esprit; même les sens (hormis la sensualité) en font partie. Un amour que nous soustrayons entièrement à la réalité, que nous ne percevons plus que par l’esprit, que nous ne pourrions plus nourrir ni faire espérer, finirait par devenir rêverie ou disparaître à nos yeux. Il demeurerait mais nous ne le saurions plus. (Lettre de Susette Gontard à Hölderlin)

Alors qu’elle est au fondement même de la philosophie – la philosophie dont il n’est jamais vain de rappeler que c’est bien, dès son entame, l’amour qui lui donne une origine et un idéal – la Diotime platonicienne qui n’est peut-être pas réelle, devient, chez le poète allemand, une incarnation de la femme aimée. Et c’est dans l’échange même avec celle-ci que se forgera une poésie qui, à son tour, pourra transformer en profondeur la philosophie occidentale. Et l’immense tour de force de ce livre est d’avoir réussi à rendre cette révolution esthétique palpable par des moyens formels résolument contemporains.

Susette Gontard, la Diotima de Hölderlin, Verdier, trad. Thomas Buffet.

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« État civil » de Michelle Grangaud

La matière a un nom.

Le nom est quelque chose dont tout le monde se sert, mais il est très difficile et peut-être impossible de dire ce que c’est au juste.

La matière a un nom, mais le nom ne l’a pas, elle.

Quand elle est grise, elle désigne la faculté de penser. Peut-être faut-il entendre par là qu’elle n’est sujette à penser que quand elle est en état d’ivresse.

Composé en trois parties, Naissances, Mariages et Décès, État civil déroule ses phrases effectivement un peu comme un état civil (ou des états civils juxtaposés) pourrait le faire. Il convient non pas de discourir, de dire, d’exprimer ou de signifier mais d’abord de consigner. Consigner les faits, petits ou grands, généraux ou particuliers, qui puissent attester qu’une existence est bel et bien menée, et cela selon le découlement habituel de celle-ci, qui naît, se marie, puis décède. Comme le dit la page de titre, État civil n’est ni un roman, ni un recueil, ni un récit, mais bien une suite d’inventaires.

Je suppose que j’ai la parole, mais c’est peut-être la parole qui m’a, moi-même, avec beaucoup d’autres.

Mais ces phrases, souvent drôles, qui au premier regard paraissent se succéder un peu au hasard, ne sont pas que collationnées. Elles inventorient, certes, mais elles inventent aussi. S’y dessinent peu à peu des structures. Chaque séquence est ainsi discrètement organisée par une suite de phrase dont chacune reprend comme sujet le prédicat de celle qui précède dans la suite, cela formant comme un squelette mouvant autour duquel la séquence entière peut se développer. De même chaque partie s’organise-t-elle autour d’un rapport au langage qui fluctue, tout en s’enrichissant des parties qui précèdent : dans « Naissances » l’accent est mis sur la lettre ou le mot et leurs découvertes émerveillées, dans « Mariages » ce sont la grammaire et la conjugaison, dans « Décès » ce sont les rapports du mot et du réel qui sont mis sur le grill. Peu à peu donc, comme au cours d’une vie, un langage se constitue qui peut rendre compte et faire retour sur lui-même.

Les mots sont une certaine sorte, très particulière, de choses.

La poésie de Michelle Grangaud réussit le pari oh combien complexe de réunir dans un espace formel cohérent la force ludique du langage et sa vertigineuse capacité à sonder le réel. État civil c’est de l’émotion pure forgée sur un alliage d’anagrammes et de Wittgenstein.

Michelle Grangaud, État civil, P.O.L.

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« Affaire de genres & autre pièces de fantaisie » de Michel Falempin.

Le doute, quoi qu’il en soit d’une certaine obstination à se tenir au bord d’une rue, à la sortie d’un bourg (c’est là, de la part d’une maison et de la mienne, déjà beaucoup se compromettre), n’est pas une raison suffisante ni même l’assurance de l’avoir habitée d’une façon autre qu’affective avec forcément, certain soir, l’ombre au moins de ma main remarquée sous la lampe et le souvenir d’un reflet surpris dans la grande armoire à glace, pour ne pas dire, non point certes ce qu’elle est mais à quoi elle ressemble : une maison, sinon en guerre, du moins qui (la guerre) l’a connue au point d’en avoir, dans une partie d’elle-même interdite en principe à son occupant, accumulé les preuves aussi réalistes que controuvées.

Des preuves « Controuvées » donc. Mais des preuves autant « controuvées » que « réalistes ». Le réalisme de Michel Falempin n’est pas le plaquage d’une perception sur quelque chose d’indépendant qui lui préexisterait. Un peu à la façon d’un Mallarmé au carré qui chercherait à attester de l’absence de l’absente d’un bouquet en la rendant présente par le langage, l’auteur fait fi des genres (qu’ils soient sexuels ou littéraires) et des clivages (le réel vs la fiction) pour creuser dans un sillon illustre sa propre trace où rien de ce qui est descriptible ni de ce qui est décrit n’impose ses propres limites strictes. L’écriture et la lecture, et le livre qui en résulte – si du moins, ce ne sont pas l’écriture et la lecture qui résultent du livre -, font partie intégrante du réel dont, tout à la fois, elles attestent et procèdent. Ainsi d’une maison que l’écriture « décrit » mais qui n’advient (et donc n’est, et donc n’offre la possibilité d’être décrite?!?) que dans la description. Ainsi d’un aïeul présomptif dont un héritier se chargerait d’écrire l’autoportrait.

Un destinataire naturel le priver de son bien, un écrit, toutefois, le peut, que l’on appelle codicille, clause, réserve – tout ajout testamentaire qui retire ou retranche ou détourne : mais ici c’est « retourne » qu’il faut écrire à propos de qualités dont on hérite d’un pseudo-donataire et c’est un défi littéraire pur que de pratiquer ce genre juridique singulier, sans autre bien à en attendre en héritage que l’honneur artistique et vain de le relever.

Soyons franc, ces Affaires de genre & autres pièces de fantaisie ne sont pas d’un abord aisé. Comme l’acte de lecture fait partie intégrante du réel (ou l’inverse, d’ailleurs) et que c’est de celui-ci dont se joue Michel Falempin, le lecteur se retrouvera très souvent en pays étranger. Et à ce point étranger qu’il n’en reconnaitra dans un premier temps pas même, non pas les paysages, mais les catégories selon lesquelles il a été habitué à se construire l’idée même de paysage. Mais, peu à peu, en lisant et relisant attentivement ces phrases qu’il aura jugées dans un premier temps certes remarquablement chantournées mais un tantinet brise-méninges, le lecteur y décèlera la rigueur d’un extraordinaire projet littéraire. Dont l’exigence ne sacrifie rien, absolument rien, ni à l’humour, ni à l’émotion. Et qui lui rappellera, à ce lecteur, que s’il lit, c’est précisément parce que la lecture, comme rien d’autre, est capable d’emmener en des contrées aussi radicalement autres…

il convient de rappeler que sur ce sujet réaliste par excellence, il ne faut ajouter du rêve que par pure humanité.

Michel Falempin, Affaire de genres & autres pièces de fantaisie, Héros-limite & Éric Pesty

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« Comment saboter un pipeline » de Andreas Malm.

On ne compte désormais plus les livres dont le sujet essentiel est, au sens large, l’écologie. Collapsosophes, écologues profonds, arbrothérapeutes, néo new-age, résilients, en dehors de ceux qui, platement mais utilement, se limitent à dresser le constat scientifique du désastre en cours, l’écrasante majorité de ces livres prétend ériger ce désastre en prédicat de nouvelles formes de « pensée ». Formes dont il faut bien reconnaitre, en sus bien souvent de leur indigence, la terrible stérilité. Non seulement on déguise des évidences ou des lieux communs en les habillant d’un langage pseudo-savant (on est dans la muise + il faut bien faire avec = on est dans le chthulucène (sic) + il faut habiter le trouble (sic)) mais encore on fait mine de construire des solutions avec des arguties et des métaphores (atténuer les effets du changement climatique et/ou lutter contre le désastre capitaliste = bâtir des récits (sic), faire un avec Gaïa (sic), bâtir des cabanes (sic), réactiver les possibles (sic), poétiser le monde (sic)). Tout ce baratin 2.0 ne prêterait qu’à rire s’il ne contribuait pas à jeter le discrédit sur des constats scientifiques aussi irréfutables qu’alarmants et à donner le sentiment qu’il est encore temps de se perdre en conceptualisations foireuses. Si ça pense – pour autant qu’on puisse appeler ça penser – , ça agit très peu. Si ça dit – là par contre, ça dit beaucoup -, ça ne fait pas grand-chose.

Quand commencerons-nous à nous en prendre physiquement aux choses qui consument cette planète – la seule sur laquelle les humains et des millions d’autres espèces peuvent vivre – et à les détruire de nos propres mains?

L’auteur de ce livre part d’un étonnement sincère : comment se fait-il qu’aucun acte terroriste n’ait encore été commis au nom du climat? Et, plus généralement encore, comment faut-il comprendre le refus obstiné de toute forme de violence professé par l’immense majorité des militants environnementaux?

En revenant sur l’histoire d’autres mouvements sociaux, souvent associés dans l’imaginaire collectif au pacifisme et dont s’inspirent ouvertement nombre d’initiatives actuelles, Andreas Malm démontre que la réussite de ces luttes ne repose souvent pas autant qu’on le croit sur les postulats pacifistes dont on les recouvre aujourd’hui. C’est en général bien plus de l’articulation entre la lutte pacifique et la violente (quoi que revête d’ailleurs cet adjectif, du sabotage ludique à l’acte terroriste visant des personnes) que résulte l’accomplissement des objectifs initiaux. Une fois l’argument historique – implacablement – invalidé, l’auteur s’attelle à questionner l’idée de la lutte « violente » sous l’angle de la pragmatique et de l’éthique et désamorce avec brio nombre d’idées reçues et de discours encore communément acceptés. Non, rayer une carrosserie de SUV n’est pas un acte violent. Non, mettre à bas une infrastructure polluante n’est pas en soi un acte terroriste et/ou disproportionné.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, ce livre n’est en aucun cas une suite de recettes pour saboteur impénitent, ou pour adolescent en manque de défouloirs. Il n’est pas non plus un manifeste qui n’aurait d’autre but a priori que la légitimation fallacieuse d’un biais naturel. Ce que fait l’auteur c’est d’abord démonter le fétiche qu’était devenu le pacifisme pour ensuite réactiver les dimensions pragmatiques, politiques et éthiques du sabotage. Le sabotage est bien un moyen. Et comme tout moyen, sa légitimité n’est jamais à rechercher dans sa prétendue substance mais bien dans les conditions – proportionnalité, urgence, pragmatisme – dans lesquelles il est exercé.

Le sabotage peut se pratiquer doucement, délicatement même.

Aux bouffonneries néo-chamaniques en vogue, ce livre substitue en la réactivant toute la charge éthique et politique des actes. Et ça fait un bien fou!*

Andreas Malm, Comment saboter un pipeline, La Fabrique, trad. Étienne Dobenesque.

*tiens un acte, comme ça, en passant. Chaque SUV est muni de quatre pneus volumineux remplis d’air. L’intérieur de chaque pneu (rempli d’air donc) est séparé de l’extérieur du pneu (rempli d’air aussi, vicié par le dit-SUV) par une membrane caoutchouc. Seul accès de l’un à l’autre : une valve Schrader. Celle-ci est fermée par un capuchon à visser. Dévissez-le. Logez-y un petit élément dur d’environ 3 mm de diamètre (un petit roulement métal, ou, plus simple encore et plus disponible, un petit gravier bien dur). Il suffit de l’y placer. Tout simplement. C’est aussi rapide que simple. Et efficace. Revissez. Effectuez cette opération sur les quatre pneus. Placez un mot sur le pare-brise expliquant à l’heureux propriétaire du dit-SUV que vous ne le détestez pas particulièrement mais que quand même, faut pas pousser bobonne, et surtout, surtout, qu’il doit faire attention quand il démarre parce que vous avez, grâce au procédé susvisé, fait passer l’air de l’intérieur des pneus du SUV en question à l’extérieur des pneus. Répétez cette opération sur plusieurs SUV de la même rue ou du même quartier. Voilà. Vous n’avez rien détruit. Vous n’avez rien endommagé. Vous avez juste rendu de l’air à l’air. Et en faisant cela, vous avez respectueusement fait passer un message qui n’avait manifestement pas été entendu. Parce que si on a un SUV maintenant, c’est qu’on est franchement un tantinet bouché. Faites-ça de nuit de préférence. Avec des copains et des copines. (et sinon, vous pouvez aussi aller planter des arbres sur des green de golf, c’est pas mal non plus…)

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« S’ouvrent les portes de la ville » de Bei Dao.

L’emploi des néons se généralisa au début des années 1970 et Pékin brilla soudain de milles feux, si bien que les esprits ne montrèrent plus leur pouvoir merveilleux. Heureusement , grâce aux fréquentes coupures de courant, chaque foyer allumait des bougies, et c’était une façon de se souvenir avec nostalgie de l’enfance perdue.

En 2001, Bei Dao était autorisé pour la première fois depuis douze ans (à l’étranger lors des événements de la place Tienanmen, il avait du se contraindre à l’exil) à rentrer à Pékin. Il retrouve alors une ville qui a profondément changé. Et, en posant son regard sur cette ville profondément différente, ce sont les souvenirs de celle qu’il a connue qui refont surface.

La vie des poissons est entièrement transparente. Perplexe, je me posais cette question : les poissons rouges étaient-ils un décor pour nous, ou bien était-ce nous qui leur servions de décor?

En une vingtaine de chapitres thématiques et non chronologiques, le lecteur suit à la fois l’auteur qui redécouvre sa ville et l’enfant ou le jeune adulte qu’il était dans la ville d’alors et désormais définitivement disparue. On y lit, comme jamais et de l’intérieur, une Pékin lors de la terrible seconde moitié du vingtième siècle, avec sa grande famine ou sa terrible révolution culturelle. On y lit les difficultés, les espoirs, les joies et les douleurs d’une famille à la fois ballottée par l’Histoire et actrice de celle-ci. Portée par une écriture toute en retenue qui conjoint subtilement l’acte de se souvenir avec l’évocation même du souvenir, s’ouvrent au lecteur en même temps que les portes d’une ville, celles d’une Histoire dite « connue » mais encore bien méconnue dans ses conséquences intimes. Aussi émouvant que sincère, S’ouvrent les portes de la ville est un remarquable exercice d’écriture d’un être plongé dans l’Histoire.

Père disait : « L’existence n’est qu’accueil et adieu ».

Bei Dao, S’ouvrent les portes de la ville, Ypsilon, trad. Chantal Chen-Andro.

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« Lectures de prison »

Pourquoi l’État veut-il que les détenus lisent? Comment sont organisés les fonds? Quel est le fonctionnement de la bibliothèque de prison? Comment savoir ce que lisent les détenus? Quel lieu pour la bibliothèque pénitentiaire? En plongeant dans les archives de la prison française dès 1725 et les suivant tout du long jusque 2017, ce très beau livre de 460 pages entreprend de nous renseigner sur la façon dont la lecture a été envisagée dans l’univers carcéral au cours du temps. On y voit ainsi que la lecture, très tôt envisagée comme un élément d’importance au sein de la prison, le fut évidemment en épousant les codes sociaux, politiques et moraux des différentes époques. S’y lit ainsi le passage de la satisfaction à des impératifs moraux transcendants (il fallait lire les textes religieux pour s’édifier) à celle de l’émancipation individuelle (il faut lire pour s’éduquer). On passe d’une bibliothèque organisée par ou avec l’aumonier à une implication du détenu dans son administration. Le livre y est d’abord envisagé comme un objet parmi d’autres avant, peu à peu, d’y trouver une identité propre et un statut particulier.

Le sujet – l’excuse pourrait-on dire – du livre paraît ténu. L’organisation d’une activité précise, ici la lecture, au sein de l’univers des prisons paraît à première vue ne pouvoir intéresser qu’un petit public de spécialistes, férus de sociologie carcérale ou d’histoire culturelle. Mais tout a été fait ici pour extirper de ce point d’accroche très pointu de quoi le relier à des questions qui le débordent très largement. Dans l’analyse pointilleuse de ce rapport entre lecture et prison émergent ainsi des faits et des évolutions socio-politiques et anthropologiques bien plus génériques qu’attendu. Dans les listes d’ouvrages, comme dans les méthodes de classements on décèle ainsi notre croissante spécialisation du réel. Dans l’évolution de la prise en compte des détériorations dont sont atteints les livres proposés se font conjointement jour la modification du rapport à un objet manufacturé et celle de ce que signifie l’acte pénitent. Et la liste est très longue de ce que ce livre questionne avec une intelligence rare.

En ayant fait le choix risqué d’encadrer ad minima l’ampleur considérable des documents traités, le parti pris de l’éditeur est aussi courageux que redoutablement efficace. Le lecteur, ainsi plongé dans une masse dont la structure subtile ne se dévoile que peu à peu, doit lui-même démêler l’écheveau des diverses lectures possibles. Cette lecture d’une histoire d’un contexte très particulier de lecture devient alors l’occasion d’un retour sur sa propre expérience. Et les questions posées au départ, qui paraissaient donc si spécialisées, amènent in fine à s’en poser d’autres plus généralistes : pourquoi lire? c’est quoi lire? quels charges politiques, anthropologiques, éthiques, pèsent sur l’acte de lecture?

Un livre sublime et magistral!

Lectures de prison (1725-2017), Éditions Le Lampadaire.

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