Poésie/Cartes postales rose cochon/Mustafa Stitou

Rarement le mot « poésie » et ses dérivés auront été autant à la mode. Une vocifération prétendument émancipatrice, un discours suintant l’emphase et le nationalisme, l’extatique récitation de lieux communs face caméra : la moindre revendication, la moindre supplique à vocation idéologique, sous prétexte qu’elle est médiée par le langage, est maintenant vendue comme ressortant du poétique. Rarement telle surenchère sémantique aura été si peu en rapport avec l’objet qu’il prétend nommer. La « poésie » est partout, la poésie nulle part. En « armant » leurs « luttes » des pâles ersatz d’une poésie réduite à ses clichés et aux seuls principes de la communication actuellement en vogue – format court, visuel, sonore, ludique, punchline – ces « combattants » du poétique parviennent à ridiculiser leurs combats (ça on s’en tamponne gentiment) et à donner de la poésie, pour ceux qui n’en connaissent rien, l’image d’un outil niais et inféodable à peu de frais à quelque « cause » que ce soit (ça c’est chez nous plus sensible). Tout entier dévolu à « étreindre par le langage » l’opprimé, le racisé, le féminin, le lombric ou le coquelicot, le poète guérillero en oublie que la poésie est avant tout chose esthétique (et non pas « belle », ni « jolie », ni « subjective »). Las de cette dilution de l’αίσθησιs (le grec, c’est toujours classe) dans tout ce à quoi on cherche bêtement à la forcer, nous avons décidé de consacrer majoritairement ce blog, ces prochaines semaines, à l’expression sans apprêt de textes poétiques qui comptent. Fi des étendards. Place à la poésie.

Ce chant est ton dernier

1

Ces intrigantes peintures rupestres je les ai laissées pour ce qu’elles étaient,

des peintures rupestres intrigantes, et je me suis installé

avec le journal d’hier sur la petite terrasse vide

du petit hôtel. Ai commandé un café noir. La propriétaire,

ouvertement antipathique. Sans doute

ma couleur de peau ne lui revenait-elle pas et mon nom,

que j’avais porté à sa connaissance lors du check-in,

a sans aucun doute fait pencher la balance. Mustafa.

Et dire que nous sommes l’un après l’autre les descendants d’un

seul et même petit clan qui vivait il y a 170 000 ans en Afrique,

                                                                Afrique.

Dieu merci, le client est roi, en Ardèche aussi.

Il prêchait la nécessité d’une identité nationale, le journal

d’hier, ciment de la vie en commun, une petite brise caressa

                                                                ma peau,

un trio d’homme apparut

(avec des sacs débordant d’outils indistincts)

prit place en parlant fort et en gesticulant à la petite table

sur ma gauche. Quelle vitalité[1] ! Comme elle les salua

chaleureusement, la propriétaire, apportant

du vin et des verres.

2

Pendant qu’une petite brise caressait ma peau

j’écoutais leur conversation et,

pour résumer l’histoire :

trois spéléologues ; la découverte d’une grotte

qui contenait plus de peintures que n’en contenait

l’ensemble des autres grottes découvertes par ici !

La propriétaire m’apporta un café au lait

et je protestai, pour lui faire perdre

encore un plus patience, en anglais,

fittest lingua franca. Gentlemanlike

je la mis en garde quant aux gaz :

mon ADN ne sait que faire du lactose.

3

J’écoutais la conversation des chercheurs de trous,

une petite brise caressait ma peau,

la propriétaire m’apporta un café noir,

le non-regard insistant, le temps

passa, de petites brises

chatouillaient ma peau, j’offrais

un café après l’autre

à Bacchus

et j’écoutais et je sentais

comme peu à peu le feu disparaissait

de la découverte, comme le feu

de la petite table des spéléologues

devenait un petit morceau de charbon éteint.

4

Les scientifiques se turent,

ne burent plus de vin,

leurs visages se figèrent.

Comme si chacun se retirait isolément,

s’armait.

Au début le sens de ce revirement m’échappa,

je ne comprenais pas pourquoi l’union était rompue

et maintenant encore je ne comprends pas pourquoi l’instant suivant je

compris le silence.

Je ne sais comment le connu se fit connaître.

(J’étais témoin,

me dis-je par après,

d’un événement historique

de premier ordre mais à laquelle notre espèce

refuse toute place dans l’Histoire.)

Les spéléologues, angoissés, se demandaient :

duquel d’entre nous la grotte sera-t-elle nommée ?

Mustafa Stitou, Cartes postales rose cochon, De Bezige Bij


[1] En français dans le texte

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Poésie/Poèmes à pied/Cole Swensen

Rarement le mot « poésie » et ses dérivés auront été autant à la mode. Une vocifération prétendument émancipatrice, un discours suintant l’emphase et le nationalisme, l’extatique récitation de lieux communs face caméra : la moindre revendication, la moindre supplique à vocation idéologique, sous prétexte qu’elle est médiée par le langage, est maintenant vendue comme ressortant du poétique. Rarement telle surenchère sémantique aura été si peu en rapport avec l’objet qu’il prétend nommer. La « poésie » est partout, la poésie nulle part. En « armant » leurs « luttes » des pâles ersatz d’une poésie réduite à ses clichés et aux seuls principes de la communication actuellement en vogue – format court, visuel, sonore, ludique, punchline – ces « combattants » du poétique parviennent à ridiculiser leurs combats (ça on s’en tamponne gentiment) et à donner de la poésie, pour ceux qui n’en connaissent rien, l’image d’un outil niais et inféodable à peu de frais à quelque « cause » que ce soit (ça c’est chez nous plus sensible). Tout entier dévolu à « étreindre par le langage » l’opprimé, le racisé, le féminin, le lombric ou le coquelicot, le poète guérillero en oublie que la poésie est avant tout chose esthétique (et non pas « belle », ni « jolie », ni « subjective »). Las de cette dilution de l’αίσθησιs (le grec, c’est toujours classe) dans tout ce à quoi on cherche bêtement à la forcer, nous avons décidé de consacrer majoritairement ce blog, ces prochaines semaines, à l’expression sans apprêt de textes poétiques qui comptent. Fi des étendards. Place à la poésie.

Wordsworth

Dorothy marche de Kendal à Grasmere et de Grasmere à Keswick, une cinquantaine de km à peine, de Alfoxden à Lynmouth et retour juste pour un paysage, un tableau intérieur, affinant à coups de pinceau une nouvelle façon de respirer. Elle put respirer à nouveau, écrivit tout, sous forme de notes : 30 mars : Marché je ne sais où. 31 mars : Marché. 1er avril : Marché au clair de lune. Marcha jusqu’à l’aveuglement. Marcha par grand vent. Marcha dedans le temps. 2 avril : Marché sous des arbres ; 4 avril : Marché jusqu’à la mer… Grande agitation dans l’air. Femme accroupie en forme de colombe comme la main prend la forme d’un oiseau en feuilletant un journal : Marcha au crépuscule. Marcha au-dedans. Ne fus ni entendue ni défendue, bien que je ressentisse les forces d’union tentant de réunir le groupe indéterminé de toutes les choses choisies. Je ferai le tri.

Wordsworth

William dans son bonheur lui devait tout et de cela lui vint une vie vivante disait William à ces jambes sans beauté je dois le fait d’être perdu et bien que j’aie presque parcouru 300.000 km, je dois ma vie, et paierai volontiers son poids en nuage.

Pour qui ça ne faisait pas de différence, marcher c’est simplement écrire

et vice-versa. Le rythme comme une façon de voir ne voyait que la route en marchant marchait comme quelqu’un tombé dans la cadence et comme il divaguait son lui encore une fois n’est plus là s’enfonçant face à un vent violent

et plus il marchait plus il s’enfonçait – 10 km juste pour le courrier et vingt de plus pour prendre le thé avec un ami. Et l’écriture même doit figurer la marche même,

qui devrait errer, déréglant le papier et donc toutes les inventions qui ordonnent le monde – la classification des plantes et des animaux – tout cela dans la main de William en écriture croisée comme on pisterait son arpent préféré tandis qu’il marchait de long en large dans les allées de son jardin, voyage perdu, disait-il.

Cole Swensen, Poèmes à pied, Corti, trad. Maïtreyi & Nicolas Pesquès.

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Poésie/Off/Huguette Champroux

Rarement le mot « poésie » et ses dérivés auront été autant à la mode. Une vocifération prétendument émancipatrice, un discours suintant l’emphase et le nationalisme, l’extatique récitation de lieux communs face caméra : la moindre revendication, la moindre supplique à vocation idéologique, sous prétexte qu’elle est médiée par le langage, est maintenant vendue comme ressortant du poétique. Rarement telle surenchère sémantique aura été si peu en rapport avec l’objet qu’il prétend nommer. La « poésie » est partout, la poésie nulle part. En « armant » leurs « luttes » des pâles ersatz d’une poésie réduite à ses clichés et aux seuls principes de la communication actuellement en vogue – format court, visuel, sonore, ludique, punchline – ces « combattants » du poétique parviennent à ridiculiser leurs combats (ça on s’en tamponne gentiment) et à donner de la poésie, pour ceux qui n’en connaissent rien, l’image d’un outil niais et inféodable à peu de frais à quelque « cause » que ce soit (ça c’est chez nous plus sensible). Tout entier dévolu à « étreindre par le langage » l’opprimé, le racisé, le féminin, le lombric ou le coquelicot, le poète guérillero en oublie que la poésie est avant tout chose esthétique (et non pas « belle », ni « jolie », ni « subjective »). Las de cette dilution de l’αίσθησιs (le grec, c’est toujours classe) dans tout ce à quoi on cherche bêtement à la forcer, nous avons décidé de consacrer majoritairement ce blog, ces prochaines semaines, à l’expression sans apprêt de textes poétiques qui comptent. Fi des étendards. Place à la poésie.

Reine cinq (1982)

Parle pas de raisin tout l’après-midi

tulipes je n’ai pas cent ans je ne peux ni glisser

ni arrêter je n’ai pas de chemise je file en

arrêt autant que certaines fois retourner le

papier dans le sens horizontal écrire comme

si j’aillais tourner je vois que rien ne tourne

sinon moi je vois le jaune selon

qu’il y a sans doute ailleurs un bleu épais

qui fait ouate d’abord ou d’abord S – Tel quel ou impos

sible de parler à la métaphore je ne crois à

aucune rapidité j’oriente deux valoirs

pour le vent et l’habitude de ne pas éclaircir

éclaire l’identité on s’appelait dans les

roues dans les mots de vieux amnésie mais

je brode entre mes dents autant qu’une fanfare

pendant que l’inquiétude ne cesse si j’écrivais

vraiment un texte si je l’avais écrit une

fois comme (pour toutes) et je serais parmi

(une) lézarde quelques jours après objet de

balancement violence à ne pas s’excuser.

Huguette Champroux, Off, Le Bleu du ciel.

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Philosophie/L’Esprit dans un monde physique/ Jaegwon Kim

Nous étonne depuis longtemps l’ombre à peu près complète dans laquelle sont laissées, dans le champ francophone et ce jusqu’aux sphères académiques, des pensées considérées partout ailleurs comme absolument déterminantes. Tout entier occupé à rabattre sur elles-mêmes ses certitudes tranquilles à coups de citations nietzschéennes ou deleuziennes, le lecteur francophone prétendument averti méconnait souvent avec paresse et componction des pans gigantesques de ce qui se fabrique au-delà de ses très étroites frontières épistémiques. Faisant la moue à la seule mention d’ « analytique », de « logique », d’ « herméneutique » ou de « cognitif » et hanté par d’absurdes préjugés, il fabrique en vase clos des résistances sans plus très bien savoir à quoi il se dit résister. Ainsi enfermé dans une rengaine qui n’a de pensée que le nom, il manque d’apercevoir vraiment des textes majeurs quand il s’en dégage dans ses environs immédiats (Quentin Meillassoux) et consacre à leurs places des impostures manifestes (Bruno Latour). En donnant à lire quelques extraits d’œuvres unanimement considérées comme majeures, nous espérons inciter un peu plus le lecteur francophone à sortir de son fort douillet carcan. La pensée, après tout, n’est pas le confort…

Le problème fondamental de la causalité mentale est de répondre à cette question : comment l’esprit peut-il exercer ses pouvoirs dans un monde qui est fondamentalement physique? J’avancerai pour commencer quelques raisons qui justifient de vouloir sauver la causalité mentale – pourquoi il est important à nos yeux qu’il y ait réellement une efficacité causale de l’esprit (certains diront que reconnaître son existence est un préalable ultime et non négociable). En premier lieu, la possibilité de l’agir humain requiert de toute évidence que nos états mentaux – nos croyances, désirs et intentions – aient des effets causaux dans le monde physique. Dans les actions volontaires, il faut bien que d’une manière ou d’une autre, nos croyances, désirs, intentions et décisions provoquent les mouvements appropriés de nos membres, créant ainsi des arrangements nouveaux parmi les objets qui nous entourent. C’est de cette manière que nous nous débrouillons avec notre environnement, écrivons des articles de philosophie, construisons des ponts et des villes, et faisons des trous dans la couche d’ozone. En second lieu, la possibilité de la connaissance humaine présuppose la réalité de la causalité mentale : la perception, notre unique fenêtre sur le monde, requiert que des expériences perceptuelles et des croyances soient causées par des objets physiques et par des événements se produisant autour de nous. Le raisonnement, par le biais duquel nous acquérons des connaissances et des croyances nouvelles à partir du fond existant de ce que nous savons et croyons déjà, implique que de nouvelles croyances soient causées par d’autres qui leur préexistent ; plus généralement, on peut défendre l’idée que la causalité est indispensable pour que se transmette, d’une croyance à l’autre, la force de l’évidence.. La mémoire est un processus causal complexe impliquant des interactions entre des expériences, leur emmagasinement physique et leur transformation en croyances. Si vous écartez la perception, la mémoire et le raisonnement, vous écartez à peu près la totalité des connaissances humaines. De surcroît, la possibilité de la psychologie comme science théorique capable de produire, à propos du comportement humain, des explications fondées sur des lois, paraît clairement de la réalité de la causalité mentale. : il faut que les phénomènes mentaux puissent fonctionner comme des maillons indispensables dans des chaînes causales menant au comportement physique. On peut supposer qu’une science qui invoque les phénomènes mentaux dans ses explications leur accorde une efficacité causale. Si un phénomène joue un rôle explicatif, sa présence ou son absence dans une situation donnée doit faire une différence – une différence causale.

[D]eux explications, ou plus, peuvent être des explications rivales même si leurs prémisses explicatives sont mutuellement compatibles, et en fait toutes vraies, lorsqu’elles prétendent expliquer (en particulier, expliquer causalement) un unique explanandum. Que les explications surgissent dans différentes aires d’enquêtes, qu’elles soient données à différents « niveaux » d’analyse ou de description, ou qu’elles fournissent des réponses dans des cadres épistémiques et pragmatiques variés, tout cela ne fait aucune différence. Ainsi, un ingénieur en travaux publics expliquera tel accident de voiture comme ayant été causé par un défaut dans la courbe de la chaussée, tandis qu’un officier de police expliquera ce même accident comme ayant été causé par l’inattention au volant d’un conducteur inexpérimenté. Mais, dans un cas de ce genre, nous pensons naturellement que les causes ainsi présentées sont des causes partielles, et qu’elles contribuent ensemble à fournir la cause suffisante et complète de l’accident. Dès lors que chacune prétend être une cause complète de l’événement à expliquer, une tension se crée, et nous sommes alors fondés à demander, et même contraints de demander, quelle est la relation entre les deux causes. En fait, c’est précisément parce qu’aucune des explications « n’implique essentiellement de suppositions spécifiques à propos de l’autre » que nous avons besoin de savoir comment les deux explications sont reliées, comment les deux histoires causales à propos d’un même phénomène s’ajointent l’une à l’autre. Les deux histoires n’en forment-elles au fond qu’une seule, exprimée dans des langues différentes? Les deux histoires se complètent-elles, chacune n’étant que partielle? Et ainsi de suite. La métaphysique est le domaine où différents langages, théories, explications et systèmes conceptuels se rencontrent, règlent et clarifient leurs relations ontologiques. C’est l’hypothèse d’un réalisme cognitif large et non tendancieux qu’un tel domaine commun existe. Et si vous croyez que ce domaine commun n’existe pas, c’est encore de la métaphysique!

Jaegwon Kim, L’Esprit dans un monde physique, essai sur le problème corps-esprit et la causalité mentale, Ithaque, trad. François Athané & Édouard Guinet.

(si ce livre majeur permet d’entrer de plain pied dans la pensée exigeante et rigoureuse de Jaegwon Kim – et de bien saisir ses interprétations déterminantes du concept de « survenance » et du réductionnisme – il forme aussi une remarquable et très claire introduction générale à la problématique philosophique des rapports corps-esprit)

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Poésie belge / Épisode 2

Nous l’avouons, nous avons parfois, ici ou sur les réseaux sociaux, été durs avec la poésie belge contemporaine et la promotion qui en est faite publiquement. Sans doute aveuglés par un désir d’exigence qui a viré au dogmatisme, nous n’avons pas pris la mesure de son extraordinaire diversité et nous sommes laissés aller trop souvent au sarcasme. Alertés par quelques lecteurs attentifs (que nous remercions ici), nous sommes allés y voir de plus près et avons découvert, à travers le lien qu’elle entretient avec l’image, une poésie « bien de chez nous » dont la vitalité débordante renouvelle autant notre rapport au langage que la mise en scène de celui-ci. Osons le dire, ce sont de nouveaux pans de l’Être qui nous sont apparus! Nous vous proposerons de temps en temps, en cliquant sur une image, de découvrir des aspects inattendus de l’avant-garde belge. Fort de l’audience (que nous remercions ici) de ce blog outre-Quiévrain, nous espérons ainsi œuvrer au rayonnement de cette poésie nationale qui nous tient tant à cœur…

Épisode 2 : C’est peu dire que le reportage ci-dessous se suffit à lui-même et que sa raison d’être ne peut être pleinement appréciée qu’indépendamment d’un discours tenu sur lui. Mais, voilà, il est pour partie en néerlandais. Et comme une partie non négligeable de l’audience de ce blog est domiciliée dans la patrie de Gustave Flaubert et d’Alexandre Jardin, et que celle-ci n’entend pas grand-chose au flamouche, il nous a paru indispensable, pour la bonne compréhension de l’ensemble, d’en traduire en français le scénario. Notre rôle est bien ici de faire mieux connaitre à l’étranger l’extraordinaire vitalité de l’avant-garde poétique belge. La juste saisie de ce qui repousse les frontières du subtil requiert parfois une certaine pédagogie.

Le reportage a pour fonction d’informer le public transi d’impatience et tapi dans ses chaumières du nom du poète qui endossera l’an prochain le rôle devenu central dans la société belge de « poète national ». La fonction biannuelle est assumée à tour de rôle par un francophone et un flamouche. La poétesse à qui a été confiée l’importante mission de présenter le passage du témoin poétique s’appelle Maud Vanhauwaert. Elle se rend en voiture chez le poète national en exercice. Il s’appelle Carl Norac. La voiture de la poétesse est estampillée d’un logo « pöezie » – « poésie » en flamouche – qui reprend les codes du logo de la police nationale belge, parce que la poésie, en Belgique comme partout dans le monde, est un acte de résistance aux méchants pouvoirs fascistes – flamouches ou pas flamouches. Après avoir appris que la poésie c’est utile, que le poète national en exercice avait envie de légèreté et d’écrire dans un train, et qu’il avait écrit un poème pour le prochain poète national sur une feuille avec des semences de fleurs dedans, ils partent tous deux chez le futur poète national. Tout ça se passe très majoritairement en français, parce que le poète national en exercice, même s’il habite chez les flamouches, est pas trop à l’aise avec le flamouche. Mais c’est normal, sa muse est pas flamouche. Ils s’arrêtent devant une maison. La maison est une vraie maison flamouche, avec des grosses grilles et des thuyas super bien taillés. Ils font monter le suspense comme pas possible. Et puis, paf, la grille s’ouvre, les poètes avancent et on apprend que le poète national 2022-2023 sera Mustafa Kör. Joie dans les chaumières du plat pays. Ensuite, on parle flamouche. On filme des fleurs. On rappelle que quand on lit de la littérature, on est autrement que quand on ne lit pas de littérature. Et puis on va dans le jardin. On constate que les thuyas sont décidément taillés au cordeau. La muse francophone du poète national en exercice réapparaît. On lit quelques vers époustouflants en français, avec un accent bien de chez nous. On est subjugué par leur beauté. Re-joie dans les chaumières. Ensuite, d’un geste dont la pureté n’a d’égale que l’originalité, le poète national flamouche plie le poème rédigé sur le papier avec des semences dedans par le poète à la muse qui parle pas flamouche. Et celui-ci, d’un geste dont la pureté n’a d’égale que l’originalité, fait un petit trou dans le jardin avec une petite pelle bleue et enterre le papier avec le poème dessus et les semences dedans. Et puis, tout à la fin, après avoir cité un poème de Paul Celan, qui jamais ô grand jamais n’aurait imaginé un jour voir son nom associé à un rituel poétique de cette inventivité radicale, tout à la fin donc, la poétesse officiante nous informe, ce que nous n’aurions jamais deviné sinon, que les poèmes du poète national en exercice fleuriront l’année prochaine quand le poète national flamouche aura pris sa fonction. Elle dit que ce sont les vers qui fleuriront. Alors que, techniquement parlant, on le comprends bien, ce ne sont pas les vers, qui sont sur le papier, mais bien les semences, qui sont dans le papier, qui fleuriront. C’est une métaphore typique de l’avant-garde belge. C’est beau comme une haie de thuyas bien taillée. Et la joie de déborder des chaumières.

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Poésie belge / Épisode 1

Nous l’avouons, nous avons parfois, ici ou sur les réseaux sociaux, été durs avec la poésie belge contemporaine et la promotion qui en est faite publiquement. Sans doute aveuglés par un désir d’exigence qui a viré au dogmatisme, nous n’avons pas pris la mesure de son extraordinaire diversité et nous sommes laissés aller trop souvent au sarcasme. Alertés par quelques lecteurs attentifs (que nous remercions ici), nous sommes allés y voir de plus près et avons découvert, à travers le lien qu’elle entretient avec l’image, une poésie « bien de chez nous » dont la vitalité débordante renouvelle autant notre rapport au langage que la mise en scène de celui-ci. Osons le dire, ce sont de nouveaux pans de l’Être qui nous sont apparus! Nous vous proposerons de temps en temps, en cliquant sur une image, de découvrir des aspects inattendus de l’avant-garde belge. Fort de l’audience (que nous remercions ici) de ce blog outre-Quiévrain, nous espérons ainsi œuvrer au rayonnement de cette poésie nationale qui nous tient tant à cœur…

Épisode 1 : la poésie-papote…

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Poésie/Baltiques/Tomas Tranströmer

Rarement le mot « poésie » et ses dérivés auront été autant à la mode. Une vocifération prétendument émancipatrice, un discours suintant l’emphase et le nationalisme, l’extatique récitation de lieux communs face caméra : la moindre revendication, la moindre supplique à vocation idéologique, sous prétexte qu’elle est médiée par le langage, est maintenant vendue comme ressortant du poétique. Rarement telle surenchère sémantique aura été si peu en rapport avec l’objet qu’il prétend nommer. La « poésie » est partout, la poésie nulle part. En « armant » leurs « luttes » des pâles ersatz d’une poésie réduite à ses clichés et aux seuls principes de la communication actuellement en vogue – format court, visuel, sonore, ludique, punchline – ces « combattants » du poétique parviennent à ridiculiser leurs combats (ça on s’en tamponne gentiment) et à donner de la poésie, pour ceux qui n’en connaissent rien, l’image d’un outil niais et inféodable à peu de frais à quelque « cause » que ce soit (ça c’est chez nous plus sensible). Tout entier dévolu à « étreindre par le langage » l’opprimé, le racisé, le féminin, le lombric ou le coquelicot, le poète guérillero en oublie que la poésie est avant tout chose esthétique (et non pas « belle », ni « jolie », ni « subjective »). Las de cette dilution de l’αίσθησιs (le grec, c’est toujours classe) dans tout ce à quoi on cherche bêtement à la forcer, nous avons décidé de ne plus consacrer ce blog, ces prochaines semaines, qu’à l’expression sans apprêt de textes poétiques qui comptent. Fi des étendards. Place à la poésie.

Service de nuit

I

Cette nuit, je suis descendu voir le lest.

Je suis un des poids du silence

qui empêchent le caboteur de chavirer!

Des visages dans l’ombre, indistincts comme des pierres.

Qui ne savent que siffler : « Ne me touchez pas. »

II

D’autres voix se bousculent, comme une

ombre étroite, l’auditeur se déplace sur la bande

lumineuse des stations d’une radio.

Le langage marche au pas avec les bourreaux.

Voilà pourquoi nous devrons chercher un autre langage.

III

Le loup est là, ami de toutes les heures,

et il effleure les fenêtres de sa langue.

La vallée est remplie de manches de haches reptiles.

Le grondement du vol de nuit s’écoule sur le ciel,

morne, comme un fauteuil aux roues de fer.

IV

On défonce la ville. Mais le silence s’est fait.

Sous les ormes du cimetière :

un bulldozer vide. La pelle posée au sol –

geste de l’homme somnolant sur la table,

le poing devant lui. – Cloches qui sonnent.

Tomas Tranströmer, Baltiques, Œuvres complètes 1954-2004, Gallimard, trad. Jacques Outin.

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Philosophie/Vérité et méthode/Hans-Georg Gadamer

Nous étonne depuis longtemps l’ombre à peu près complète dans laquelle sont laissées, dans le champ francophone et ce jusqu’aux sphères académiques, des pensées considérées partout ailleurs comme absolument déterminantes. Tout entier occupé à rabattre sur elles-mêmes ses certitudes tranquilles à coups de citations nietzschéennes ou deleuziennes, le lecteur francophone prétendument averti méconnait souvent avec paresse et componction des pans gigantesques de ce qui se fabrique au-delà de ses très étroites frontières épistémiques. Faisant la moue à la seule mention d’ « analytique », de « logique », d’ « herméneutique » ou de « cognitif » et hanté par d’absurdes préjugés, il fabrique en vase clos des résistances sans plus très bien savoir à quoi il se dit résister. Ainsi enfermé dans une rengaine qui n’a de pensée que le nom, il manque d’apercevoir vraiment des textes majeurs quand il s’en dégage dans ses environs immédiats (Quentin Meillassoux) et consacre à leurs places des impostures manifestes (Bruno Latour). En donnant à lire quelques extraits d’œuvres unanimement considérées comme majeures, nous espérons inciter un peu plus le lecteur francophone à sortir de son fort douillet carcan. La pensée, après tout, n’est pas le confort…

Ce qui a inspiré notre réflexion, c’est l’affirmation que le langage est un centre où le moi et le monde fusionnent, bien plus : où ils se présentent dans leur mutuelle solidarité originelle. Nous avons dégagé la manière dont ce centre spéculatif de la langue se présente comme un événement fini, par rapport à la médiation dialectique du concept. Dans tous les cas analysés, que ce soit dans la langue du dialogue, dans celle de la poésie ou, également, celle de l’interprétation, il est apparu que la structure spéculative de la langue n’est pas la simple reproduction d’un donné fixe, mais une venue au langage dans laquelle s’annonce une totalité de sens. C’est par là précisément que nous nous sommes rapprochés de la dialectique antique, car, en elle non plus, on ne trouvait aucune activité méthodique du sujet, mais un agir de la chose même, qui est pour le penser un « pâtir ». C’est cet agir de la chose même qui constitue le véritable mouvement spéculatif qui s’empare de celui qui parle. Nous avons étudié sa réflexion subjective dans le parler. Nous savons maintenant que cette tournure : l’agir de la chose même, sa venue au langage, renvoie à une structure ontologique universelle, la constitution fondamentale de tout ce vers quoi la compréhension peut se tourner. L’être qui peut être compris est langue.

Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode, les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Le Seuil, trad. Pierre Fruchon, Jean Grondin & Gilbert Merlio.

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Poésie/Le grand diseur/Miguel Angel Asturias

Rarement le mot « poésie » et ses dérivés auront été autant à la mode. Une vocifération prétendument émancipatrice, un discours suintant l’emphase et le nationalisme, l’extatique récitation de lieux communs face caméra : la moindre revendication, la moindre supplique à vocation idéologique, sous prétexte qu’elle est médiée par le langage, est maintenant vendue comme ressortant du poétique. Rarement telle surenchère sémantique aura été si peu en rapport avec l’objet qu’il prétend nommer. La « poésie » est partout, la poésie nulle part. En « armant » leurs « luttes » des pâles ersatz d’une poésie réduite à ses clichés et aux seuls principes de la communication actuellement en vogue – format court, visuel, sonore, ludique, punchline – ces « combattants » du poétique parviennent à ridiculiser leurs combats (ça on s’en tamponne gentiment) et à donner de la poésie, pour ceux qui n’en connaissent rien, l’image d’un outil niais et inféodable à peu de frais à quelque « cause » que ce soit (ça c’est chez nous plus sensible). Tout entier dévolu à « étreindre par le langage » l’opprimé, le racisé, le féminin, le lombric ou le coquelicot, le poète guérillero en oublie que la poésie est avant tout chose esthétique (et non pas « belle », ni « jolie », ni « subjective »). Las de cette dilution de l’αίσθησιs (le grec, c’est toujours classe) dans tout ce à quoi on cherche bêtement à la forcer, nous avons décidé de ne plus consacrer ce blog, ces prochaines semaines, qu’à l’expression sans apprêt de textes poétiques qui comptent. Fi des étendards. Place à la poésie.

LE GRAND DISEUR ÉVOQUE LE SOLEIL

Salut, ver arpenteur du ciel,

creuset où fond la poudre

de la lumière en mouvement!

Salut, ver arpenteur des mers,

grand miroir où fusionnent

l’eau et le sel en mouvement!

Salut, ver arpenteur du temps,

sablier où fusionnent

le jour et l’ombre en mouvement!

Le soleil salue le poisson,

il lui apprend comment il est,

au gazouilleur

il dit :

« Ne te prends pas pour une fleur »,

l’oiseau le sait,

mais n’est-il pas possible de rêver?

D’être en rêve fleur ou bateau?

Le soleil fixe le bouleau,

il lui apprend comment il est,

mais à quoi bon se réveiller

si l’on rêvait

qu’on était ciel nuitamment bleu?

Le soleil salue la gazelle,

il lui apprend comment elle est :

pour voler elle n’a point d’ailes

mais quatre pieds…

Le soleil salue l’homme,

il peint son ombre, en somme

il lui apprend comme il est…

Le soleil salue le soleil

en se copiant dans l’eau des mers,

il ignore comment il est,

car si dans le ciel il marche à l’endroit

sur la mer il marche à l’envers…

Le soleil salue le poisson,

l’oiseau,

l’homme,

le bouleau

qui sont autrement qu’ils ne sont.

Le soleil se salue lui-même

en ignorant comment il est…

LE GRAND DISEUR ÉVOQUE LA NUIT

Qui d’autre que toi nous apprend

que le silence entend,

Nuit criblée de trous?

Qui d’autre que toi nous apprend

que l’ombre regarde,

Nuit criblée de trous?

Qui d’autre que toi nous apprend

ce que font nos absents,

Nuit criblée de trous?

Miguel Angel Asturias, Le grand diseur in Poèmes indiens, Gallimard, trad. Claude Couffon & René-L-F. Durand.

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Poésie/L’État d’enfance, III/Hervé Piekarski

Rarement le mot « poésie » et ses dérivés auront été autant à la mode. Une vocifération prétendument émancipatrice, un discours suintant l’emphase et le nationalisme, l’extatique récitation de lieux communs face caméra : la moindre revendication, la moindre supplique à vocation idéologique, sous prétexte qu’elle est médiée par le langage, est maintenant vendue comme ressortant du poétique. Rarement telle surenchère sémantique aura été si peu en rapport avec l’objet qu’il prétend nommer. La « poésie » est partout, la poésie nulle part. En « armant » leurs « luttes » des pâles ersatz d’une poésie réduite à ses clichés et aux seuls principes de la communication actuellement en vogue – format court, visuel, sonore, ludique, punchline – ces « combattants » du poétique parviennent à ridiculiser leurs combats (ça on s’en tamponne gentiment) et à donner de la poésie, pour ceux qui n’en connaissent rien, l’image d’un outil niais et inféodable à peu de frais à quelque « cause » que ce soit (ça c’est chez nous plus sensible). Tout entier dévolu à « étreindre par le langage » l’opprimé, le racisé, le féminin, le lombric ou le coquelicot, le poète guérillero en oublie que la poésie est avant tout chose esthétique (et non pas « belle », ni « jolie », ni « subjective »). Las de cette dilution de l’αίσθησιs (le grec, c’est toujours classe) dans tout ce à quoi on cherche bêtement à la forcer, nous avons décidé de ne plus consacrer ce blog, ces prochaines semaines, qu’à l’expression sans apprêt de textes poétiques qui comptent. Fi des étendards. Place à la poésie.

Le 26/12/2016 Montpellier

L’existence du temps ne suffit pas à flétrir la chair, il y faut aussi une volonté. N’aurais-je appris du langage qu’à disparaître dans la forme qui me nomme, cela suffirait dans l’exacte mesure où je coïncide avec des mots qui ont été choisis à ma place par l’homme qui parle de moi à la première personne. J’occupe une tâche de lumière. Elle se déplace et comme si le temps la libérait elle m’accompagne partout où je vais et je me retrouve en elle tel que je me rêve mais à la condition qu’il s’agisse d’un vrai déplacement dans un espace vrai et sous la loi d’un vrai temps. Les hommes sont trahis par des habitations, des parcelles d’eux-mêmes où sont distribuées également des sensations et même celles qu’ils n’ont jamais éprouvées. Ou bien des oiseaux sur des fils et ces fils des clôtures et les territoires des parcelles où ce sont les durées qui comptent, une chambre où tout a lieu dans une relâche de la vie où ce sont d’autres que toi et moi qui parlent. D’autres que toi et que moi qui se défient.

Le 24/07/2017

Le chemin qui menait à la citerne. Recouvert de ronces le chemin qui menait à la citerne. Des traces de pieds mouillés sur le carrelage et personne pour les suivre, de voix capables de paroles encore moins. Le corps vide à force qu’il n’en finisse plus de mourir. Le temps, la figure du temps, le temps figuré comme un soleil fixe dans le ciel qui tourne, la terre elle aussi. Pas de surface, plus jamais d’épaisseur et non plus de sol pour les pas. L’équilibre des fruits sur les arbres et le tumulte quand on les cueille, cela constitue le miracle et le méridien passe par le sol. Joseph affronte le moins puissant de ses frères mais il se tue à la tâche pour payer la dîme. Cela lui sera compté pour faute. Et possède-t-il vraiment l’argent qu’il dilapide? Il y a du vent dans les fenils et l’on se presse pour observer les enfants qui s’aiment. Le soleil comme un rivet dans le ciel de plus en plus lisse et bleu, insupportablement lisse et bleu. L’aubaine du temps vécu par personne. L’absolu. Par exemple le fruit qu’on a posé à côté de sa couleur et qui ne peut la rejoindre.

Le jardin

Plus personne ne s’occupe des plates-bandes et le jardin tombe en ruine dans l’exacte mesure de son abandon à la prolifération du temps attaquant jusqu’à sa complète disparition le lieu qui autour de la maison dont il ne reste plus rien qu’une grande dalle organisait l’agencement des surfaces comme une efflorescence maîtrisée et apaisante pour l’œil qui ne voit pas mais se souvient du temps où d’avoir faim exclusivement de choses visuelles et proches le conduisait à si intensément pénétrer le réel qui lui semblait devenir peu à peu non plus le sujet mais l’objet d’une vision rotonde qui de toutes parts l’enserrant lui apparut sur le point de prendre sa place pour que lui, l’œil, soit agi et non plus borné à œuvrer sa vision. Plus personne ici ne prend soin de l’organisation externe de l’espace car tout entier l’espace ramassé en boule se tient dans l’œil qui ne peut plus l’extraire mais à la fin et comme s’il s’agissait d’une vision de la vision elle-même à l’intérieur de l’œil s’en repaître et sans doute aussi l’absorber jusqu’au noir qui n’est à l’obscurité qu’une antichambre et qui fait peur car là et pour la première fois dans la vie qui se souvient on est seul.

Hervé Piekarski, L’État d’enfance, III, Flammarion.

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