« Aventures dans l’irréalité immédiate » de Max Blecher.

Aventures dans l'irréalité immédiateAu milieu de cette inutilité ambiante et sous ce ciel à jamais maudit, je chemine aujourd’hui encore.

Max Blecher, écrivain roumain mort en 1938 à l’âge de 28 ans, est de ces êtres-phalènes qui, atteints d’un mal qu’ils savent les condamner rapidement, y puisent leur plume pour dessiner une vision autre de cette existence dont ils saisissent au plus près la cruelle brièveté.  Atteint tôt du mal de Pot, il passa les dix dernières années de sa courte vie en majorité dans des sanatoriums, immobilisé par la maladie.  Dix années à écrire.  Une correspondance avec, entre autres, Martin Heidegger, André Gide ou André Breton.  Et des romans, tous empreints de sa réalité maladive.

Je savais ce que je devais faire : si rien ne pouvait continuer, il ne me restait qu’à mettre fin à tout.  Que laissais-je derrière moi?  Un monde trempé et laid, où il pleuvait doucement.

Hantée par les fièvres (celles provoquées par sa maladie comme celles issues de son éveil sensuel), son écriture explore les dessous de la réalité, en dressant une géographie qui vient la mettre elle-même en doute.  Traversé d’humeurs, de boue, mais aussi d’illusions, de rêveries, son univers se construit de ces aller-retour constants entre corporéité et onirisme.

Tout compte fait, il n’existe aucune différence tangible entre notre personne réelle et nos divers personnages imaginés intérieurement.

Cette existence, perpétuellement en danger, remise en question par sa maladie, Max Blecher en fait un ouvroir vers les nôtres, insolite mais révélateur de leur essence.  Ces existences, qu’au lieu d’ancrer dans un de leurs aspects, il choisit de montrer perdues, voguant sans repères entre leurs extrêmes.  Où ne se discernent plus bien réel et irréel mais où peuvent germer, peut-être, les seules parcelles de liberté qui soient, celles que sème toute grande œuvre.

Les hommes et les choses étaient enfermés dans leur triste et dérisoire obligation d’être exactement ce qu’ils étaient, et rien d’autre.

Max Blecher, Aventures dans l’irréalité immédiate suivi de Cœurs cicatrisés, 2014, L’Ogre, trad. Elena Guritanu.

L’Ogre est une nouvelle maison d’édition dont, il faut le dire, les intentions sont particulièrement alléchantes.  On ne peut que regretter qu’ils aient décider de confier le graphisme de leurs livres à un designer manifestement en manque de nicotine de Philip Morris…

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