« Du gouvernement des vivants. Cours au Collège de France. 1979-1980. »de Michel Foucault.

Foucault« Comment se fait-il que dans la culture occidentale chrétienne, le gouvernement des hommes demande de la part de ceux qui sont dirigés, en plus des actes d’obéissance et de soumission, des « actes de vérité » qui ont ceci de particulier que non seulement le sujet est requis de dire vrai, mais de dire vrai à propos de lui-même, de ses fautes, de ses désirs, de l’état de son âme? »

Alors que notre époque a cette tendance (fâcheuse ou non, là n’est pas la question) à devenir de plus en plus celle du dévoilement obligatoire, la question que pose Michel Foucault revêt un intérêt particulier pour qui veut comprendre de quoi il est issu et ce qui le constitue.  La question posée ici est celle du lien entre gouverner et la façon qu’a la vérité de se manifester (l’aléthurgie).  Car pour pouvoir gouverner, il faut que la vérité se manifeste, que le gouvernant montre au gouverné son rapport à la vérité.  Et ce lien a une histoire que Foucault fait d’abord s’ancrer dans l’Oedipe de Sophocle pour s’achever avec Cassien.  Et ce parcours sur lequel on retrouve les premiers philosophes chrétiens, Justin, Tertullien, Clément d’Alexandrie, Origène, il débute avec une vérité dont le gouvernant n’est ni le détenteur ni le dépositaire.  Il ne fait que que la dire, sans la détenir.  Elle ne fait que passer par lui.  Ce n’est qu’au 4ème siècle avec l’institution des règles monastiques par Cassien, que, d’une vérité toute extérieure au sujet, on passera à celle devant être dite, entièrement et pleinement, pour que le sujet manifeste son obéissance.  Alors, pour obéir, il faut se dire.  Cassien institue ce couplage essentiel pour la constitution du sujet occidental chrétien entre obéissance à l’autre d’une part, et le tout-dire sur soi-même, d’autre part. Et alors que la direction de conscience antique (et donc l’obéissance, bien différente de la notre, qu’elle sous-tendait), chez les ascètes stoïciens comme chez les premiers ascètes chrétiens, avait des fins qui lui était extérieure (l’illumination, l’ataraxie,…), dès ce couplage, l’obéissance n’a plus d’autre fin qu’elle même.  Obéir pour obéir.

Ce cours charnière, premier à être mené dans le champ de l’éthique, nous menant pas à pas au travers d’une invention humaine aussi déterminante que le mécanisme de la confession, comme les autres cours prononcés au Collège de France, se révèle vif, enlevé, plein d’humour.  Et nous montre à l’oeuvre un penseur au plus près, d’une énergie débordante parfois mâtinée d’une once de mauvaise foi, dont l’impératif didactique ne s’efface jamais derrière son extraordinaire érudition.

Michel Foucault, Du gouvernement des vivants, Cours au Collège de France, 1979-1980, 2012, EHESS.

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