« Nul si découvert » de Valérian Guillaume

Le narrateur, pour fuir ses « tristesses », ses « gouttes », parcourt les magasins des centres commerciaux. Il prend plaisir à se faire fouiller par Jef, le préposé à la sécurité de la grande surface. Il se complait dans l’admiration des produits manufacturés. De temps en temps il va tromper sa solitude dans le café que tient Martine. Là, de temps en temps, Pierrick l’utilise comme souffre-douleur. Invariablement il revient chez lui ou maman l’attend devant la télé allumée. Tout irait – presque – pour le mieux si un démon en lui ne le poussait parfois à se jeter sur tout ce qui peut se manger. Entièrement dominé, il doit alors tout avaler, irrépressiblement, jusqu’au dégoût.

Dans sa vie apparaît brusquement une éclaircie sous les traits de Leslie, qui travaille à l’accueil de la nouvelle piscine publique. Parviendra-t-il à éloigner son démon pour la séduire?

je me suis réfugié au milieu du courant tropical dans lequel je me suis laissé porter avec la frite c’était super pour mon imagination et formidable parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que se laisser guider par le courant artificiel

Ah lala

Si seulement la vie tout entière pouvait se faire sur une planche en mousse ce serait quand même plus pratique

En un flux continu et hypnotique particulièrement efficace, Valérian Guillaume, dont c’est le premier livre, nous fait entrer dans l’esprit d’un être dit « différent ». Sa candeur, sa possession par un démon, ses afflictions physiques ne sont stricto sensu pas celles du commun. Mais, « bizarre », « étrange », « décalé », il paraît l’être moins car il serait radicalement étranger à nous que parce qu’il paraît réaliser une forme d’aboutissement encore inconnu de notre propre humanité. Ou alors d’un aboutissement dont nous nous refuserions encore de constater la réalité. L’assouvissement par l’achat ou par l’excès, le commerce comme catharsis, la médiation du rapport au monde par l’argent, l’artificialisation de tout rapport à l’autre, tout de notre monde marchandisé est bien là, mais incarné jusqu’au délire dans le narrateur. Comme aussi son désir – mais un désir à peine conscient – d’en sortir, de trouver peut-être dans l’amour une occasion de briser le charme que la marchandise et la course à la satiété qu’elle engendre font peser sur lui.

Entre conte pervers et subtile charge sociale, Nul si découvert est une terrifiante réussite littéraire!

heureusement qu’il y a la poésie et les belles choses dans les magasins

Valérian Guillaume, Nul si découvert, 2020, L’Olivier.

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