Du droit d’aimer les anchois au sirop de Liège.

CLARO_CANNIBALE-LECTEURN’en plaise à d’aucuns, dont nous ne sommes certainement pas, la littérature n’est aucunement cet espace de jugement dans lequel tant d’auteurs frustrés tentent de s’engouffrer toutes griffes et fiel dehors.  Pourquoi s’échinent ils donc à nous gâcher ainsi ces plaisirs que nous avons ainsi pris à la lecture d’un livre qui, pour des raisons « littéraires », ne leur sied pas?  Sous des prétextes aussi abscons les uns que les autres, ils tentent (vainement heureusement) de saper les frêles fondations sur lesquelles des auteurs (confirmés, voire primés, EUX) ont bâti une œuvre (dont on attend encore, chez eux, les premiers frémissements).  Des prétextes déguisant souvent d’ailleurs des camaraderies et autres renvois d’ascenseur.  Qui sont ils pour juger?  Pourquoi que ils se croiraient plus malins que les autres?

Monsieur Claro, vous êtes manifestement de ceux-là.  Producteur laborieux de quelques livres, traducteur d’une seule langue (l’anglais : une que tout le monde parle, en plus), vous vous croyez bien avisé de moquer des livres qui n’ont d’autre motif que de nous rendre heureux et nous faire passer un bon moment.  Et, non content d’exécrer sur la toile, vous poussez le vice jusqu’à en faire un livre…  Bien sûr, pour mieux noyer votre haine de la grande littérature, vous camouflez d’abord votre détestation sous l’éloge d’une certaine littérature.  Et quelle littérature!  Céline, un antisémite notoire.  Claude Simon, un auteur auquel personne ne comprend rien.  Jirgl, un besogneux qui confond virgules et tirets.  Butor et Bessete, des auteurs morts depuis longtemps…  Et puis, évidemment, une fois qu’on s’est exonéré du pénible supplice de dire du bien, qu’on a bien passé de la pommade à tous ses petits copains bobos-bien-pensants-de-gauche, là, on peut se lâcher et passer à ce que c’est que pourquoi qu’on était venu : haïr!  Et là, Monsieur, on s’y entend!  Monsieur n’aime pas les prix.  Monsieur n’aime pas Maurice Carême.  Monsieur n’aime pas Zeller, Beigbeder, Ferry, etc… et se croit utile non pas de nous le faire savoir, mais de l’éructer.  Avez-vous déjà pensé, Monsieur Claro, que leurs livres font passer de bons moments à ceux qui les lisent?  Et que, à mépriser ces livres, vous méprisez leurs lecteurs?  Et que, si vous n’aimez pas leur poésie, ce n’est pas pour ça que ce n’est pas de la bonne poésie?  Que tout ça (la littérature, l’art, tout ça quoi) c’est affaire de goût?  Et donc de personne?  Que vous nous déniez notre droit à nous évader?  Que moi, par exemple, j’aime l’anchois au sirop de Liège, mais peut-être pas vous, mais que je ne pense pas que ça vous donne le droit de critiquer les anchois au sirop de Liège, parce que ça me rend triste, un peu plus seul, et que je me rends compte qu’aimer les anchois au sirop de Liège fait de moi un être abject, malsain et méprisable?  ALORS ARRETEZ, HEIN!

Claro, Cannibale lecteur, Inculte, 2014.

Il se fait qu’un certain Gaëtan Mouret (nous ne veillons pas seuls), a jugé bon de mettre le holà à vos agissements bloguestes.  Et à mettre ainsi en avant cette littérature proche des gens, écrite comme il faut, dans le respect scrupuleux de la grammaire et de l’orthographe.  Avec dedans, tout ce que vous détestez.  C’est-à-dire des sentiments.  C’est peu dire que nous sommes ravis qu’une bonne leçon vous soit enfin donnée.  Nous doutons cependant, au vu de votre pedigree, que celle-ci vous soit réellement profitable.

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(2 commentaires)

    • claro on 4 mars 2014 at 14 h 46 min
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    Cher Monsieur Le Libraire de Ptyx,
    J’ai lu attentivement la recension que vous avez faite de mon recueil d’essais critiques et je dois avouer que j’ai été profondément blessé par votre attitude méprisante et ironique. Vous recevrez très bientôt un courrier de mon avocat et si jamais il arrivait qu’on tague votre devanture, eh bien ne soyez pas surpris. Qui sème le quolibet récolte la foudre. En outre, je vous rappelle que, si vous m’avez par le passé invité dans votre prétentieuse librairie, en revanche vous n’avez pas eu la générosité de me faire goûter vos anchois au sirop de Liège, préférant m’abreuver avec une bière dont j’ai oublié le nom mais dont le degré d’alcool aurait suffi à lui seul à changer un rhinocéros en blatte.
    Je ne vous salue pas
    Claro

    • Bibille on 23 février 2014 at 5 h 00 min
    • Répondre

    En plus du fait que ce « changement de propriétaire » est pour moi encore un peu suspect et que l’affirmation d’un hourra semble soit le pansement à la frustration, soit faire elle-même partie d’un jeu, le reste des arguments de ce billet suspects (quant au goût : trop franc) qui jouent à mépriser le lecteur, à le croire collé au texte qu’il lit, faisant intervenir des arguments idéologiques (« petits copains bobos-bien-pensants-de-gauche » ou « … éloge d’une certaine littérature … Céline, un antisémite notoire ») comme si le langage n’avait lui aussi pour but que de communiquer une information, non seulement reçue en l’état par le lecteur, mais nécessairement approuvée par lui. On serait tenté d’être aussi plaintif que la charge : avez-vous pensé aux lecteurs du blog de Christophe Claro ? La colère et la révolte, d’expérience, peuvent, elles aussi être des passions, pas moins que l’acceptation béate et l’édification. Ce texte nous entraîne donc sur la pente où nous pourrions rouler sans frein comme d’heureux partisans-témoins d’une position contre une autre, ou d’une autre contre l’une, chacune relevant à peu de frais la mauvaise foi de l’autre, et le tout sans en connaître vraiment le tenants. A tel point qu’on peut juger que quel que soit l’auteur de ces lignes, rien n’en éteint la relative toxicité, Christophe Claro, un acolyte, un défenseur du Marché ou du tout venant. Face à ce repérage un peu fainéant des bons et des mauvais, grâces et disgrâces on est tenté de réclamer de n’être pas les jouets d’une simple expérience, ou recherche d’accointances et même peut-être prise de parti. Bien que je dois confesser être friand des envois journaliers de Christophe Claro sur son blog et même de ce qu’il contiennent de moqueries emportées souvent qui servent à révéler autre chose que les simples critères de jugement, dans ce cas-là bancals, qui sont avancés, personne n’est forcé de prendre ses impressions pour des vues universelles de l’esprit face à l’obscurantisme tapi dans la lumière. Il nous fait cependant explorer la surenchère du déclaratif dans l’espace médiatique dévolu à la littérature. Tels la ligaturologie dont il se faisait le porteur d’espoir, les textes permettaient de laisser le langage s’émouvoir de sa propre connivence. Quant au contradicteur qui paraît inventé tant il semble l’apologue inversé de celui de Christophe Claro et le complice de ce dont ce dernier inspecte la consistance souvent défaillante, il nous enjoint de la même manière à acter de la position totalitaire de son autre côté du miroir, de sorte que dans ce jeu d’affrontement nous nous retrouvons un peu comme dans l’expérience de Stanley Milgram qui se légitimant simplement de la mise à l’épreuve scientifique de son hypothèse montrait par la manipulation de sujets non avertis de l’innocuité de leur intervention que la science représentait une autorité assez forte pour constituer le motif d’un mépris vis-à-vis de ce qui est nuisible (et dans ce cas prétendument mortel) pour quelqu’un considéré comme sujet d’une expérience. Autant dire que dans cette rencontre d’injonctions plus urgentes les unes que les autres quelque chose de précieux nous est donné dont la portée est avantageusement révélatrice de la manière dont la parole est captée par un certain train d’échange, en même temps que la tentation de trancher est forcément délétère. On espère donc qu’être de papier simulé ou pâle copie d’un original sans contour et sans existence individuelle, Gaëtan Mouret cèdera vite sa place à des choses qui ne parlent pas, et si fort, un langage sans fard et sans tâche et avec malheureusement plus d’inconscience que de mauvaise foi.

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