« Le commencement de la philosophie occidentale » de Martin Heidegger.

 

La manière de se tenir qui est celle, par exemple, de l’oiseau qui chante, nous l’appelons : chanter. La manière de se tenir de l’étant qui est, nous l’appelons : être.

Penons un homme dans le désert s’éloignant d’un puits. Quand pourra t’on dire que le lien qui unit l’homme au puits est le plus fort, le plus palpable?  Sera-ce celui où l’homme s’y abreuve? Ou bien celui où notre homme, déshydraté, n’en concevra plus que le souvenir désespéré? La force du lien qui unit irréductiblement notre marcheur et l’eau du puits n’est-elle pas plus prégnante quand, précisément, l’écart entre les deux les rend indiscernables l’un à l’autre? Ce qui nous lie au commencement de la philosophie est saisissable par cette métaphore. Ce qui doit nous unir à lui est rendu plus urgent par la distance même qui s’est faite entre ce début et ce maintenant.

Traduire n’est pas simplement échanger une langue étrangère contre notre propre langue, mais est ce mouvement qui tra-duit, qui vous trans-porte avec la puissance originale de votre langue à vous au cœur de la réalité du monde qui se fait connaître dans la langue étrangère.

Ce volume des Œuvres de Martin Heidegger est issu d’un cours de 1932 dans lequel, par l’entremise d’un retour aux textes d’Anaximandre et de Parménide, il s’intéresse au commencement de ce qu’on appela par la suite « philosophie ». En pointilleux (et inventif) philologue, Heidegger voit dans ces fragments se dessiner un triple mouvement qui irriguera toute la pensée qui le suivra, quand bien même celle-ci en aura perdu la mémoire précise. En même temps que débute, selon lui, une réflexion sur la connaissance, celle-ci s’incarne dans et par un questionnement sur ce qu’est « être », ce questionnement étant lui-même intrinsèquement traversé par celui de son « apparaître ». Percevoir, commencer, être : trois mouvements dont les dynamiques sont indissociables. Bien plus alors qu’un début issu de rien – et dont il s’agirait aujourd’hui de retrouver la force – de réflexion sur l’être, c’est la question même de ce qu’est « être » qui se trouve donc liée à celle de « commencement ».

Il faut bien garder à l’esprit ceci : il suffit déjà, et seulement, qu’un questionnement s’inquiète de l’être, pour que l’être soit trouvé. Mettre ainsi en question, rien qu’à ce titre, vous apporte la trouvaille essentielle ; et l’être ne demeure cette trouvaille que pour autant et aussi longtemps qu’une question persiste à s’enquérir de lui. […] Seulement pendant ce temps, « il » (l’être) y a être!

On ne résumera pas ici en quelques mots ce texte majeur. On vous invitera à le lire. En toute confiance. Car ce biais – celui de ce livre, comme celui du « commencement » – nous parait être une des portes d’entrée les plus accessibles – oui oui accessible… – à l’une des pensées les plus décisives qui soit.

… car le même est aussi bien percevoir qu’être.

Martin Heidegger, Le commencement de la philosophie occidentale, Interprétation d’Anaximandre et de Parmènide, 2017, Gallimard, trad. Guillaume Badoual.

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