« D’os et de lumière » de Mike McCormack.

 

Autant les figures du soldat, du poète, du politique ont été et continuent d’être amplement utilisées dans le champ littéraire, autant celle de l’ingénieur semble délaissée. Et cela alors même que jamais auparavant sa fonction ne sembla autant et prédominante et décriée. Alors que le monde est décrit comme façonné par l’ingénieur, la littérature l’en a presque expurgé. Comme si seule la critique unanime qu’on pouvait émettre benoîtement à son encontre suffisait à rendre compte de la complexité du réel qu’il a contribué à forger.

la complainte de l’ingénieur.

Dans D’os et de lumière, Marcus Conway, assis à la table de sa cuisine, laisse venir à lui ses souvenirs. Comme ils lui viennent. Ses enfants, sa femme, la maladie de cette dernière, la carrière artistique de sa fille, son métier d’ingénieur pour le comté, les luttes d’influence politique qui s’y font jour, la folie puis le décès de son père… dans le flux ininterrompu de sa complainte se croisent et s’entremêlent à la fois les souvenirs des événements très concrets d’une existence et les tentatives parfois maladroites, souvent touchantes, de celui qui les a vécu pour saisir ce qui peut leur donner un sens.

au bout du couloir dans la chambre du fond, l’ingénierie et la politique convergeant dans la frêle silhouette de ma femme alitée, son corps et son âme lui fournissant un prolongement dans l’arène politique d’un manière qui l’aurait fait tressaillir, si elle en avait été consciente

pour formuler les chose autrement

l’histoire et la politique étaient à présent une grave maladie intestinale incrustée dans le corps de ma femme qui transpirait de tout son corps pâle et longiligne avec l’éclat stylisé et béat d’une figure allégorique dans un retable

Sans sacrifier jamais à la facilité des liens tout faits, ni à celle des clichés de l’idéologie, en privilégiant une forme qui permet au lecteur de se forger ses propres outils au fur et à mesure du récit, Mike McCormak réussit à faire de cette vie banale un tamis aussi subtil que tendre de notre réalité.

Mike McCormack, D’os et de lumière, 2019, Grasset, trad. Nicolas Richard.

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