« Idéogrammes acryliques » de Cécile Mainardi.

 

à la liste des objets finalement jamais retrouvés parce que pas même considérés comme perdus reste néanmoins associée la liste très abstraite des mots qui leur correspondent appelons-les les mots-radiateurs des mots livrés à des conditions d’existence atmosphérique particulières quand on y pense à supposer qu’on ait momentanément accès à cette liste se servir de ces mots ferait-il se retrouver ces objets ou signerait-il leur perte définitive et tout autre mot extérieur à cette liste que pourrait-il donc faire retrouver oui quoi?

Entre un objet et qui regarde ce qui en est dit, il y a et les mots et la forme que ceux-ci dessinent sur la page. Parfois ces mots et leur forme peuvent comme se conjoindre pour faire naître, ou tenter de faire naître, dans l’esprit de celui qui regarde, une image qui puisse faire retour vers l’objet en question. Mais précisément et malgré tous ces dispositifs, en question l’objet demeure. Car toujours quelque chose échappe de l’objet dans cet entre-deux que lui bâtissent les mots censés le dire.

je fais un pas de plus en direction de la vérité non nommée des choses

Se souvenant d’Apollinaire et de ses Calligrammes, Cécile Mainardi avait d’abord composé les poèmes de ce recueil en en reprenant à première vue le principe. Pour le dire simplement, la forme des mots qui parlaient de l’objet dessinaient cet objet. Peu à peu cependant, un traitement après l’autre, la silhouette a disparu, ne laissant après que les mots débités en un fin trait vertical verticalement centré sur la page. Comme l’auteure en fait part en exergue de son livre, le lyrique Apollinairien se mâtine d’âcreté. Séparé alors de la silhouette à laquelle il renvoyait – la silhouette renvoyant elle-même plus directement à la chose – , le poème conserve par-devers le sacrifice de cette évidence une trace supplémentaire de son rapport à la chose. Se faisant dépositaire de ce mystère (comment se fait-il que quelque chose demeure de ce qui disparaît?) la poésie de Cécile Mainardi, avec subtilité et humour, explore ce que rend irréductible la médiation par les mots.

toute présence de jaune rend la montée des blancs plus difficile car les molécules tension-actives et les graisses présentes dans le jaune qui se lient aux protéines du blanc gênent l’établissement du réseau nécessaire pour emprisonner l’air je cherche à emprisonner de l’air dans les phrases je cherche à monter la prose en neige je cherche à aérer le monde avec ma voix

Cécile Mainardi, Idéogrammes acryliques, 2019, Flammarion.

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