« Agonie d’agapé » de William Gaddis.

l’esprit dans lequel l’oeuvre est accomplie est la seule réalité

Un homme affaibli par une grave maladie, agonisant, obsédé par l’idée de perdre le fil de ses pensées et que taraude la crainte de se les voir voler, tente de donner forme à l’essai qui l’occupe depuis des années.  Par le biais d’une histoire du piano mécanique, sa thèse se veut devenir une virulente charge contre la technologisation du plaisir, la mécanisation de toute chose dont le seul objectif est d’atteindre, par le travers du divertissement, à un plaisir béat perpétuel, où l’artiste est remplacé par l’imitateur, où il convient de bercer tout un chacun dans l’illusion de « mieux jouer avec un rouleau que de nombreuses personnes avec leurs mains« .

cette démocratie de chacun son propre artiste où nous en sommes aujourd’hui, cette démocratie des médiocres de Platon, avoir l’art sans l’artiste parce que l’artiste est une menace, parce que l’artiste créatif doit être une menace afin d’être absorbé par l’intérprète par le, par le contrefacteur par l’imitateur qui n’est pas une menace

l’authenticité est anéantie quand l’originalité de toute réalité succombe à l’acceptation de sa reproduction, et donc l’art est conçu pour sa reproductibilité.

Mais , enseveli sous une masse de matériaux d’étude accumulés depuis de nombreuses années, assailli par la douleur, l’esprit perturbé par les médicaments, son entreprise est inéluctablement vouée à l’échec.  Echec moins résultat des failles et de la faiblesse de l’auteur qu’inhérent à la tentative elle-même.

on ne peut pas vraiment expliquer quoi que ce soit à quiconque

Agonie d’agapé est certes une critique de l’illusion du temps, un récit désabusé de cette fin d’un agapé, d’un amour communié détaché de l’immédiateté du plaisir.  Mais c’est avant tout une réflexion sur la difficulté à faire oeuvre d’art (non pas aujourd’hui mais de tous temps) et sur l’impossibilté même à communiquer cette difficulté.  Et le génie de Gaddis est d’incarner cet échec, dans ses hésitations, ses revirements, ses achoppements, dans l’écriture elle-même.  Qui vacille jusqu’à l’inéluctable.

c’est de ça qu’il s’agit de l’effondrement de tout.

William Gaddis, Agonie d’agapé, 2003, Plon.

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