« Enig Marcheur » de Russel Hoban

Cest juste une histoire et cest ça les histoires.

Enig Marcheur, vit dans un monde de l’après.  L’après du « Grand Boum », moment destructeur (guerre chimique?, évènement destructeur?).  L’après du décès de son père, mort écrasé sous une pierre.  Et cet après, Enig décide d’en coucher par écrit son expérience.

C’est pour ça que final ment j’en suis venu à écrire tout ça.  Pour penser à ce que l’ydée de nous purait être.  Pour penser à cette chose qu’est en nous ban donnée et seulitaire et ivrée à elle même.

Dans ce monde où tout est boue, peur (preuh), ignorance (gnorance), où des chiens noirs rôdent et attaquent tout qui s’aventure en dehors des villages, dans ce monde qui a perdu jusqu’à ce qui le situe dans le temps, dans ce monde uchronique et clanique où seul survivre compte, Enig Marcheur, du haut de ses douze ans, par ses actes et par le fait d’en rendre compte en les écrivant, se lance dans une fabuleuse quête de la « Vrérité » .  Et il découvre un monde fondé sur l’apparence, où tout le système politique repose sur des spectacles de marionnettes presque doctrinaux.

Mais le tour de force de Russel Hoban (et de son traducteur Nicolas Richard) est d’arriver à nous faire découvrir ce que découvre Enig Marcheur dans le même temps.  Car la langue de cet après est elle aussi comme revenue à une forme de préhistoire où toute tradition se veut orale.  La langue dans laquelle Enig Marcheur rend compte de son expérience est donc comme bâtarde, écrite mais phonétique, décomposée à l’extrême.  Et cette langue éclatée, qui fait déborder la signification et qui ne se recompose que dans la voix, cette langue ralentit la lecture.  Et donc elle permet de calquer le temps de la lecture sur le rythme de compréhension du héros.

J’avé dans l’ydée d’y aller mollo et de fer du solide.  Une pansée à près l’aurt chac chose en son tant d’abord les picqué en rond dans la fauss en suite les picqué porteurs en suite les chevrons sur les pixqué porteurs et la rêvel dssus le tout comme le chaume.  Donc on pourè tout jour fer le trajet à l’en vers à partir de la rêvel et bien voir comment toul truc été bâti et voilà ce quallè être le style de Enig Marcheur.

La langue ainsi créée pour ralentir la lecture peut alors regorger de sens.  Elle est mise en scène de son propre éclatement.  Elle est trace et moyen de recomposer ce dont elle est issue.  Le génie tient ici à accoler à la recomposition phonétique qui permet au lecteur de s’y « retrouver », un découpage qui l’entraîne vers une abondance de signes qui forment un ailleurs autre et inconnu.  Ainsi la lecture recompose t’elle dans la voix les termes âme mi en « ami », ou l’amer moi en « mémoire », sans que les deux termes connus et rassurants ne viennent épuiser ni recouper pleinement les premiers.  La page est alors le lieu véritable de la création.

J’ai rien d’aurt que des mots à mtt sul papier.  C’est si dur.  Par fois y a plus sur le papier vyde qu’il y a quand l’écrit couche dessus.  Tes sayes des sprimer les ganrr choses et elle te tournent le dos.

Dans la lenteur de la lecture, qui recrée aussi un temps autre, on découvre un enfant qui découvre ce qui l’entoure et lui-même.  Mais aussi que cette découverte reste toujours limitée, car nous sommes parties de cette Vrérité à découvrir.

On verra jamais le tout de couac ce soit on est tout jour en son mi lieu à vivre de dans ou en meuve ment à le traverss.

Un chef d’oeuvre!

Russel Hoban, Enig Marcheur, Monsieur Toussaint Louverture, 2012, trad. Nicolas Richard.

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