« Le sang des cieux » de Kent Wascom.

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Il ignorait que gagner n’est pas l’aboutissement.  Non, il faut gagner et gagner encore.  C’est la guerre à l’américaine : on doit s’imposer sans fin.

C’est Angel Woolsack qui nous conte ici son existence.  Celle d’un jeune prédicateur, fils de prêcheur, qui devra survivre dans une Amérique qui à se crée encore, plongé dans les tourments d’une région en pleine Sécession.  Non celle, bien connue et plus tardive, des Etats du Sud face à ceux du Nord, mais celle de la Floride Occidentale qui, à la naissance du dix-neuvième siècle, peine à se libérer du « joug » espagnol.

Quiconque est disposé à attaquer l’enveloppe d’un homme pour atteindre son cœur est un vrai chrétien.

Au travers de ses errances, de ses amours, de sa vie qui paraît toujours devoir être arrachée, conquise à chaque instant, c’est une Amérique des débuts que dépeint Angel Woolsack.  Des débuts engoncés dans le sang, le sien et celui des autres.  Et dont la teinte ne semble pouvoir être atténuée, dans le délire illusoire de justifier l’injustifiable, que par le flux d’une parole rédemptrice.

sentant alors ma bouche s’emplir non de sang mais de mots, je l’ouvris et les laissai se déverser.

Cette Amérique est une terre promise.  Et comme tout Israël, elle est d’abord terre d’exil pour qui en a d’abord le plus besoin : le réprouvé, le pauvre, le banni qui ne pourra se dresser par delà sa condition que par la violence, celle des mots ou celle des armes.  Kent Wascom peint ici un Eden en négatif, parallèle au biblique, où se devine déjà en filigrane tout ce que l’Amérique comptera de démesure et les paradigmes, dichotomiques et irréconciliables, sur lesquels elle l’assiéra.  Cette Amérique entre Foi et Profit, dans un récit haletant, tout en scansion, tissé des volutes prédicatives et hypnotiques de son narrateur, Kent Wascom parvient à la saisir dans tous ces paradoxes et toute sa violence.  Et rappelle également cette évidence pour toute civilisation se disant fondée sur le Verbe : une violence non dite est une violence qui n’existe pas…

La pourriture sera extirpée […].  Elle le sera par la colère de Dieu.

Kent Wascom, Le sang des cieux, 2014, Christian Bourgois, trad. Eric Chédaille.

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