« Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977 au mouroir mémorial à Manhattan » de Louis Wolfson.

Ce n’est pas tous les jours que sa mère meurt.

Et cela vaut bien alors d’en faire le récit.  Louis Wolfson nous conte ici les derniers mois de la vie de sa mère, de la découverte du cancer qui la ronge jusqu’à l’issue fatale.  Le ton est clinique, froid.  Et les éléments repris au journal de sa mère détaillant au plus près l’agenda prosaïque du cancéreux (« 17 mai 1976, lundi.  Hôpital de Flushing.  Hématologie. ») y ajoute sa péllicule de glace.  Rien n’est omis dans la description de la maladie ni des traces qu’elle laisse sur le corps. 

J’entrai dans le living-room où je la trouvai sur le divan, allongée sur le dos, la tête où elle avait toujours mis les pieds, sa chemise de nuit retroussée jusqu’au-dessus de son sexe où la chimiothérapie sembla avoir beaucoup ravagé la pilosité autour de l’orifice par où je fus sorti, sans l’avoir demandé, dans ce monde infernal de mensonge, de lutte, d’échec, de souffrance, de mort, mon portail à un dilemme démoniaque duquel ma seule délivrance sera mon décès.

Le récit de la maladie est entrecoupé de celui des obsessions de son auteur.  On y découvre un Louis Wolfson schyzophrène, paranoïaque, haineux de la langue anglaise au point de porter en permanence un casque sur les oreilles pour ne pas avoir à l’entendre.  Un joueur compulsif échafaudant les plans les plus hallucinés pour percer les mystères du pari hippique et en dompter les hasards.  Un être obstiné, pétri de ressentiments pour les nègres, les juifs, les médecins.  Mais surtout, dans une langue hachée, heurtée, toujours comme en distance, où les « si » aiment les « rait », on découvre un être dans tout ce qu’il peut avoir de contradictoire, enrageant de voir sa mère condamnée, hypocondriaque jusqu’à l’absurde, mais ne rêvant pour l’humanité qu’un destin explosif. 

Comme disait feu le pape Jean-Paul II lui-même avant de devenir gâteux : « L’humanité est une grande malde. »  D’accord, et le traitement de choix est l’euthanasie planétaire complète et définitive.  Boum super-colossal collectif! l’homme étant un être collectif.

Louis Wolfson, Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977, au mouroir mémorial, à Manhattan, 2012, Attila.

Lien Permanent pour cet article : https://www.librairie-ptyx.be/ma-mere-musicienne-est-morte-de-maladie-maligne-a-minuit-mardi-a-mercredi-au-milieu-du-mois-de-mai-mille977-au-mouroir-memorial-a-manhattan-de-louis-wolfson/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.