« Orphelins de Dieu » de Marc Biancarelli.

Orphelins de Dieutu as pas fait appel à moi pour qu’on se raconte de jolies histoires.

En ce 19ème siècle naissant, résolue à venger son frère à qui quatre crapules ont tranché la langue sans oublier de le défigurer, Vénérande, jeune paysanne corse, s’adjoint les services de L’Infernu, vieux tueur à gages réputé pour sa sauvagerie, et s’embarque avec lui dans une traque sanguinaire.

mais la vie n’est-elle pas une suite de choix tous plus ou moins déplorables, pensa-t-il, des choix qui consistent avant tout à faire une croix sur un million d’envies, et ce pour n’en satisfaire qu’une seule, qui se révélera bien insignifiante au final, et qu’il faudra à son tour oublier dans l’alcool?

Alternent alors récit de la traque et récit de l’existence toute de fureur du tueur sur sa fin.  Alors qu’à la victime de l’horreur du monde est retirée la possibilité même de s’en plaindre, c’est à l’un de ses officiants qu’échoit non seulement la possibilité de le venger, mais aussi celle d’atteindre à la rédemption par l’exercice d’une parole.  Comme si, plus encore que la violence de L’Infernu, c’était le soliloque de sa confession qui pouvait racheter le poids que représente l’impossible plainte d’une victime, les tourments silencieux d’un homme qu’on avait condamné au silence éternel.

Elle buvait littéralement toutes ces histoires qu’il lui racontait jusqu’à en oublier ce qui l’avait menée à faire appel à lui.

Marc Biancarelli, dans une forme ayant toutes les apparences du classicisme éprouvé, questionne subtilement et magistralement les liens qu’entretiennent violence et vérité (la violence, ainsi la torture, n’elle pas parfois comme une assurance prise sur la vérité?).  Et démontre, dans un récit haletant, toute la force irréductible du langage et que, décidément, la plume est l’outil des sans-voix.

Ici, redisons-le, il n’est nulle mémoire.

Résonnera longtemps encore à vos oreilles l’éclat de rire sardonique d’une dernière phrase qui dit, génialement, à la fois la possibilité de la mémoire et sa terrible inutilité.

Marc Biancarelli, Orphelins de Dieu, 2014, Actes Sud.

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