« Roms & riverains, une politique municipale de la race » de Eric Fassin, Carine Fouteau, Serge Guichard et Aurélie Windels.

Roms & riverainsCes gens-là [les Roms] ne peuvent pas s’intégrer, je ne dis pas « ne veulent pas », ils ne peuvent pas parce que c’est pas dans leur nature.

Alors que ce type de propos, tenu en l’espèce en octobre 2013, par Christophe Masse, conseiller municipal PS de Marseille et conseiller général des Bouches-du-Rhône, est devenu monnaie courante, il y avait urgence à dégager les spécificités de cette « question Rom ».  Que la gauche actuellement au pouvoir en France reprenne la rhétorique dite typiquement de droite n’est pas anodin.  Ainsi, on a déserté le terrain de l’opposition politique relative à une gestion des populations Roms pour passer à celle d’une « question Roms ».  Avec les clivages politiques qui s’effacent autour de la « question Rom » c’est la question même qui change de nature.  Elle ne s’origine plus dans la position politique mais dans le Rom lui-même.  La question ne lui est plus extérieure.  C’est le Rom qui pose question.  Et, par question, entendez bien entendu problème.

L’histoire du racisme, dont le différentialisme est tantôt biologique et tantôt culturel, le montre bien : nature et culture peuvent finir par se confondre tant les deux termes renvoient pareillement à une altérité inaltérable, c’est-à-dire à une essence abstraite de toute histoire.

Contrairement à l’immigré classique (dont c’est le déferlement qui pose problème), ce n’est pas ici le nombre qui pose « question ».  Un seul Rom est de trop.  Ce n’est donc pas leur nombre qui les rend ingérable.  Non.  C’est leur nature même que de l’être.

Le problème n’est pas seulement que la parole politique, fût-elle euphémisée, légitime un racisme populaire sans fard.  C’est surtout que la pratique politique contribue à produire les conditions objectives de ce racisme.

Le politique, en entretenant les causes de rejet (des Roms produisent, comme tout le monde, des déchets; le politique, dont s’est pourtant le rôle, ne les ramasse pas; la saleté s’installe; le politique utilise la saleté (que souvent même il juge constitutive de la nature Rom) pour en appeler à les déloger), en alimentant la confusion entre l’objet d’une phobie et ses causes, le politique donc fait advenir la race.  En traitant de manière différenciée une population, l’état fabrique de l’autre pour mieux l’écarter.

En recourant aux faits crus, aux témoignages, à la parole des Roms, en déroulant le fil des interventions politiques depuis 2010 (bien nommé « chronologie du pire »), en ne se refusant pas les parallèles que d’aucuns trouvent indûment osés (oui la question Rom d’aujourd’hui rappelle bien la question juive d’hier), en démontant les mécanismes à l’œuvre dans la fabrication de la figure bien pratique du  « riverain », avec rigueur et intelligence,  « Roms & riverains » détaille le retour du racisme officiel d’état en France.

Eric Fassin, Carine Fouteau, Serge Guichard et Aurélie Windels, Roms & riverains, une politique municipale de la race, 2014, La Fabrique.

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