« Sarnia » de Gerald Basil Edwards.

sarniaNous avons pris l’habitude depuis peu de placer un livre sur notre table principale en le dissimulant au regard. En clair, en l’emballant.  Et en nous refusant à tout commentaire (ou presque) quand, interloqué, un lecteur potentiel nous soumet à un feu nourri de questions.  Systématiquement, nous mentionnons sur l’emballage le prix, y glissons un marque-page et une note reprenant ce que nous aurions pu en dire au lecteur potentiel en vue de le convaincre d’en faire l’acquisition.  Voici le contenu de cette note :

Nombre d’histoires existent qui racontent par le menu des personnages réels, leur vie, leurs émotions, leurs amours, leurs amitiés.  Peu cependant parviennent à saisir aussi près, sur le vif, le personnage qu’elles se proposent de faire découvrir que Sarnia. 

Ebenezer Le Page (et je ne révèle rien d’essentiel à votre plaisir de lecture en vous le confiant dès maintenant) ne quittera jamais son île de Guernesey.  Mais ce que Gerald Basil Edwards parvient à saisir du monde qui nous entoure, par le prisme de son personnage coincé sur son île, est bien plus universel que la plupart des romans de voyage qu’il vous serait donné de lire.  Amoureux volage, « misanthrope » gouailleur, ami et ennemi fidèle, radin sublime, généreux bougon, Ebenezer Le Page est un condensé d’humanité.  Personnalité complexe, irréductible à ses oppositions internes, c’est de cette complexité même que l’auteur fait sourdre en nous cette proximité avec Ebenezer que vous ressentirez  immanquablement à la lecture de Sarnia.

Mais ce livre, s’il est bien entendu intrinsèquement lié à son personnage principal, ne se limite pas à la peinture d’un être attachant, dusse-t-il être rendu dans toute son humaine complexité.   Il est aussi une sublime entreprise littéraire où l’auteur a réussi à parfaitement trouver le langage pour rendre compte de son sujet.

Quoi qu’il en soit (et malgré peut-être une faiblesse que vous décèlerez sans doute (mais en est-ce bien une ?) mais que vous pardonnerez à l’auteur), Ebenezer Le Page restera longtemps l’un de vos compagnons les plus proches.

Gerald Basil Edwards, Sarnia, 1982, Maurice Nadeau.

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