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De la librairie.

Les points sur les iLa rentrée littéraire en est la démonstration chaque année : trop de livres sont publiés.  Besoin bassement mercantile d’occuper de la place chez les libraires (la place que j’occupe n’est pas occupée par un autre), réelle (et parfois bien naïve) croyance d’un éditeur dans le caractère indispensable de ce qu’il édite, encore plus naïf espoir de se refaire sur ce titre parce que celui-là, c’est sûr, il va cartonner ; l’explication, finalement importe peu, le fait est là : trop de titres sortent.  Tout le monde est d’accord.  Aussi vrai que « la mort, c’est pas chouette », le constat est unanimement partagé.

Le problème réside dans le fait que précisément tous ceux qui font ce constat continuent allégrement et activement à y participer.  Chacun, le nez dans le guidon de sa certitude, considère que c’est à l’autre de ralentir.  Alors que si l’explication de ce phénomène reste nébuleuse, trop ancrée peut-être dans des questions d’égo et relevant presque de la psychiatrie, le moyen pour l’endiguer reste, lui, d’une simplicité proche du tautologique : ne pas y participer.  Auteur, écris moins!  Editeur, édite moins!  De ce moins sortira, il nous semble, du mieux.

Et quant au libraire, me direz-vous?

Eh bien il nous fut donné récemment deux occasions supplémentaires d’y réfléchir.

1. Un auteur vient nous proposer son nouveau roman.  On lui dit ne mettre sur nos tables que le résultat de nos choix.  Il trouve ça remarquable.  « C’est très bien ».  « Pour les jeunes auteurs, ça permet de ne pas être noyé dans la masse ».  Il nous laisse un exemplaire.  On le lit dans les deux jours.  Il est mauvais.  Objectivement mauvais.  Contradictions.  Métaphores non maîtrisées.  La totale.  On lui envoie un mail étayant gentiment tout ça.  Très poli.  Constructif.  Le lendemain, il vient chercher son livre.  Et là subitement, on est moins bien.  On est « pédant ».  On est « prétentieux ».  On est « blessant ».  On est « vieux con ».  On est juste bon pour les « BAC +15 ».  Bref, on se fait insulter.

2. Un éditeur « totalement en phase avec notre projet » vient nous présenter une de ses nouvelles parutions.  On avait déjà eu l’occasion d’en prendre connaissance.  On le lui dit.  Et aussi que le titre ne nous avait pas totalement convaincu.  Il n’était pas mauvais, certes non.  Juste « dispensable ».  C’est le mot qu’on utilise.  Dans l’heure, on reçoit un appel.  Et on est subitement « insultant ».  On est « méprisant ».  On est beaucoup moins en phase tous les deux.

Résumons donc : pour moi, éditeur/auteur,choisir c’est bien.  Je reconnais qu’il le faut.  Que c’est un mieux.  Et que, donc, il existe des critères objectifs sur base desquels fonder ces choix.  Mais à condition que ce soit moi que tu choisisses.  Sinon, tes choix (de chiotte, cela va de soi), ne sont forcément qu’opinions, que goûts personnels.  Et ne t’avise surtout pas de les étayer.  Qui t’en donne le droit, libraire!  Tes piètres justifications ne sont que remarques forcément destinées à me mépriser mieux.

Evidemment, ces cas restent l’exception.  Mais ils sont cependant représentatifs d’une ambivalence plus sournoisement et largement à l’œuvre.  Et le libraire (en tout cas, ce que nous, nous nous entendons à faire dans ce métier), face à cela, nous semble devoir précisément se recentrer sur ce qu’il fait de mieux : choisir.  Envers et contre tout.  Car, à ne vouloir entendre que des auteurs et éditeurs satisfaits, il ne fera que correspondre chaque jour un peu mieux à ce que nombre de ceux-ci déclarent honnir tout en le poussant à le devenir toujours plus : un manutentionnaire.  Et de leur rappeler aussi de temps en temps (mais trop souvent, ça fait prétentieux) que notre verbe lire bien français est dérivé du latin deligere dont le premier sens était…  choisir.

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