« Cernés par les images » de Beatriz Colomina.

cernes-par-les-imagesL’idée qu’une seule image puisse captiver notre attention a disparu.

Fait aujourd’hui un peu tombé dans l’oubli, en 1958, USA et URSS s’entendent pour échanger des expositions nationales à caractère technologique dès l’année suivante.  En juillet 1959, après l’ouverture de l’exposition russe en juin, c’est au tour de l’américaine d’ouvrir ses portes à Moscou.  Resteront de celle-ci des images célèbres montrant Khroutchev et Nixon débattre du mérite et de la qualité de fabrication d’outils ménagers.  Lors de cette exposition, l’attraction qui eut le plus de succès (près de trois millions d’entrées tout de même) fut la diffusion d’un film, « The Glimpses of the USA », qui, au long d’une succession de plus de deux mille deux cents images fixes et animées, était sensé donner à voir une journée américaine typique.

Beatriz Colomina s’intéresse ici, dans cet essai court mais abondamment documenté, à la constitution de l’architecture conçue pour accueillir l’attraction en question.  Dès le début, en effet, les designers Charles et Ray Eames, à qui furent confiée la réalisation du projet par l’United States Information Agency, ont pensé conjointement le film et l’endroit pour l’accueillir.  Ainsi le film fut-il conçu pour être projeté sur sept écrans de six mètres par neuf dans un vaste dôme géodésique doré de 76 mètres de diamètre.  Littéralement, le spectateur devait être cerné par les écrans.

Encercler le Russe par les images de l’Américain.  Alors que nous occupons de nos jours (parfois à notre corps défendant) presque en permanence cette « espèce d’espaces » sans souvent y penser, cet essai, en se bornant à articuler intelligemment les faits qui l’originent, introduit remarquablement aux questions de pouvoir, d’aliénation, que soulèvent les images et la manière dont on les pense et en organise le flux

Beatriz Colomina, Cernés par les images, 2013, B2.

Le B2 est le nom donné à un bombardier américain de dernière génération, dont la particularité principale était d’être indétectable aux radars.  Furtif donc.  Ce qu’il serait stupide de souhaiter au catalogue de cet éditeur qui, non content d’éditer des choses intelligentes, a décidé de les présenter sous un jour très seyant…

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