« Transbordeur photographie : photographie ouvrière »

Comment l’ouvrier est-il mis en image? Comment et pourquoi commence-t-il à se mettre lui-même en image? Comment la photographie naissante est-elle pensée et utilisée pour « édifier les masses » et donner forme et visibilité à leurs combats d’émancipation? Autant de questions qui irriguent ce quatrième numéro de Transbordeur photographie, à la croisée de l’esthétique, de l’histoire, de la politique et de la technique.

On s’y intéressera aux cartes-photos ouvrières, ces sortes de cartes postales où les ouvriers choisissent eux-mêmes de figurer, qui émergent vers 1910-1920 et qui témoignent d’une première prise en charge de sa propre image au travail par le travailleur lui-même. On y découvrira comment le Parti communiste allemand, à travers l’Arbeiter Illustrierte Zeitung, avait publié un calendrier entre 1923 et 1933 dont l’évolution graphique et iconologique dénote bien une prise en compte particulière de l’image photographique et de son importance idéologique. On s’intéressera, via le même Arbeiter Illustrierte Zeitung, aux techniques de dévoiement et de subversion de photographies dites bourgeoises pour pallier au manque de fonds d’images directement utilisables pour la cause révolutionnaire. On observera comment Gisèle Freund, condamnée par l’exil au silence des mots, utilisera alors la seule photographie pour mener ses combats. On cherchera à saisir ce qu’il peut se passer lorsqu’une institution muséale se saisit de ces images, ce que cette saisie fait des photographies elles-mêmes et des combats qu’elles sous-tendent.

Chaque fois que la contestation sociale devient une contestation de la représentation sociale se reposera la question du médium – la photographie, la presse, le cinéma. […] l’image des crises ne se conçoit pas sans une crise des images : mais comme les crises ne se répètent jamais de façon similaire, elles auront à chaque fois d’autres noms, d’autres formes, seront associées à d’autres évolutions techniques : « le Leica », « la génération Instamatic », Instagram…

Comme dans les précédents numéros, Transbordeur photographie creuse le sillon de l’histoire de la photographie. Et comme dans ceux qui le précédaient, ce numéro se veut bien plus que la seule histoire d’un médium. À l’heure du tout par l’image que nous vivons aujourd’hui, se saisir des linéaments historiques de la photographie, c’est bien se doter des outils indispensables pour comprendre notre temps.

Transbordeur Photographie, histoire société : Photographie ouvrière, sous la direction de Christian Joschke, 2020, Macula.

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