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« La Cathédrale mystérieuse » de P.N.A. Handschin.

 

– D’où venez-vous, où allez-vous? Quel itinéraire audacieux, quel chemin tortueux et peu sûr suivez-vous? Toute votre histoire se résume dans ces : UNE, DEUX, TROIS questions capitales. Voilà ce qu’il vous faut savoir, voilà ce qu’il vous faut connaître, le reste n’est qu’accessoire.

Jessi et Pierre ont rendez-vous au Quartz. Sur le chemin qui y mène, leur voiture se trouve arrêtée par une fanfare. Ils descendent alors de leur voiture pour s’enfoncer dans un étrange tunnel. A la fin de celui-ci, ils découvrent une clairière, une cathédrale, un quatuor atonal, un manitou-inquisiteur-sacrificateur-évêque, un ver géant, des libellules préhistoriques, des mousses cavernicoles, une rivière qui dévale dans le sens de la montée. Entre autres. Mais toujours, opiniâtres, il progressent ver Le Quartz.

La Cathédrale mystérieuse est, comme toute cathédrale, l’oeuvre d’un architecte. Mais d’un architecte dont l’un des enjeux est la mise à nu des mécanismes de son édification.

Tandis qu’ils avançaient bel et bien dans le sens du courant, Jessi et P. ne purent s’empêcher de remarquer simultanément que le sol, contradictoirement montait en pente douce, accusait une pente certes légère, mais incontestable, qu’ils suivaient muettement, un peu essoufflés seulement, chacun préférant garder pour soi cette appréciation sans doute fantaisiste pour ne pas dire extravagante (selon laquelle donc le fil de l’eau ne respectait pas la pente naturelle du lit) et ne pas alarmer l’autre, surtout qu’ils étaient très vraisemblablement sur le point d’atteindre leur but (« Si près d’atteindre le but… » songea Jessi en écrasant volontairement ou non sous le talon plat de sa bottine (au-dessus de laquelle le pantalon chino à revers découvrait un fragment de cheville d’une blancheur d’os) une larve molle de tipule, dont les entrailles jaunes d’or giclèrent avec un bruit spongieux excessif qui leur fit faire la même grimace), tout près d’atteindre Le Quartz, cet endroit, ce club nommé Le Quartz, où éventuellement, si la chance voulait, ils arriveraient à l’heure, ne pas inquiéter l’autre donc au cas où celui-ci ne se serait pas aperçu de cette bizarrerie sûrement sans conséquence, ne se serait rendu compte de rien.

Avec P.N.A. Handschin, on est autre part. Un peu à la manière d’un Roussel, il utilise les mots communs, directement reconnaissables, comme des fils partagés par tous mais auxquels seule l’originalité du tissage confère cette sensation d’étrangeté. Car c’est bien cela qui est à la fois inquiétant et jouissif dans le langage : cette possibilité qu’il a de nous emmener toujours vers des contrées inconnues avec du connu. Cette Cathédrale mystérieuse, dans les recoins de son langage profus et généreux, dans les ombres que lui procurent les parenthèses qui la parsèment, dans ses ornements baroques, dans les espaces toujours plus grands qu’elle semble ouvrir quand, à la suite de Jessi et Pierre, on y progresse toujours plus profond, cette Cathédrale est une redoutable leçon de langage. Dont l’auteur nous démontre encore, avec génie, humour et subtilité, que sa prolifération recèle une force redoutable et indispensable.

P.N.A. Handschin, La Cathédrale mystérieuse, 2017, Argol.

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