« Les enfants s’ennuient le dimanche » de Jean Stafford.

Mais, les yeux sans larmes, elle berçait son mal, comme elle eût pressé un bébé sur son sein tari.

Jean Stafford fut considérée comme l’une des grandes nouvellistes américaines du vingtième siècle. Publiées entre autres dans le New Yorker, ses nouvelles fut rassemblées dans The Collected Stories of Jean Stafford qui obtenu en 1970 le prix Pulitzer de la fiction. Choisies parmi ce recueil, les nouvelles traduites et réunies dans Les enfants s’ennuient le dimanche donnent un aperçu nécessaire et remarquable non seulement de l’oeuvre de l’auteure américaine mais aussi, de part sa propre diversité, de celle de ce genre.

Car si quelque chose marque durablement à la lecture de cet impeccable recueil, c’est, en sus de la beauté de chacune de ses parcelles, la difficulté d’y discerner des traits marquants qui les rassembleraient sous des égides directement reconnaissables. Sans jamais sacrifier à l’efficacité de ses récits, Jean Stafford paraît en effet déployer à chaque nouvelle une palette incroyablement large. Non seulement en raison des diverses références littéraires qui viennent à l’esprit à leur lecture (telle partie nous fait penser à Henry James, telle autre à Faulkner, telle autre à Aiken, ou à Twain…), mais aussi en laissant adroitement planer les doutes quant au « domaine narratif » auxquelles elles appartiendraient (fantastique, psychologique, social, etc.). La surprise qu’elle génère alors immanquablement permet de faire surgir d’autant mieux de ces instants de vies prises sur le vif ce qui en fait leur substance. On en sort saisis, étonnés, bouleversés.

May comprit qu’elle ne souhaitait pas la venue du printemps, qu’elle ne souhaitait pas avoir un jardin et, tandis que son esprit errait au hasard, elle comprit qu’elle ne souhaitait pas revoir la mer, ou des enfants, ou les tableaux qu’elle aimait, – pas même son propre visage par un jour de bonheur. Durant une minute ou deux, plongée dans cet état d’où tout désir était absent, elle fut presque ravie en extase ; puis, elle se sentit très vite purgée de son pessimisme et elle sut qu’elle se mentait, qu’en réalité elle avait un désir : le désir d’un désir.

Jean Stafford, Les enfants ‘ennuient le dimanche, 2019, do, trad. Jean-Gérard Chauffeteau & Véronique Béghain.

Lien Permanent pour cet article : https://www.librairie-ptyx.be/les-enfants-sennuient-le-dimanche-de-jean-stafford/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.