« L’emploi du temps » de Michel Butor.

emploi du tempsBleston, ce n’est pas une cité bien limitée par une ceinture de fortifications ou d’avenues, se détachant ferme sur fond de champs, mais […], telle une lampe dans la brume, c’est le centre d’un halo dont les franges diffuses se marient à celles d’autres villes.

Quand il arrive en octobre dans la ville de Bleston pour un stage d’un an chez Matthews and Sons, Jacques Revel n’en connait rien.  Et quand, sept mois plus tard, en mai, il entreprend de commencer le récit de son séjour, c’est moins d’une ville dont il écrit le détail que d’un ennemi.

Alors, moi, taupe me heurtant à chaque pas dans ses galeries de boue.

Son amitié alcoolique avec un nègre, sa rencontre avec un expatrié français, ses amours contrariés où perce plus la volonté de se persuader d’aimer que de l’être, sa rencontre capitale avec un auteur de roman noir, sa peur d’être responsable d’une tentative d’assassinat, tout, dans son journal, s’entremêle dans un incessant va-et-vient temporel, à la fois récit de ses aventures dans la ville détestée et récit de son écriture.

C’est que le présent […] est si envahissant.

Quel emploi faire du temps?  Toute tentative d’écriture n’est-elle pas tout entière dirigée contre l’impossibilité (et donc toujours en échec) d’extirper du temps des parcelles fiables de mémoire?  Entre le poids d’un omni-présent et d’un passé s’oubliant inéluctablement?

tant de choses que je risque de déformer et d’oublier si je tarde trop à les écrire.  Or ce soir, la fatigue et l’heure…

La fatigue du présent n’est pas seule.  L’heure est là pour la mesurer.  Et l’alourdir encore en l’attestant.

ce cordon de phrases est un fil d’Ariane parce que je suis dans un labyrinthe […] incomparablement plus déroutant que le palais de Crête, puisqu’il s’augmente à mesure que je le parcours, puisqu’il se déforme à mesure que je l’explore.

Bleston, c’est Thèbes.  Ou Athènes. Ou la Crète.  Revel, c’est Œdipe.  C’est Thésée.  Mais à l’espace du palais crétois, Butor ajoute la dimension du temps.  Et, emmêlant, démêlant son fil, le distendant, le nouant, il met à nu les mécanismes du récit. Récit à suspense (dont l’effet n’est obtenu, justement, qu’en le suspendant, ce temps).  Récit du vertige dans lequel nous sommes tous jetés et que la phrase du poète ne vient que rappeler.

toutes ces choses que nous avons décrites dans nos livres, auxquelles nous devrions être préparés, comme elles vous prennent tout de même au dépourvu quand elles s’abattent ainsi!

Cet « Emploi du temps », cette piste pour se perdre, ce constat, terrible mais nécessaire, d’un sublime échec, c’est aussi un programme.  Celui d’une littérature.  Qui, tel l’amour, qui de ne pouvoir être dit, n’est pas, vient moins attester le réel que lui donner vie.

Ainsi, même en moi, quelque chose a traversé ces saisons sans croître ni s’abolir, l’alluvionnement des heures a réservé certains espaces témoins, et tandis que je déambule, cherchant la raison de moi-même, dans ce terrain vague que je suis devenu, tâtonnant sur d’énormes masses de dépôt, tout d’un coup je trébuche au bord d’une faille au fond de laquelle le sol d’antan est resté nu, mesurant alors l’épaisseur de cette matière qu’il faut que je sonde et tamise, afin de retrouver des assises et des fondations.

Michel Butor, L’emploi du temps, 1956, Minuit.

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« Ceci n’est pas qu’un tableau » de Bernard Lahire.

Ceci n'est pas un tableauLes attentions, les préventions, les précautions, l’allégresse, les applaudissements : tout cela provoqué par la seule arrivée d’un objet.  Il faut de fortes croyances collectives en l’objet d’art, sacralisé, pour déclencher de telles attitudes et autant d’effusions.

C’est en 2007, après un parcours de 350 ans dont la fin défraia la chronique que « La fuite en Egypte » de Poussin fut enfin acquise, pour 17 millions d’euros, par le musée des Beaux-Arts de Lyon.  Bernard Lahire s’empare de cette histoire remarquable pour en exhumer les non-dits et bâtir sur son exemple un essai interrogeant les mécanismes selon lui conjoints de la formation du sacré, de l’art, de la magie et de la domination.

Quelle est l’histoire de cet objet, de son statut, de son sens et de sa valeur, tant économique qu’esthétique, pour les acteurs, les groupes ou les institutions qui sont entrés en interaction avec lui à différents moments de l’histoire, depuis sa création jusqu’à son arrivée au musée des Beaux-Arts de Lyon?

Sans trop revenir, ni surtout s’arrêter, sur le sensationnalisme de « l’affaire », Bernard Lahire démonte les présupposés sur lesquels reposent nos attitudes relatives à l’art.  En montrant, précisément, en quoi ce sont des présupposés.  Ainsi, non seulement nos propres critères de jugement esthétiques, mais aussi tout ce sur quoi nous faisons reposer leur reconnaissance (ainsi des techniques scientifiques utilisées pour attester de la « paternité » ou de « l’authenticité » d’une œuvre), tout cela s’origine dans des présupposés qui, à défaut d’être reconnus comme tels, fonctionnent comme des croyances.  Ces croyances culturelles non reconnues pour ce qu’elles sont s’érigeant alors comme des états de faits.  Notre rapport à l’art non seulement est issu de ces autres rapports que nous avons pu établir avec le sacré, mais fonctionne, aujourd’hui encore, sur les mêmes modèles.  Les critères appelés à « juger » de l’importance d’une œuvre, ou de son authenticité, sont ceux auxquels on faisait appel au Moyen-Age pour juger de la pertinence ou non des reliques.  Et sous cette allégeance non reconnue au sacré, à la magie, se logent, se dissimulent (et d’autant mieux que cela est inconscient) des rapports de pouvoir.

le sacré n’est que la face transfigurée du pouvoir.

De l’expert issu des classes dominantes au PDG d’entreprise investissant (à moindre frais) dans la culture, du spectateur « lambda » laissant guider son regard vers une œuvre que tout un mécanisme de pouvoirs l’enjoint à contempler extatiquement à l’état organisant, par la simple institution du musée, un culte à l’art, tout personnage, toute institution peut se lire, dans les liens qu’il entretient avec l’œuvre d’art, comme remplissant une fonction sacrée et de pouvoir.

l’admiration, la docilité, le respect, la crainte, l’effroi devant le sublime, l’enchantement, etc.., sont autant d’attitudes devant l’œuvre qui sont analogues à celles que le dominé entretient à l’égard du dominant.

Bernard Lahire se prend parfois les pieds dans le tapis parfois trop ample qu’il se propose de dérouler.  Puisant (et le revendiquant) à tant de disciplines qu’il ne serait pas humain de les maitriser toutes parfaitement, il se heurte de temps à autre de plein fouet aux limites inhérentes à tout projet démesuré.  Ainsi peuvent paraître parfois péremptoires certaines affirmations, celles-ci s’arrêtant de fait au seuil d’analyses impossibles à mener exhaustivement.

Supplément d’âme, justification de son existence, sentiment d’importance sociale : toutes les tentatives de rapprochement d’avec le sacré sont des stratégies de mise à distance de l’insignifiance et de l’absurdité de toute existence mortelle.

On eût préféré qu’il choisisse reconnaitre et marquer l’incomplétude forcée de son analyse plutôt que de la faire buter sur des jugements un tantinet à l’emporte-pièce.  De même le prisme « dominant-dominé » par lequel il cherche à lire son sujet semble parfois être une thèse qu’il s’agit de conforter à tout prix plutôt que de la passer au crible des faits qu’il examine.  Allant jusqu’à, aveuglé par cette obstination un peu forcenée, ne jamais parler du tableau lui-même, il occulte sous les discours portant sur la chose, la chose elle-même.  Si « La fuite en Egypte » n’est pas qu’un tableau, il est aussi quand même un tableau…

S’il souffre des défauts inhérents à ce filtre obstiné et à l’ampleur de son projet, « Ceci n’est pas qu’un tableau » reste cependant un exemplaire et salvateur exercice de démystification de l’art.  Qui se propose, en digne héritier platonicien, de faire surgir de l’ombre dans laquelle elles se logent, les raisons de nos propres désirs.  Et ce en passant par la difficile mais nécessaire réunion de sous-disciplines, de sous-domaines, dont le morcellement, lui-même héritier d’états de faits, pèse irrémédiablement, à défaut d’être reconnu comme tel, sur toute tentative d’éclaircir ces raisons.

Peu à peu, ce sont des proximités ou des analogies que l’on ne voit plus, des phénomènes transversaux que l’on n’est plus en mesure de déceler, des relations d’interdépendance entre domaines de pratiques qui échappent par définition à l’analyse centrée sur un domaine ou un sous-domaine déterminés, et des questions ou des problèmes qui sont ignorés de part et d’autre des différentes frontières disciplinaires ou sous-disciplinaires.  Les chercheurs ont fini par s’accoutumer, du fait d’un processus grandissant de spécialisation, à réduire leurs ambitions interprétatives et à se concentrer sur des parcelles de plus en plus restreintes du monde social.

Bernard Lahire, Ceci n’est pas qu’un tableau, essai sur l’art, la domination, la magie et le sacré, 2015, La Découverte.

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« Une forêt profonde et bleue » de Marc Graciano.

Une-foret-GracianoMarc Graciano écrit des contes de fées.  Mais il n’est dit nulle part que la fée ne puisse y subir les pires avanies.  Et pourtant, elle reste une fée et l’espace où elle évolue un conte.  De même Marc Graciano nous émerveille-t’il.  Mais émerveiller ne veut pas forcément dire créer les conditions d’une joie béate.  Et ce n’est pas parce que l’émerveillement, l’enchantement, au lieu de nous plonger dans un univers éthéré nous en éloigne, qu’il n’est pas, précisément, un émerveillement.

et tous ces mouvements à la surface de l’eau étaient cause que la fille savait que l’eau était là parce que l’eau était si pure que, immobile, elle eût paru inexister.

Dans le conte qu’il orchestre ici, Marc Graciano nous convie à suivre les aventures d’une jeune fille dans un monde sans lieu ni date dont la beauté insondable ne semble trouver de pendant inverse que dans l’infinie cruauté des hommes.

tous veillaient scrupuleusement à porter leur regard uniquement vers celui des autres de là pourquoi la plus haute pudeur régnait parmi les membres du groupe même s’ils étaient intégralement nus et rassemblés dans la plus grande promiscuité

Organisé en parties brièvement nommées (La ruche, Le cerf, La borde, etc…), chacune divisée en chapitres d’un paragraphe et d’une phrase (en clair : un chapitre = un paragraphe = une phrase), « Une forêt profonde et bleue » est, certes et même s’il semble en pervertir les codes (alors qu’il les réalise peut-être simplement autrement), un conte.  Mais il est aussi un exercice formel radical.

Comme le mège qu’il met en scène dans son récit, l’écrivain est un médium.  Et, médium, il se doit, avant de restituer quoi que ce soit, de se faire réceptacle.  Le mège doit, pour pouvoir peser sur ce qui l’entoure, pour que ces actes soient utiles, pour subsister et aider l’autre à subsister, accueillir ce qui l’entoure.  Dépositaire d’un savoir dont il ne connait plus l’origine, il l’articule sans en rien refuser au risque que son action demeure stérile.  Tel est l’écrivain qui s’arroge la fonction de dire le monde.  Pourquoi ainsi se couper du langage qui n’a plus lieu?  Est-ce parce qu’il n’est plus « commun » qu’il n’est plus censé remplir de fonction?  Ne serait-ce pas ainsi du ressort de celui qui vise à en dire la complétude, de réintroduire dans ce monde des mots qui, non usités couramment, ne continuent pas moins de l’exprimer?  Ainsi de « leude », « mège », « rain », « aronde », « borde », « noctiluque », « vit ».  A l’antipode de l’artifice littéraire nostalgique, le mot « oublié » est ici un outil du merveilleux.  Et l’écrivain ce magicien qui, par la grâce d’un rythme épousant le réel dans ces moindres méandres, parvient à le dire dans tout son infinie complexité.

Les herbes autour du lac étaient devenues rouges, presque purpurines, et pareillement rouges étaient devenues les feuilles des arbres marcescents dans la forêt mixte autour du lac et, plus haut dans la montagne, dans la sapinière, certains rameaux étaient devenus roux et les eaux du lac devinrent colombines et lourdes et grasses et lisses et les eaux plates reflétaient à la perfection le monde autour et l’air devint pur et frais et comme extraordinairement liquide et comme très brumeux et de grands vols de grues en migration commencèrent )à passer dans le ciel embrumé et ce fut le signe que l’hiver serait bientôt là.  

Marc Graciano, Une forêt profonde et bleue, 2015, Corti.

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« Juste ciel » de Eric Chevillard.

juste ciel-Où allons-nous?

En finirons-nous jamais avec cette question si même mort, on se la pose encore?

Albert Moindre n’est plus.  N’en déduisons pas alors qu’il n’a plus rien à nous dire.  Tel Enée portant Anchise, Eric Chevillard charge Moindre mort (on vous laisse imaginer ce que peut représenter un moindre qui n’est plus) sur ses musculeuses épaules et nous convie à visiter un au-delà très loin de l’image que l’on s’en fait d’habitude.

Il se sentait bien.  Plus exactement, il ne sentait rien.  Mais n’est-ce pas là la preuve absolue de l’accomplissement spirituel et moral?

Une gigantesque bureaucratie.  Tel se découvre à nous cet après-trépas fantasmé de longue date.  Divisé en administrations, le « royaume des morts » se dévoile à Albert Moindre (et par son entremise à nous, ébahis) comme une succession de bureaux où des anges-fonctionnaires proposent au tout frais décédé divers services.  Ainsi, à côté de l’inévitable bureau des réclamations (réclamations dont on sait seulement, évidemment, qu’elles « sont bien prises en compte »), on trouve, entre autre exemple, un « bureau des élucidations ».  Où l’on propose au nouveau venu ces solutions aux innombrables problèmes ou questions qui ont, bénins ou pas, enquiquiné son existence.  Ainsi pour Moindre : Palmyre l’aimait-elle? ou Combien de tubes de dentifrice consomma-t’il de son vivant?

tout ce qu’il est possible de confronter dans une phrase se touche aussi dans le monde.

D’une écriture qui titille plus activement vos zygomatiques que jamais, Eric Chevillard démonte cette supercherie qu’est notre existence, toute entière perceptible dans ce qui la suit.  Et se propose, en dénonçant haut et fort la perfidie de cette « pieuvre omnipotente » qui nous créa si bancals, de nous rappeler cette question essentielle (que nous occultons trop souvent) : cette pieuvre, dans sa sardonique cruauté, ne nous dota-t’elle de deux pieds que pour multiplier les risques d’égarer une pantoufle?

Eric Chevillard, Juste ciel, 2015, Minuit.

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« La possibilité du cosmopolitisme. Burqa, droits de l’homme et vivre-ensemble » de Constantin Languille.

Possibilité du cosmopolitismeLire se révèle parfois un exercice à double (voire triple) tranchant.  D’un côté, on est bluffé par l’ampleur d’un discours, par sa réussite incontestable à dresser un catalogue presque exhaustif des questions qu’il se proposait de mettre à jour ; de l’autre, on ne peut que s’interroger sur les buts inhérents à une telle volonté exhaustive.  Autrement dit, est-ce que dresser le catalogue des questions, aussi brillement soit-il, se suffit ou y faut-il, pour que l’exercice puisse être reconnu comme complet, y ajouter la marque d’un choix de l’auteur?  C’est un peu à cet exercice que nous invite, inconsciemment sans doute, Constantin Languille.

Il ne faut pas sous-estimer la capacité des discours politiques à façonner la perception des citoyens et à nourrir un processus d’exclusion, au terme duquel l’autre devient figure mythique et menaçante, contre laquelle doit être trouvée une sinistre « solution finale ».

Le livre revient sur l’interdiction de la burqa en France et se propose d’en explorer les causes profondes.  Puisant avec brio et intelligence dans les documents à sa disposition, tant juridiques que politiques ou statistiques, établissant des liens avec les situations dans d’autres états, utilisant l’outil comparatif (à bon escient, ni trop ni trop peu) avec d’autres situations pouvant l’éclairer, il dresse une cartographie incontournable de la question.

Là réside le cœur de l’islamophobie : dans l’association immédiate entre le constat ou la supposition de l’appartenance à la confession musulmane et un ensemble de clichés conduisant à transformer le sujet en étranger par la magie d’un seul regard et des représentations mentales qui lui sont associées.

Un des premiers mérites de l’ouvrage est d’implacablement replacer cette loi sous l’égide de ce qui la gouverne : l’islamophobie.  Plongeant au cœur du droit même, Constantin Languille dénoue les fils hypocrites, conscients ou non, avec lesquels beaucoup ont tissés des voiles pudiques sur une forme d’exclusion de l’autre qui ne veut pas dire son nom.  Cela aussi (et c’en est, ici du moins, une de ses forces) sans chercher à culpabiliser qui s’en rend coupable, se bornant à l’expliquer.  Qu’on cherche à la légitimer par les atours de la laïcité (mais laquelle), de la liberté ou de la dignité, rien n’y fait! toujours c’est bien l’islamophobie seule qui peut valablement justifier la loi de l’interdiction de la burqa.  Ce que décèle l’auteur, ce sont ces confusions sur lesquelles prospèrent, souvent malgré ceux qui les alimentent, les idées les plus nocives.  Ainsi en va t’il d’une laïcité que l’on « charge » différemment selon qu’on l’envisage dans un contexte public ou privé mais qu’on utilise indifféremment (feinte consciente ou inconscience maladroite) pour justifier le recouvrement de l’un par l’autre.  En effet, d’un devoir laïque d’état (l’état ou ses représentants ne peuvent manifester ostensiblement leurs convictions religieuses) la laïcité devient une contrainte individuelle (c’est l’exercice individuel que chacun – représentant de l’état ou non – fait de ses convictions qui est ici prohibé).  Justifier l’interdiction de la burqa en en appelant à la laïcité ne peut que se faire qu’en biaisant la signification même de laïcité.  Ainsi cette loi, loin de défendre les principes d’une société (et celle loi elle-même s’en affirmant l’un des remparts essentiels) les sapent irrémédiablement, et d’autant plus sournoisement qu’elle prospère sur le terreau de la confusion du langage.

Peut-on fonder une communauté politique exclusivement sur l’universel?  Peut-on vivre ensemble lorsque l’on ne partage plus que la démocratie et le droit de chacun à être différent?  Telles sont les questions que pose l’épisode du voile islamique.

Creusant les limites de la tolérance (la tolérance suppose t’elle per se d’être tolérant à l’égard des intolérants?), précisant qu’une communauté ne trouvant plus comme ultime point de rassemblement que la nécessité de protéger chacun de ses membres de la mort ne peut fatalement qu’achopper sur la notion de martyre, rappelant à propos les distinctions entre droit et morale, soulignant les différences entre deux modèles (l’européen et l’américain), différences qui démontrent bien que chaque modèle, valide sans être parfaitement opérant, repose sur des choix, l’auteur brosse un portrait saisissant de réalisme des enjeux que soulève cette loi.  Mais s’y arrête.  Et peut-être un peu trop abruptement.

A force de détailler (finement) les données d’une problématique, d’en explorer profondément les sentiers, les impasses, mais sans jamais sembler choisir (voire même en semblant poser tout choix comme foncièrement dommageable), l’auteur en vient à faire ressentir à qui lit soit l’impression d’être confronté à un scepticisme militant, soit celle d’avoir affaire à un « prudentisme » stérile, soit encore d’avoir quelque chose à dissimuler dans l’entrelacs des données qu’il distille.  Chaque parcelle du discours pouvant alors être lue au prisme d’une certaine méfiance.  La phrase sur laquelle se clôture le livre paraissant alors plus programmatique que simplement conclusive :

Et c’était précisément la fonction des nations que de constituer cette médiation [entre individu et totalité du monde].

Comme si tout ce que nous venions de lire, mis sur un même pied, pouvait être lu comme une vaste introduction à une nécessité nationale…  Ce livre est donc bien un incontournable.  Mais un incontournable dont il convient (peut-être) de ne pas être dupe.

Constantin Languille, La possibilité du cosmopolitisme.  Burqa, droits de l’homme et vivre-ensemble, 2015, Gallimard.

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« En marge de Casanova » de Miklos Szentkuthy.

En marge de CasanovaEn marge de Casanova est le premier tome du Bréviaire de Saint Orphée, projet colossal que Miklos Szentkuthy porta de 1938 jusqu’à sa mort en 1988.  Tentative démesurée de dire le réel dans sa totalité, d’une érudition folle, le projet prenait comme socle, précisément, de n’en avoir aucun.  Mouvante, revendiquant le droit à la contradiction et au péremptoire, docte et grotesque, mêlant temps et lieu dans un maelstrom virevoltant, le Bréviaire est aussi une quête sans cesse remise en question d’un langage pour exprimer le réel.  Ce réel, qu’à défaut de chercher à dire, nous laissons peser sur nous.

En marge de Casanova est l’ensemble des notes qu’aurait pu prendre Miklos Szentkuthy à la lecture de l’œuvre de Casanova.  Un essai littéraire donc.  Mais qui se grossit de l’autobiographie de l’ogre de Budapest, qui se gonfle des interventions (réelles? fictives?) d’Abélard ou d’Alphonse de Ligure, qui s’enrichit d’une exégèse abyssale de l’œuvre du Tintoret…  Roman, essai, autobiographie, exercice poétique, hagiographie, chaque tome du Bréviaire est une tentative radicale de dépassement des contraires.  Et réalise génialement, pan après pan, l’une des œuvres les plus indispensables de la littérature.

Place à celui que nombre de ses lecteurs (et non des moindres) considéraient à l’empan de Proust, Joyce ou Rabelais…

C’est toujours de [l’imagination] que la réalité dépend.

Transformer le passé en objet de culte tient de la pire barbarie!

écrire un livre intitulé Il y a – lequel ne serait que le catalogue « sec » de tous les objets, sentiments, phénomènes et fables logiques composant le monde.

mon texte – ou prétendu texte – se voulant ici semblable aux anciennes partitions, lesquelles n’indiquaient que l’essentiel, abandonnant aux interprètes la tâche de l’exécution.

la chose la plus excitante pour un cerveau est la rencontre instantanée d’éléments hétérogènes au sein d’une constellation fortuite.

est pensée tout ce qui provoque une excitation physiologique peu ou prou indépendante de la conservation de soi ou de l’espèce.

Puisque la pensée m’apparaît comme la galaxie éternelle et toujours neuve des myriades de nuances que présente le monde, et puisqu’en premier et dernier lieu, je suis un penseur (et non un être vivant), il me faut fixer tant bien que mal cet amas stellaire, en le déformant certes, et en assumant pleinement les paradoxes et les vides stylistiques inhérents à toute description. La vraie réponse intellectuelle au monde ne saurait être mythe ou philosophie, roman ou essai ; ce sont là fictions isolées, nar­cissismes irrationnels, jeux ou – dans le meilleur des cas  – ­“tendres langueurs” selon l’expression propre à l’un des fils du vieux Bach. Non, la seule réponse, c’est la restitution pleine et entière de la vie, avec tous ses phénomènes vibratiles, ses chaînes d’associations infinies et ses millions de variantes mentales ! Qu’une telle approche puisse être taxée de « rêve romantique de la totalité » en dit long sur le mépris de nos contemporains… 

Saisis d’une incroyable cuistrerie de rongeurs, nous avons découpé l’amour en tranches sensuelles, psychologiques et morales.  Aujourd’hui, nous passons cahin-caha de la morale au corps et du corps à l’âme, avec les secousses du tortillard cahotant sur des bouts de rail mal ajustés.

L’aspiration à la totalité sera-t-elle toujours burlesque?

Il y a du libéralisme à Byzance, du cosmos hellène dans le gothique français, du juif en Dieu, du classiscime chez Freud, du bouddhisme au Portugal, etc. – l’Histoire reste et demeure le marché aux puces de toutes les perspectives!

Devant le Tintoret, j’ai assumé et déclaré divine cette sensiblerie universelle – et me suis promis de l’élever au rang d’une sainte logique!

Nous ne vivons pas pour l’art – jamais de la vie! – mais pour quelques grains de poudre abandonnés sur nos cravates!

Oui, seul le désespoir est à même de répandre sur cette terre la beauté divine, seule la mort conjugue la polychromie, seul l’enfer apporte le salut, seule la folie accède à l’intelligence, seule la maladie brille de mille éléments, seul le non-sens est méritoire – seul, enfin, le Mal peut fournir les contours d’un sujet!

est-ce le détail qui contient la vérité – ou celle-ci réside-t-elle dans l’essence?

Si le prochain existe, c’est faute de mieux

Miklos Szentkuthy, En marge de Casanova, Bréviaire de Saint-Orphée 1, Vies Parallèles, 2015, trad. G.Kassaï & Z.Bianu.

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« Que faire de ce corps qui tombe » de John D’Agata & Jim Fingal.

Que faire de ce corps qui tombeLe 13 juillet 2002, à 18 h 01 min 43 s, tout en haut de la tour du Stratosphere Hotel de Las Vegas, Levi Presley enjambait la rambarde qui le séparait du vide. 350 mètres plus bas, soit 9 secondes plus tard, il trouvait la mort sur l’asphalte de la rue ramolli par la chaleur d’un été torride. Il pratiquait le taekwondo. Il avait 16 ans.

En 2005, l’écrivain John D’Agata envoie à la célèbre revue The Believer un essai dans lequel, à sa façon bien particulière, il s’empare de ce fait divers tragique. L’éditeur de la revue confie alors au stagiaire Jim Fingal, un fact-checker débutant, le soin de recouper les éléments factuels qui émaillent le texte de l’écrivain. Ce sont cet essai (au centre de la page) et les échanges entre auteur, fact-checker et éditeurs (tout autour de l’essai) qui sont donnés à lire dans Que faire de ce corps qui tombe.

Cet essai concerne une idée, et Lévi représente cette idée.  Maintenant, est-ce que c’est grossier d’appeler « une idée » un jeune mort que je n’ai jamais connu?  Sans doute.

Qu’est-ce qu’un fait ? La chute de Levi Presley a-t-elle duré 8 ou 9 secondes ? Le revêtement du sol sur lequel le corps du jeune homme fut retrouvé était-il de couleur rouge ou brune ? Le mot “suicide” existe-t-il en hébreu ?  La hauteur dont Lévi a chuté est-elle de 253 mètres ou 261 mètres?  Quelle est la hauteur optimale des plafonds d’un casino?

Jim : Mais enfin, qu’est ce qui vous autorise à faire passer pour un fait une légende à moitié recuite et à mettre de côté les questions de vérité factuelle?

John : Ca s’appelle de l’art, tête de nœud.

Toutes ces questions, ponctuelles, renvoient à d’autres, plus fondamentales : peut-on faire montre d’imagination dans le cadre de la non-fiction ? N’est-ce pas attenter au respect ancestral dû à un mort que d’inventer délibérément les circonstances de sa disparition ? Qu’est-ce que le vrai ? Dans ces échanges tour à tour drôles, émouvants, doctes, naviguant entre débat et combat, virant parfois à l’injure, et, jusqu’à sa vertigineuse et bouleversante chute, Que faire de ce corps qui tombe interroge, avec subtilité, notre délicat rapport au réel.

la chose la plus importante à mettre en relief ici, c’est la recherche d’une signification.

Que faire intérieur

 

 

 

 

 

 

 

 

John D’Agata & Jim Fingal, Que faire de ce corps qui tombe, Vies Parallèles, 2015, trad. Henry Colomer.

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« S’enfonçant, spéculer » de Antoine Boute.

S'enfonçant spéculerEn fait mon livre sera comme une flaque de boue, violente, sale et sensuelle dans lequel le lecteur tombera, entraîné malgré lui.

Freddo se promène en forêt avec son chien Jean-Jacques.  Il pleut.  Il y a beaucoup de boue.  Il pense au prochain polar qu’il compte écrire.  Il pense à un roman vraiment très très gore.  Qui symboliserait l’étrange qu’il y a à vivre dans la promiscuité citadine.  Et qui lui rapporterait du fric. Il rencontre Valéria.  Valéria est belle et class.  Et Valéria demande à Freddo de l’aider car elle a un problème.  Son fils (qui en fait n’est pas vraiment son fils), Antoine, est enfermé dans une armoire dans sa maison qui se trouve aux fonds des bois.

Eh oui!  Si on réfléchit, ca va presque faire une fresque politique manichéenne, ce thriller! Un thriller planétaire manichéen!  Le monde riche, maladivement suractif, qui jouit et exploite le monde faible et pauvre!  Tout simplement…

Vont s’entremêler alors la narration de ce qui leur arrive (entre autres déféquer dans une maison délabrée, boire des whiskies, tomber dans la boue ou manger au Mc Do) et la relation du projet d’écriture en cours de Freddo.  Les deux paraissant trouver des échos l’un dans l’autre.  Et au fur et à mesure que Freddo, l’auteur de polar s’enfonce dans la forêt (mais pas que), il spécule (on vous invite ici à explorer l’abyssale étymologie de « spéculer ») sur son futur polar (mais pas que).

Il ira ensemencer régulièrement la femme bousillée, tout en prenant bien soin d’ensemencer métaphoriquement le personnel de l’hôpital avec des cadeaux, de façon à entretenir leur sympathie à son égard.  Ces flux de semence et de cadeaux entreront clairement en résonance avec tout le flux obscène de fric qui circule dans les rues commerçantes de la ville ; et les halètements de ce type, dus à son va-et-vient incessant seront comme la bande-son de l’écoulement de ces flux, comme leur face, leur apparence sonore.

Ce qu’il y a de bien chez Antoine Boute (entre autres hein, on ne prétend pas être exhaustif) c’est que le plaisir qu’il prend à faire glisser son personnage dans la boue, il le prend tout autant à faire glisser le lecteur, ce dernier ressentant à son tour ce même plaisir.  Pour autant bien sûr que ce lecteur se laisse aller à son plaisir, celui-ci n’éclosant que là où lui laisse un espace disponible.  Ce qui, certes, n’est pas gagné!

Oui la question de l’écriture ne rejoint-elle pas clairement la question de la prostitution?  Disponibilité radicale des figures en général, des figures donc générées par le texte même comme par exemple les personnages de roman, mais également les figures qui font texte : les mots, les lettres, le graphisme etc. ?

Antoine Boute écrit, de son propre aveu, des blagues.  Oui, certainement, mais des bonnes blagues.  De celles qui font rire, mais en grinçant des dents.  De celles dont on se demande tout le temps s’il convient d’en rire.  Des blagues un peu malsaines qui nous renvoient une image de nous pas si déformées qu’on voudrait bien le croire (renvoi d’image > miroir > speculum).  De bonnes blagues qu’il convient, pour en goutter tout le sel, de prendre au sérieux.  Oui, en fait blaguer est une chose très sérieuse.  Et de ces blagues très sérieuses, qu’on appelle aussi littérature, on en redemande!

Purée je me demande bien comment ça se fait que j’imagine des scènes aussi glauques mais enfin soit : dans la vie il y a de bonnes et de mauvaises questions.  Cette question est une mauvaise question : la littérature fait ce qu’elle a à faire, point barre.

Antoine Boute, S’enfonçant, spéculer, 2015, Onlit.

On ne saurait aussi trop vous conseiller d’aller faire un tour .

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« Le musée de l’inhumanité » de William H. Gass.

musée de l'inhumanitéNe jamais achopper, juste passer.  Glisser.

Joseph Skizzen est un fils d’immigrés ayant fui leur terre natale peu avant le début des hostilités de la Seconde Guerre mondiale pour se réfugier, via l’Angleterre, aux Etats-Unis.  Et cela, comble de l’imposture en ces temps troublés (ah l’euphémisme!), en se faisant passer pour juifs.

Ah! être communs, carrément quelconques.  Voire normaux.

Après que son père ait abandonné sa famille sans laisser de trace, Joseph décide de consacrer son passage ici-bas (ah l’expression consacrée!) à y laisser une trace aussi discrète que possible.

il prit soin d’effacer toutes traces qu’il avait laissées ; il aurait rassemblé sa respiration, aussi, si cela avait été possible.

Vendeur dans un magasin de disques, bibliothécaire puis professeur de musique, Joseph cultive, hormis une passion pour la musique – et Schoenberg et la musique atonale en particulier – une autre, plus étrange (quoique), pour les actes les plus sombres qui aient émaillé l’histoire humaine.  Ainsi, dans une des pièces de la maison qu’il habite seul avec sa mère, il collectionne les coupures de presse, les articles, les photographies, les livres, bref tout ce qui peut témoigner des divers et ingénieux procédés que l’homme a pu inventer, depuis qu’il est homme, pour faire du mal à l’homme.

La race humaine croit que ce train roule pour le plaisir alors qu’il bing qu’il tchroïnk qu’il crac qu’il zing qu’il chtoïnn qu’il tr trr trote – cornes en berne et queue basse – satan toujours omniprésent – et tous les veaux voués à l’éviscération.

Obsédé par une phrase qui devrait rendre compte de son hésitation à souhaiter que l’être humain soit sauvé ou non, et qu’il retravaille sans cesse, il s’enferre peu à peu dans la misanthropie.  Mais une misanthropie qui se veut moins détestation de l’espèce humaine que dédain lucide.  Et qui puise ses raisons profondes dans ce désir (et cette impasse) de rester pur.

où aller, franchement, pour rester pur – pire, qui être pour rester tolérable?

Seule voie raisonnable pour qui désire rester vierge de tout mal, « passer simplement » dans cette vallée de larmes, sans y peser, ne va pas de soi.  Une vie simple, à l’écart, dissimulée, choisie en raison même des risques que le moindre mouvement peut faire courir à l’autre, cette vie ne va pas de soi.  Non que les renoncements qu’elle suppose soient lourds à supporter pour qui cherche à « rester pur ».  Mais c’est l’autre lui-même qui ne tolère pas ce retrait.  Et la dissimulation, le « passer outre », le glissement dans la vie, devient une conquête.  Comme s’il s’agissait moins « ici-bas » de ne pas commettre « le mal » que de s’en arracher.  Comme s’il nous constituait.  Comme si c’était Adam lui-même qui était issu du mal, cela bien avant qu’un geste vers une pomme ne l’y jette.

Pour questionner aussi profondément cette responsabilité qu’est être, il fallait une écriture comme capable d’hésiter.  Il fallait organiser la phrase pour montrer que nos vies ne peuvent être que des impostures.  Mais en montrant que la phrase elle-même en est une.  Et celle de Gass qui se fond dans les musiques qu’affectionne Joseph Skizzen, tour à tour en achoppant sur ses doutes ou en épousant les linéaments, est cette superbe imposture qui permet de sonder les troublants et vertigineux pans sombres de notre inhumanité!

Vous avez passé votre vie de menteur à réarranger de façon obsessionnelle les mots dans cette phrase que vous souhaitez prononcer devant l’humanité.

William H. Gass, Le Musée de l’inhumanité, 2015, Cherche-midi, trad. Claro.

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Du boudin ou des knacki herta…

renard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mot « livre » ne désigne pas uniquement ce bloc de pages qu’on tourne.  Ce qu’on y entend est aussi le résultat, qu’on en ait conscience ou non, de tout ce qui s’est agrégé en lui.  Ainsi entend-t’on, le mot « livre » une fois prononcé, science, savoir, pensée, conscience de soi et du monde, connaissance, découverte de l’autre… Et c’est bien sur cela, cette charge sémantique, que mise un brol tel que la foire du livre pour appâter le chaland.  Là où le forain livresque dit (car même sur l’appât, il tient un discours, – diantre il faut justifier les subsides) vouloir attirer à la culture par le médiatique (style « attirons vers Guyotat avec les Bogdanov Brothers, ou vers Philippe Beck avec Amélie-la-gentille-représentante-des-chapeaux-Pompilo »), il ne lui propose en fait que du média.  Alors que le média devait appâter pour faire découvrir du culturel, c’est in fine le culturel qui devient le cache-sexe du médiatique.  Le livre (chargé des alluvions qu’y a déposé l’histoire) donnant sa légitimité au mercantile.

On en dit encore un peu plus de mal ici* :

 

*le ici c’est « Temps de Pause » sur Musique 3, avec les excellents Anne Mattheeus et Fabrice Kada.

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