« Le musée de l’inhumanité » de William H. Gass.

musée de l'inhumanitéNe jamais achopper, juste passer.  Glisser.

Joseph Skizzen est un fils d’immigrés ayant fui leur terre natale peu avant le début des hostilités de la Seconde Guerre mondiale pour se réfugier, via l’Angleterre, aux Etats-Unis.  Et cela, comble de l’imposture en ces temps troublés (ah l’euphémisme!), en se faisant passer pour juifs.

Ah! être communs, carrément quelconques.  Voire normaux.

Après que son père ait abandonné sa famille sans laisser de trace, Joseph décide de consacrer son passage ici-bas (ah l’expression consacrée!) à y laisser une trace aussi discrète que possible.

il prit soin d’effacer toutes traces qu’il avait laissées ; il aurait rassemblé sa respiration, aussi, si cela avait été possible.

Vendeur dans un magasin de disques, bibliothécaire puis professeur de musique, Joseph cultive, hormis une passion pour la musique – et Schoenberg et la musique atonale en particulier – une autre, plus étrange (quoique), pour les actes les plus sombres qui aient émaillé l’histoire humaine.  Ainsi, dans une des pièces de la maison qu’il habite seul avec sa mère, il collectionne les coupures de presse, les articles, les photographies, les livres, bref tout ce qui peut témoigner des divers et ingénieux procédés que l’homme a pu inventer, depuis qu’il est homme, pour faire du mal à l’homme.

La race humaine croit que ce train roule pour le plaisir alors qu’il bing qu’il tchroïnk qu’il crac qu’il zing qu’il chtoïnn qu’il tr trr trote – cornes en berne et queue basse – satan toujours omniprésent – et tous les veaux voués à l’éviscération.

Obsédé par une phrase qui devrait rendre compte de son hésitation à souhaiter que l’être humain soit sauvé ou non, et qu’il retravaille sans cesse, il s’enferre peu à peu dans la misanthropie.  Mais une misanthropie qui se veut moins détestation de l’espèce humaine que dédain lucide.  Et qui puise ses raisons profondes dans ce désir (et cette impasse) de rester pur.

où aller, franchement, pour rester pur – pire, qui être pour rester tolérable?

Seule voie raisonnable pour qui désire rester vierge de tout mal, « passer simplement » dans cette vallée de larmes, sans y peser, ne va pas de soi.  Une vie simple, à l’écart, dissimulée, choisie en raison même des risques que le moindre mouvement peut faire courir à l’autre, cette vie ne va pas de soi.  Non que les renoncements qu’elle suppose soient lourds à supporter pour qui cherche à « rester pur ».  Mais c’est l’autre lui-même qui ne tolère pas ce retrait.  Et la dissimulation, le « passer outre », le glissement dans la vie, devient une conquête.  Comme s’il s’agissait moins « ici-bas » de ne pas commettre « le mal » que de s’en arracher.  Comme s’il nous constituait.  Comme si c’était Adam lui-même qui était issu du mal, cela bien avant qu’un geste vers une pomme ne l’y jette.

Pour questionner aussi profondément cette responsabilité qu’est être, il fallait une écriture comme capable d’hésiter.  Il fallait organiser la phrase pour montrer que nos vies ne peuvent être que des impostures.  Mais en montrant que la phrase elle-même en est une.  Et celle de Gass qui se fond dans les musiques qu’affectionne Joseph Skizzen, tour à tour en achoppant sur ses doutes ou en épousant les linéaments, est cette superbe imposture qui permet de sonder les troublants et vertigineux pans sombres de notre inhumanité!

Vous avez passé votre vie de menteur à réarranger de façon obsessionnelle les mots dans cette phrase que vous souhaitez prononcer devant l’humanité.

William H. Gass, Le Musée de l’inhumanité, 2015, Cherche-midi, trad. Claro.

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Du boudin ou des knacki herta…

renard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mot « livre » ne désigne pas uniquement ce bloc de pages qu’on tourne.  Ce qu’on y entend est aussi le résultat, qu’on en ait conscience ou non, de tout ce qui s’est agrégé en lui.  Ainsi entend-t’on, le mot « livre » une fois prononcé, science, savoir, pensée, conscience de soi et du monde, connaissance, découverte de l’autre… Et c’est bien sur cela, cette charge sémantique, que mise un brol tel que la foire du livre pour appâter le chaland.  Là où le forain livresque dit (car même sur l’appât, il tient un discours, – diantre il faut justifier les subsides) vouloir attirer à la culture par le médiatique (style « attirons vers Guyotat avec les Bogdanov Brothers, ou vers Philippe Beck avec Amélie-la-gentille-représentante-des-chapeaux-Pompilo »), il ne lui propose en fait que du média.  Alors que le média devait appâter pour faire découvrir du culturel, c’est in fine le culturel qui devient le cache-sexe du médiatique.  Le livre (chargé des alluvions qu’y a déposé l’histoire) donnant sa légitimité au mercantile.

On en dit encore un peu plus de mal ici* :

 

*le ici c’est « Temps de Pause » sur Musique 3, avec les excellents Anne Mattheeus et Fabrice Kada.

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« Parapluie » de Will Self.

Friernquand Cruchoé – chette quintechenche de petit-bourgeois – fait naufrage, le premier inchtrument qu’il che fabrique est un parapluie!

C’est le 26 septembre 1922 qu’Audrey Death, née en 1890 à Fulham, est admise dans l’enceinte de l’hôpital psychiatrique de Friern.  Plongée depuis lors dans un état de catatonie complet, elle sera diagnostiquée sur le tard (et après tant d’autres diagnostics) atteinte de troubles post-encéphaliques.  Ce n’est qu’en 1971 qu’un psychiatre, le docteur Zachary Busner, pensera à lui injecter une drogue habituellement utilisée pour soigner des malades atteints de Parkinson, du L-DOPA.  Le « réveil » d’Audrey et d’autres post-encéphalitiques sera spectaculaire.

ces cerveaux en ruine sont toujours habités.

Ancrant son récit dans les évènements réels qui ont émaillé l’histoire anglaise (la guerre 14-18, l’épidémie encéphalique, le traitement par L-DOPA), Will Self, s’il utilise ce réel en l’étayant scrupuleusement, ne s’y laisse pas enfermer.  Ainsi, si les évènements sont exacts, historiquement et abondamment documentés, et s’ils ne donnent lieu à modification qu’ad minima dans Parapluie (certains noms, certaines dates), ils n’en constituent qu’un moyen, non une fin.  Que les faits dans Parapluie, pris isolément, soient « vrais » (véracité qui elle-même se révèle déjà questionnante) signifie bien moins que la mise en rapport de ces faits, leur articulation dans un même cadre, celui du roman, et surtout que leur transmutation en des procédés formels.

Chuis entreux – chuis un prisme ou une lentille

Comme Audrey Death entre ces frères, Stanley ou Albert, la plume de Will Self s’insère, comme un coin, entre les évènements pour en révéler les rapports et les essences.  Ainsi (et ce qui suit n’a que valeur d’exemple tant le roman « brasse » large et profond) les trois frères et sœurs servent-ils trois lectures du conflit 14-18 qui en éclairent, si pas la totalité, du moins les pans les plus souvent ignorés.  Albert (la Pensée) sera celui qui en profitera ou en fera profiter les puissants en armant à tour de bras, Stanley sera celui qui sera sacrifié sur les champs de bataille du continent et Audrey, celle dont l’asservissement forcé sera mis au service de l’effort de guerre.

Ceci, avait pensé Zach, est tout ce qui a fait le vingtième siècle jusqu’à présent : un drap blanc jeté sur nos grisants espoirs, nos rêves troublés, nos désirs charnels.

Et Parapluie est cela donc par lequel un coin du voile est levé.  Sous lequel se révèle, en même temps que les faits par les fils qui les relient, la confusion dont ils sont pétris.  Car c’est cela, peut-être, qui fait la spécificité de ce vingtième, non d’avoir produit nécessairement plus d’horreurs, mais d’avoir construit d’autres formes par lesquelles les révéler tout en s’obstinant à vouloir conserver les anciennes, plus rassurantes car engoncées dans l’habitude.  Le génie de Self est ici de creuser plus encore ces nouvelles formes.

La vérité ne demande pas d’élévation – mais un plan.

Finie la figure de l’écrivain-démiurge surplombant son récit.  Dépassée l’assurance omnisciente dont s’encre sa plume pour rendre compte du monde.  Will Self est plongé dans la confusion, comme ses protagonistes, comme ses lecteurs.  Et c’est, du creux de cette confusion, et non d’un quelconque Olympe en surplomb, qu’il en trace un plan.  Les époques se mêlent donc, les personnages s’enchevêtrent, les rêves se mélangent aux cauchemars, la Pensée (tout entière phagocytée par son implacable mathématisation) se heurte à la folie.  Car,comme la Pensée est incapable d’assimiler cette confusion (elle la repousse en fait), il s’agit de la laisser surgir et de la laisser signifier.  Pour Will Self, la bouche est une bétonneuse rose [où] les mots se fondent et se mâchent […] avec une hâte cupide, et dire la folie du monde ne se peut qu’avec les mots de la folie même.

La seule façon de s’en sortir à Friern est de s’y perdre de telle sorte que l’hôpital devienne un monde à part entière.

Dans la folie d’Audrey Death, dans ce qu’elle nous en dit à son réveil, dans la mort de son frère, dans la suffisance calculatrice de Albert, dans les questionnements de Zach Busner, dans l’architecture de Friern, se découvre le plan confus de notre monde.  Et il se peut que notre L-DOPA à nous tous, qui nous réveillera de la vertigineuse itération tautologique dans laquelle nous nous complaisons, les bouches emplies de barbituriques et de paraldéhyde soit… un roman.

ne penser à rien, n’est pas la même chose que ne rien penser, ainsi pas d’état zen d’illumination… mais une effrayante arithmétique de cahier d’école, deux-égale-deux-égale-deux, comme ça, encore et encore.  Ou alors, je suis ce que je suis ce que je suis – comme ça, mais ceci n’est pas une question exis-tentielle, c’est seulement…  seulement une itér-itér-… itération d’identité, c’est un fait, rien d’autre, deux-égale-deux, je-suis, vous voyez?

Tiens, au fait, n’est-ce pas en 1922, l’année où Audrey Death sombrait dans le silence de la catatonie que parût Ulysse, l’Œuvre qui, par excellence, allait donner de nouveaux et décisifs outils au langage?

Will Self, Parapluie, 2015, L’Olivier, trad. Bernard Hoepffner

L’image illustrant ceci est celle de la résidence de luxe qu’est devenue l’ancien hôpital de Friern…

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« Rosa » de Thomas Harlan.

ROSA_COUV_HOMESur la photo était inscrit : Pour mon cher Tommy.  Dr Goebbels.

Thomas Harlan est un enfant de salaud.  C’est son père, Veit, qui réalisa le fameux « Juif Süss » de triste mémoire, ce film commandé, financé et diffusé par le régime nazi dans sa volonté d’affermir l’antisémitisme de ses troupes.  Poursuivi à deux reprises pour sa responsabilité dans le massacre des juifs, Veit Harlan sera à chaque fois relaxé et ne reconnaitra jamais aucune culpabilité.  Son fils, plutôt que de chercher à fuir la culpabilité paternelle, où à enfouir celle-ci en seing privé, consacrera sa vie à l’exprimer, tout en cherchant à en exhumer d’autres.

Certaines choses semblent quelque peu fantastiques mais seraient à mon sens absolument réalisables

C’est lors de cette quête qu’il découvrira le site de Chelmno.  Corps enterrés puis déterrés par les futurs exécutés, brûlés puis réduits en poudre et réensevelis dans des clairières : toute l’horreur du massacre de masse sur un seul lieu.  Lors de la découverte de ces clairières redevenues paisibles (où loge un couple, dans une tanière enfouie dans la terre-sépulture!) à la fin des années cinquante, Thomas Harlan, devenu réalisateur, envisage un film sur ce lieu effroyable.  Film qu’il ne réalisera jamais (C’est Lanzmann qui s’y collera avec « Shoah »).  En naîtra un livre : Rosa.

entre les fils des bouchers et les fils des victimes, il n’y aurait aucun pont.

Déconstruisant les fils de sa culpabilité, Thomas Harlan prend appui sur l’histoire de Rosa (cette femme habitant dans la parcelle 77 de Chelmno) pour montrer qu’elle ne peut trouver un terme et servir que si on prend le temps d’exhumer complètement ce qui la fonde.  Il n’y a de coupable que s’il y a crime.  Et nier la réalité d’une culpabilité revient, in fine, à enterrer le crime.

il me semble que les crimes ne peuvent être commis que parce que ceux qui les ont précédés n’ont pas éclaté au grand jour.

S’il déconstruit, Thomas Harlan, ne le fait pas en aménageant la confusion qui sourd des événements.  Au contraire, la confusion en étant une part constituante, elle ne peut être organisée, lissée dans un récit classique, sans altérer la vérité de ceux-ci.  Les voix des « personnages », des témoins, de leurs rêves, des presque-morts qui hantent le récit s’enchevêtrent avec les souvenirs des narrateurs, les documents d’archives.

moi & mon désir irrésistible, mon besoin de te laisser dans la confusion toi lecteur, de te laisser en suspens sur qui « je » fus, qui parlait, qui disait « je », qui disait « je » à qui

A la fois quête de la responsabilité, affirmation de l’obligation de mise à jour de la culpabilité, et recherche de construction d’un être, Rosa s’avère aussi et surtout être une extraordinaire et radicale recherche de la langue à même d’extirper du sens de cette horrifiante confusion.  Langue dont le rôle est de faire contrepoint à celles, glaciales, de l’administration de la mort. Langue qui ne peut advenir, par delà son besoin cathartique, que lorsque le témoin de la mort des autres a vu trop de morts et ne peut plus garder pour lui cette vision.

Thomas Harlan, Rosa, 2015, L’Arachnéen, trad. Marianne Dautrey.

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« La fabrique d’absolu » de Karel Capek.

Fabrique d'absoluEn 1940 (La Fabrique d’absolu fut écrit en 1922, donc oui, nous sommes bien dans un roman d’anticipation), l’ingénieur tchèque Marek invente une machine qui, en fragmentant parfaitement les atomes, parvient à transformer entièrement toute matière en énergie, cela sans restes ni déchets.  Il l’appelle le carburateur.  Grâce à sa découverte, un seul seau de charbon parviendra alors à éclairer tout Prague pendant des mois, à chauffer la Tchéquie pendant des jours, à faire tourner ses fabriques de métaux des heures entières et cuire votre bramborak de la semaine.  Fasciné par son invention, mais surtout effrayé par ses conséquences, il en confie la commercialisation à un ami d’enfance devenu industriel, G.-H. Bondy.  Qui s’empresse d’inonder le monde entier de carburateurs.

Imagine donc, répéta Marek, que l’Absolu est contenu dans la matière, en quelque sorte à l’état latent, mettons comme de l’énergie inerte, prisonnière ; ou bien tout simplement que Dieu est omniprésent, qu’il est par conséquent présent même dans la matière et dans chaque molécule de la matière.  Et maintenant, imagine que tu détruis complétement un morceau de cette matière apparemment sans reste, sans déchet.  Mais alors, étant donné que chaque matière est en fait Matière + Absolu, tu as détruit seulement la matière et il te reste un déchet indestructible : l’Absolu pur, libéré, actif.  Il te reste un résidu chimique indécomposable, immatériel, qui n’a ni spectre, ni poids atomique, ni affinités chimiques, ni loi de Mariotte, rien, rien, absolument rien des propriétés de la matière.  Il est resté du Dieu à l’état pur.

Qu’est ce que l’abondance?  Et celle-ci est-elle souhaitable?

Mais l’homme a besoin de tout, sauf de l’abondance illimitée.

Qu’est ce que l’absolu?  Et l’atteindre est-il enviable?

Il est évidemment impossible d’introduire Dieu dans le monde sans des conséquences du tonnerre de Dieu.

Fondant dans un même moule la concrétisation de deux des recherches les plus essentielles de l’être humain depuis qu’il se sait doté de ce nom, l’abondance et l’absolu, Karel Capek érige un roman qui résonne à nos oreilles comme un réel sans cesse sur le point d’advenir.  Alors que la technique ne cherchait à atteindre que l’abondance (ce pis-aller depuis longtemps de l’Absolu), c’est (oh surprise) cet Absolu même que la technique fait advenir.  Et très vite, dans cette fable grinçante et implacable mais délicieusement clairvoyante, se dévoile ce terrible constat : l’Absolu, c’est bien mieux d’en avoir soif que d’en boire le calice jusqu’à la lie…

Nous autres savons évidemment que, dans quelques décennies, on réussira à faire une guerre encore plus grande, car même dans ce domaine, l’humanité ne cesse de progresser.

Karel Capek, La Fabrique d’absolu, 2015, La Baconnière, Trad. Jirina & Jean Danès.

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De l’hameçon!

couteauxComme nombre de commerçants, nous sommes sans cesse « invités » à répondre à des agences, des magazines, se proposant, moyennant plus ou moins ouvertement finance, de « faire votre publicité ».  Comme la plupart, nous ne nous donnons pas la peine d’y répondre.  Trouvant la dernière sollicitation un peu plus gratinée que la moyenne, nous décidâmes de « mordre à l’hameçon »…

 

Sent: Thursday, February 12, 2015 4:48 PM

To: undisclosed-recipients:

Subject: ELLE Décoration Hors-Série JUIN

 

 Bonjour,

Je suis Eve, responsable commerciale du magazine ELLE Décoration.

Je souhaiterais tout particulièrement vous proposer de paraitre dans notre « Promenade à bruxelles ».

En effet, le 13 mai prochain annonce la sortie tant attendue du ELLE Décoration Hors-Série de juin et sa superbe promenade déco à Bruxelles !

Au programme, les boutiques les plus tendances, les plus beaux restaurants et les plus belles adresses trendy de Bruxelles.

Rejoignez notre superbe dossier aux conditions exceptionnelles de la promenade, tout en profitant du tirage unique du Hors-Série !

En effet, en juin et en décembre, paraît le ELLE Décoration Hors Série 100% belge (160 pages belges) avec un tirage exceptionnel de 63 000 exemplaires, soit plus de 350 000 lecteurs ! Il sera également blisté avec les magazines ELLE Belgique, Psychologie et ELLE Décoration France vendu en Belgique ainsi que dans les premières classes du Thalys, Eurostar et Brussels Airlines.

Le ELLE Déco vous propose :

 

1/1 page de publi-rédactionnel : 1.850 € htva

1/2 page de publi-rédactionnel : 950 € htva

1/4 page de publi-rédactionnel : 650 € htva

Un tiré à part vous sera également offert en 50 exemplaires !

Ce prix comprend la rédaction du publi-reportage, la mise en page, l’impression du tiré à part et 50 exemplaires par participant. Des photos en haute définition de qualité doivent nous être remises par vos soins. La mise en page est basée sur un concept initié par Paris, que nous reproduisons avec des adresses belges.

Ci-joint vous trouverez un exemple de promenade.

Dans l’attente de vous lire, je vous souhaite une agréable journée.

Je reste à votre entière disposition si vous avez la moindre question.

Bien à vous,

Eve

Bouclage : 17 avril 2015

Sales Manager

ELLE Belgique – ELLE Décoration

Art&Décoration – Elle.be

 

Sent: Friday, February 13, 2015 10:53 AM
To:
Subject: Re: ELLE Décoration Hors-Série JUIN
Bonjour chère Eve,
Il va sans dire que votre mail nous intéresse grandement. Nous proposer l’opportunité de nous faire connaitre à votre lectorat est bien entendu très alléchant.
Le prix proposé en revanche l’est moins.
Consentiriez-vous un prix moins élevé eu égard à notre particularité culturelle.  Je pense en effet que faire figurer une photo de notre façade dans votre magazine vous permettrait peut-être (si besoin en était bien sûr) de compléter voire de gagner une légitimité culturelle.  Ce dont votre lectorat vous serait redevable.  Ce dernier pouvant alors désormais légitimer la lecture de Elle par des dehors, des apparats, d’ordre culturels…  Et, comme l’on sait, paraître n’est pas rien!
Je ne sais si je me suis bien fait comprendre, mais une réduction de ce peu que nous vous apporterions en terme de crédibilité ne me semblerait pas éhontée.  Une sorte de win-win en somme.
Merci de votre réponse.
Emmanuel.

 

From:
Sent: Friday, February 13, 2015 11:24 AM
Subject: Re: ELLE Décoration Hors-Série JUIN
Bonjour Emmanuel,
Je suis tout à fait d’accord avec vous… Ne pas vous avoir dans notre promenade sur Bruxelles serait vraiment dommage !
Dites-moi sur quel format vous souhaiteriez paraître et je vous promets de vous proposer une belle offre.
Belle journée
Bien à vous,
Eve
Sent: Friday, February 13, 2015 14:33 AM
To:
Subject: Re: ELLE Décoration Hors-Série JUIN
 
Bonjour,
Merci pour votre célérité.  Une double page avec rabats me semblerait assez convenir avec notre mégalomanie.
A voir en fonction du coût, cela va soi, notre compte en banque n’étant pas à l’aune de notre mégalomanie.
Qui plus est, au plus grande notre photo dans votre magazine, au plus important votre gain de crédibilité!!!
Belle journée itou.
Emmanuel.
From:
Sent: Friday, February 13, 2015 16:25 AM
Subject: Re: ELLE Décoration Hors-Série JUIN
Emmanuel,
 
Une parution en double page serait avec grand plaisir, malheureusement nous ne pouvons dans ce dossier, proposer de « rabats ».
La mise en page étant basée sur un concept initié par Paris, que nous reproduisons avec des adresses belges.
 
Je peux vous proposer au meilleur prix la double page 2/1 au tarif de 2.200 € htva.
 
Pour une 1/1 pleine page, je peux également vous descendre le prix jusque 1.450 € htva.
 
Qu’en dites-vous ?
 
Belle journée
 
Eve
Sent: Friday, February 13, 2015 17:54 AM
To:
Subject: Re: ELLE Décoration Hors-Série JUIN
Chère Eve,
Quand bien même nous forçâmes le trait, force (aussi) nous est de constater que vous ne décelâtes pas l’ironie de notre propos.
Ayant autre chose à faire que nous moquer facilement, et supposant que vous avez aussi mieux à faire que répondre sans cesse à des mails d’un petit rigolo qui cherche juste à se payer votre tête, nous prîmes la décision d’écourter cette duperie.
Pourquoi ce ton moqueur?  Quelles raisons à cette ironie, vous dites-vous certainement?
Ma foi, nous pourrions gloser à l’envi sur les conditions de façonnage d’une “presse” qui, sous prétexte de renseigner, de guider un chaland, de l’emmener dans Bruxelles s’y promener librement, compose en fait un vaste chant (oui oui un chant) au tout à l’espace commercial.  Ce type de “presse” ne s’enrichit finalement que sur la confusion qu’elle entretient (subtilement croit-elle) entre presse (remarquez ici l’absence de guillemets) et dépliant publicitaire (fut-il épais).  Le second prospérant malheureusement sur le corps putride du premier.
Nous nous limiterons à vous faire remarquer que votre technique de hameçonnage souffre des faiblesses inhérentes à ce type de procédé.  Vous pouvez retirer votre ligne avec, pendant mollement à son bout, le bout de vers que vous y aviez cruellement crucifié, se frétillant encore de tout son agonisante vigueur, ou alors une baleine (un pigeon idéal quoi), un hareng (bah, mieux vaut ça que rien), ou alors un espadon.
Quand on hameçonne, on tombe parfois sur un poisson qui vous emmène en eaux troubles.
Des bises.
PS 1 : Oui, nous adorons les subjonctifs imparfaits (au point d’en mettre n’importe où)
PS 2 : Notre nous est un nous de politesse (et aussi un peu de mégalomanie).  Mais en fait, nous sommes un je…
PS 3 : ON N’A RIEN A F. DANS UN TRUC “DECO”!
A cette heure, nous sommes sans nouvelles de Eve…

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« Sunny girls » de Sandra Moussempès.

Sunny girls

Le trop est-il l’ennemi du poème

Comme le peu est son histoire débattue

La poésie de Sandra Moussempès est un peu à l’image d’un mouvement brownien.  Ainsi le recueil semble t’il moins posséder un mouvement propre, déterminé à l’avance, tel un but à atteindre, que celui-ci ne serait du aux multiples chocs, presque aléatoires, des particules qui le composent.

C’est aussi le propre du poème d’être une prouesse visionnée.

Hétérogènes, les formes qui s’y mêlent empruntent à des horizons très divers.

les poèmes sont les photographies écrites des échanges de pensées.

Qu’elle l’origine dans le son ou l’image, choisissant parfois de pervertir des formes dites classiques, Sandra Moussempès se propose moins d’ancrer quelque chose de bien défini dans le poème que chercher sans cesse à dire ce qui lui échappe.  Sa poésie se veut comme recherche.

(Restituer n’est pas le poème)

Mais cette recherche n’est pas celle d’un « comment dire les choses au plus près » illusoire et stérile. Que son matériau de départ soit sonore ou visuel (vidéographique), la parole poétique ne se borne ici jamais à « apporter » ce qui est vu ou entendu.  Elle l’apporte au lecteur, le lui dit, certes.  Mais en ayant conscience qu’elle transforme le matériau initial par sa médiation.  Sa poésie démontre que toute parole qui vaut, vaut aussi par la prise en compte de ce qui pèse forcément sur elle.  Et cette conscience d’elle-même, qui rappelle que le doute de l’écriture et de qui écrit est une des fatalités inhérentes à l’écriture, génère un vertige salvateur.

je m’interroge et ma réponse est une question qui devient le remake de ma précédente vie supposée, suivez le son qui sort de mes lèvres en différé suivez ce qui en sort en pensée, pensez-vous alors que l’on peut devenir une personne qui reviendra que l’on peut revenir en pensée dans la pensée de ceux qui nous questionnent?

Sans faire de l’écriture son seul centre, sa chambre close, son entre-soi, la poésie de Sandra Moussempès explore les horizons du déjà-vu (Je dois m’y reprendre à plusieurs fois pour obtenir une impression de déjà-vu), des limites de la perception, avec une acuité ressentie comme tour à tour ludique et émouvante.  Et, bien plus qu’elle ne questionne les rapports entre réel et l’imaginaire en passant de l’un à l’autre, elle en investit résolument et brillamment l’entre-deux.

Pourrait-on accepter que ce poème modifié à plusieurs reprises ne reflète pas davantage mon visage pendant son écriture?

Sandra Moussempès, Sunny girls, 2015, Flammarion.

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La moitié du fourbi.

moitié du fourbiLe monde de la revue est un monde un peu bizarre.  Alors que peu de lecteurs disent en lire, que les libraires se plaignent de ne pas en vendre, que les chiffres démontrent clairement que c’est une des plus sures façons de se suicider financièrement, hé bien, il s’en crée sans cesse de nouvelles!  Naïveté?  Désespoir? Inconscience? Un peu de tout cela sans doute.  Alors vous pensez, quand on nous en annonce une nouvelle, on grince un tantinet des dents, on soupire un peu, on lève les yeux au ciel.  Avant de s’obliger soi-même à un peu de candeur.  Et de dire oui, benoitement.  Et de passer commande.  Souvent, il faut bien l’avouer, on est déçu.  Et puis, rarement, mais légitimant notre candeur, on en ouvre une qui ne semble pas trouver sa seule cause dans l’envie onaniste des contributeurs de voir leurs noms imprimés.

Un fourbi est un ensemble d’objets hétéroclites, cela connoté négativement.  Un peu un foutoir, en somme.  Un brol, un bric-à-brac, un ensemble de rebus.  Mais un fourbi c’est aussi l’ensemble de l’équipement d’un militaire.  La moitié d’un fourbi serait donc la moitié d’un ensemble de trucs mis au rebus, une baïonnette sans le fusil, une sorte de moitié-de-pas-grand-chose, un un-peu-plus-qu’un-moins-que-rien…  En bref un truc bizarre divisé en deux utilisable militairement…

S’articulant dans ce premier numéro autour de ce que suppose, sous toutes ses coutures, le fait d’écrire petit, cette moitié tente (et y réussit, une fois n’est pas coutume) d’explorer d’un thème les chemins de traverses, les friches, voire les impasses. Bref ces voies que l’on délaisse d’habitude, un peu par confiance en les avenues déjà tracées, un peu par paresse.  On s’intéresse donc à l’écriture de Walser, à celle de Michaux, mais aussi à l’amas des mails collectés et passé au tamis par la CIA lors des quelques heures qui ont précédés et suivis les attentats de New York en 2001, on s’interroge sur la petitesse de l’écriture de Werner Herzog relatant ses aventures dans la jungle, on explore ce qu’une autre écriture, celle de l’informatique, peut apporter comme concision dans « Albertine disparue », on s’intéresse aux carnets, recouverts d’une écriture minuscule, laissés par Monsieur M, un illustre inconnu, on interroge brièvement les abréviations de pierres tombales…

La moitié du fourbi n’assène aucune certitude.  Elle ouvre des chemins, crée des appels d’air.  Elle arme.  Elle astique.  Et c’est bien.

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« Le Meilleur » de Bernard Malamud.

le meilleur_ret.indd« Moi je joue de la batte, c’est ça ma musique. »

Alors qu’il n’est qu’un tout jeune lanceur de base-ball n’officiant dans aucune compétition officielle, Roy Hobbs est repéré par un recruteur qui le persuade de le suivre à Chicago.  Bercé par l’espoir de réussir une grande carrière, le jeune prodige le suit.  Mais sur sa route, il croise Harriet Bird qui interrompt brutalement cet avenir brillant.  Longtemps après lui sera donnée à nouveau l’occasion d’accomplir la destinée dont il rêvait.

Tout est question de mental.  C’est ce qui fait tourner le monde.

A le lire seul, sans aucun filtre, Le Meilleur se présente comme le récit d’un « american dream » contrarié.  Dont le protagoniste doit combattre qui l’en détourne et avant tout la fatalité.  Le roman de Malamud serait alors une sorte de conte moral dont la forme, artistement ciselée sans doute, mais très classique, renverrait à une structure éthique elle-même très classique, très duale.

Il avait d’abord cru que l’argument du bien par le mal pouvait se défendre.

Ce serait cependant occulter le filtre « mythologique », discrètement agencé, certes, mais bien présent, qu’y adjoint l’auteur.  Par une seule remarque, placée en début d’œuvre (la question « Avez-vous lu Homère? » posée à brûle-pourpoint à Roy Hobbs par Harriet Bird), Malamud place en effet son récit dans une illustre continuité, l’enserre dans une tradition dont il distille les références avec parcimonie et discrétion.  Parcimonie et discrétion faisant elles-mêmes partie de l’effet recherché.

il se trouva qu’une dame qui habitait le sixième étage d’un immeuble donnant sur le stade était en train de nettoyer la cage de son canari vers la fin du match, que les Knights menaient gaillardement, lorsque l’oiseau s’échappa comme une fusée par-dessus le terrain.  Roy, qui attendait sa dernière balle, vit un objet venir vers lui dans la lumière rasante, et il sauta très haut pour le bloquer dans son gant.  Il dut jeter le tas de plumes sanguinolentes dans la poubelle du clubhouse.

Le joueur de baseball est cet être autre que nous, ce héros des temps actuels, cet exemple, ce modèle.  Et ce modèle auquel tendre offre aussi, par les comparaisons que l’auteur dessine avec la tradition dans laquelle il insère le récit, un autre modèle, celui de notre époque.  Le lien que nous entretenons avec ce que nous présentons comme l’exemple à suivre en dit beaucoup sur les temps qui bâtissent son piédestal.  Si Malamud s’intéresse ainsi à ce que l’époque présente comme le meilleur, c’est pour nous confier (discrètement, presque comme en aparté) que ce meilleur, cet exemple posé en garant du bien, sous peine d’être engoncé à jamais sous la férule de son inaccessibilité, nous nous devons de le comprendre.  Et que ce modèle, avant de s’en inspirer, d’y aspirer, nous devons, alors que sa définition (puisqu’il est un idéal) en fait l’intemporel même, en saisir la relativité.

-Oui, c’est leur rôle aux grands, d’être les meilleurs.  Et nous, il faut que nous comprenions ce qu’ils représentent, et que nous prenions modèle sur eux.

Bernard Malamud, Le Meilleur, 2015, Rivages, trad. Josée Kamoun.

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« Besschop(s) » de David Besschops.

Besschopsécrivain je métamorphose l’obsession

Cette phrase, que tout éditeur devrait obligatoirement soumettre à tout écrivain osant lui apporter un manuscrit (et cinq fois, d’affilée, à l’écrivain « d’autofiction »), qu’elle figure dans un livre dont le matériau est le vécu de l’écrivain démontre du moins que cette question de la métamorphose en fut un enjeu.  A l’heure où toujours plus de cornichoneries autofictionnelles abreuvent les librairies en liquidités, rappeler les quelques évidences qui suivent (et que cette seule phrase plus haut met en exergue) nous semble on ne peut plus sain.  « Auteur », ton vécu ne m’intéresse pas.  J’en ai un.  Tes obsessions, encore moins.  Les miennes me suffisent.  J’ai aussi des morts dans ma famille.  Des cancers, des suicides, des arrêts cardiaques.  Des vieillards dépendants, des enfants drogués, des tontons incestueux.  Et, en fouillant pas si loin, je peux bien trouver dans mon passé apparemment sans tâche, des traumatismes, des envies, voire des actes, à faire pâlir un sadien sous amphèts.  Et l’exposition à nu des raisons qui ont guidé ta main vers l’encrier ne m’intéressera que dans la mesure où tu t’es posé, toi, les questions de quoi en faire avant de me les donner à lire.

Ecrit-il pour reprendre le collier ou mériter la place du chien.

L’écriture est catharsis, sans doute.  Et il ne revient pas au lecteur de juger la valeur d’apaisement que peut générer l’onanisme scripturaire, ni la tentative qu’elle suppose de reprise en main (ou non) de l’existence de qui s’y livre.  Le lecteur n’est ni le psychologue, ni le divan (oufti!) de l’auteur.  Il est le juge de sa chose écrite.

berge du dire au fil de l’eau clair déversoir roman rame

Contrairement à l’écriture cathartique qui « sert » l’auteur, l’aide (ou pas) à « affronter » cet entrelacs d’événements qu’il nomme sa vie, ici, c’est l’événement qui sert l’écriture.  La vie est le matériau auquel puise David Besschops et dont il tire un résultat qui n’est plus sa vie.  Mais bien une écriture.

Quant à ce qu’il qualifie présomptueusement de style c’est une patte que je lui ai fracassé à la naissance Son boitillement est infime d’accord mais omniprésent – surtout à l’encre

Dans ces paroles de Besschop(s), qu’elles émanent du père, de la mère ou du fils, c’est bien d’un boitillement dont il s’agit, non point physique, ni « vécu », mais de celui d’une écriture, sublime, qui se crée pour l’appréhender.  Alors oui, certes, le vécu de l’auteur (qu’on aime à trouver parfois sordide, parfois à hurler de rire), on y retourne forcément.  Mais par les achoppements de son écriture, il se découvre à lire autre que la simple confrontation des faits.  Métamorphosé, mué en autre chose.  Là où la seule confrontation avec les faits, leur seule exposition, ne permet qu’un ressassement tautologique étouffant, leur mutation en écrit leur ménage une sortie vers un ailleurs.  Elle transforme le confort pépère de la confession en œuvre.

Apparemment il décoche ses phrases en espérant qu’elles transpercent le temps à rebours comme des flèches Mais pour aller se ficher où

Dans tout lecteur attentif…

David Besschops, Besschop(s), 2015, L’Âne qui butine.

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