« L’infinie comédie » de David Foster Wallace.

Infinie comedieIl pensa très généralement aux désirs et aux idées que l’on contemple sans les mettre en pratique, il pensa aux pulsions qui, privées d’expression, sèchent et se dissipent sèches, songea que d’une certaine manière cela avait un rapport avec lui, avec les circonstances et avec ce qui, si cette éreintante ultime orgie à laquelle il se préparait ne résolvait pas le problème, devait être sûrement appelé son problème, mais il n’eut pas le temps de concevoir en quoi l’image de pulsions desséchées se dissipant par dessiccation se rapportait à lui ou à l’insecte, qui était rerentré dans le trou du support anguleux, parce que, à ce moment précis, son téléphone et le buzzer de l’interphone retentirent simultanément, si sonores, si cruels, si abrupts qu’ils percèrent un petit trou dans le grand ballon de silence coloré à l’intérieur duquel il attendait assis, et il alla d’abord vers la console téléphonique, puis vers le bouton de l’interphone, puis tenta plus ou moins d’aller vers les deux à la fois, si bien qu’il demeura planté, jambes écartées bras en croix comme si quelque chose avait été jeté, écrabouillé et enseveli entre les deux sonorités, la tête vide de toute pensée.

Debord pensait la société du spectacle advenue, déjà parfaitement réalisée. Oui, mais voilà, Debord n’avait pas lu Infinite Jest! Non seulement le chef d’oeuvre de Wallace n’avait pas encore été traduit (traduction qu’il a fallu attendre 17 longues années), mais pas même encore composé avant la mort du situationniste en 1994. Il avait donc deux solides excuses. S’il avait pu le lire, gageons qu’il eût revu son constat.

Comment faire pour ne pas être 130 personnes profondément seules qui vivent en promiscuité.

Dans ce roman fleuve de 1486 pages (écrit tout petit), nous suivons – entre tant d’autres – les destins de trois personnages principaux. Marathe est un A.F.R. (Assassin en Fauteuil Roulant), traître à sa nation, et engagé dans la quête d’une arme absolue ; Hal Incandenza est un jeune tennisman surdoué, fils d’un célèbre cinéaste, qui suit un enseignement spécialisé dans une école de tennis de Boston ; Don Gately est un ancien drogué au Démérol engagé comme employé-résident dans un centre de désintoxication. Le Mexique, le Canada et les U.S.A ont depuis longtemps fusionné au sein d’un ensemble dénommé O.N.A.N (sisi). Le Québec fait seul figure de sécessionniste. Un enjeu géostratégique majeur est l’appropriation de terrains destinés à accueillir les déchets de la super-nation. Tout le monde, à des degrés divers, est sous assuétude. Le culte de l’excellence et la sur-consommation sont devenus des normes incontestées. Le temps est sponsorisé (ainsi suivons nous ces personnages principalement lors de « l’année des sous-vêtements pour adultes incontinents Depend »). La télévision a été remplacée par le téléputeur, omniprésent moyen technique qui permet à chacun de regarder un choix infini de cartouches de divertissement. C’est dans ce contexte qu’est découverte une mystérieuse cartouche, réalisée par James Incandenza, le père de Hal, dont les effets (ceux de la cartouche) sont de plonger qui la regarde dans un état de dépendance absolu. Une fois visionnée, le seul objectif du spectateur se limiterait à la regarder encore, et encore, et encore. En niant tout le reste, jusqu’à ses propres besoins corporels. L’arme absolue…

C’est vous qui acceptez de vous laisser agréablement divertir. C’est bien un choix, non? Le droit sacré du spectateur, un choix libre, non? Oui?

Dans ce monde médicamenté, d’où tout transcendant est supprimé jusqu’à n’en avoir plus même laissé le pâle souvenir, c’est le choix seul qui, à force d’en être rabâché comme un de ses éléments essentiels, a pris la place de la liberté. Si être libre c’est avoir le choix et ne plus qu’avoir le choix, la liberté se réduit rapidement à choisir son assuétude. Jusqu’à ne plus pouvoir sen dépêtrer. Jusqu’à rechercher, en toute liberté, celle qui nous libérera – suprême et terrifiant paradoxe –  d’avoir à choisir.

Votre choix se résume à ceci : le plaisir de ne pas choisir.

L’horreur sans nom du monde peint par D.F.Wallace ne tient pas à son étrangeté. Mais bien au rapport intime qu’il entretient avec le nôtre. Certes univers baroque dont l’exagération est érigée en paradigme – où les gens se suicident au micro-ondes ou au broyeur à ordures, où on ne se parle plus mais « interface », où brimer les enfants dès leur plus jeune âge est une technique éducative reconnue – ce monde nous paraît être le nôtre parfaitement réalisé, sa prolongation la plus démesurée, mais aussi sa plus naturelle.

Mais par delà cette redoutable – et peut-être propitiatoire – analyse d’un monde sans repère, c’est surtout à une extraordinaire et subtile comédie humaine que nous convie l’auteur culte. Entre rires de terreur émue et larmes d’ironie, cette infinie comédie n’est rien d’autre qu’une des expressions les plus troublantes de la solitude qui nous définit tous. L’insoutenable de la condition humaine et ses risibles – car vains, toujours vains – efforts pour s’en extirper ou s’en contenter.

Aucun instant n’est insupportable, pris séparément […]. Ce qui est insoutenable, c’est l’idée de tous ces instants mis bout à bout, tous ces scintillements qui s’étendent devant lui à la file.

L’infinie comédie est bien aussi ce jet continu, cette glose sans fin par laquelle un être humain entretient désespérément un fragile et illusoire contact avec un autre être humain. Un personnage avec un autre. Un auteur avec un lecteur.

Pour résumer ce dont nous parlons ici, c’est de solitude.

Vous êtes seul. Vous allez mourir. Voilà deux raisons suffisantes pour lire cet éreintant chef d’oeuvre…

David Foster Wallace, L’Infinie Comédie, 2015, L’Olivier, trad. Francis Kerline.

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« Merci » de Pablo Katchadjian.

merci couvpourraient-ils ensuite arrêter d’être soldats? Ils chercheraient à convertir cette fonction en identité et par conséquent à continuer de se battre même quand l’ennemi aurait disparu. « L’ennemi ne disparaît jamais », me répondit Ninive.

Enfermé dans une cage en bois avec deux cents compagnons d’infortune, un esclave arrive dans une île.  De belle constitution, il est rapidement acheté par Hannibal, un maître local.  Ce dernier, assez libéral dans sa conception de leurs rapports, semble traiter son nouvel esclave avec la plus profonde humanité.  Tout en lui confiant la tâche la plus abjecte à laquelle un être humain puisse être confronté…

Trouvant des appuis auprès d’autres serviteurs, notre esclave deviendra l’artisan d’une révolte dont les conséquences le déborderont rapidement.

j’avais dû subir d’insupportables humiliations qui m’avaient incité à entreprendre une quête de liberté dont l’aboutissement avait été leur libération

Jouissive réécriture de la métaphore hégélienne du Maître et de l’Esclave, Merci déploie l’éventail des questions que soulève celle de la liberté.  N’est-elle pas in fine, parfaitement  réalisée, qu’un autre pan de la contrainte ?  Son principe même ne l’empêche-t-elle pas de prétendre à l’universalité ?  Peut-elle être imposée ?  Et puis, une fois cette liberté acquise, qu’en faire ?

il nous suffirait de faire les choses correctement pour que la cendre ne progresse pas.

Mais surtout, se dotant de moyens formels neufs, l’auteur parvient à inclure génialement et en toute simplicité le lecteur dans le foisonnement de celles-ci. Arrêts abrupts de la narration, répétitions de pans entiers du récit, si ces « expédients formels » sont décelables dans le récit et lui donnent bien une « teinte axiomatique », ils n’en sont jamais démonstratifs, car venant en soutien direct de l’efficacité du récit.  Ainsi du suspense qu’il parvient à instiller chez le lecteur et qui, résultant de sa propre mise en scène, questionne directement les rapports que ce suspense suppose entre qui raconte et qui lit. Comme entre qui dirige et qui suit… En contant celle de maîtres et d’esclaves, Pablo Katchadjian, nous livre l’histoire intemporelle de la lecture et nous pose cette question essentielle : « Lecteur, ta lecture est-elle libre ? »

Plutôt morts qu’esclaves!

Pablo Katchadjian, Merci, 2015, Vies Parallèles, trad. Guillaume Contré, imprimé & découpé par Schaubroeck en Belgique, broché par Sepeli en Belgique.

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« Achab (séquelles) » de Pierre Senges.

Achabil y a toujours une rive, quelque part, pour permettre à un survivant de faire le récit du naufrage.

De même qu’on ne connait de Moby Dick qu’un (ou une) Moby Dick chassé(e) par un certain Achab, on ne connaît d’Achab qu’un Achab obsessionnel chasseur d’une baleine. Ni avant Péquod, ni après épisode mammifère marin, ni Achab enfant tétant le sein maternel, ni Achab vieillard contant ses pérégrinations au coin d’un feu allumé pour ce faire. D’aucuns prétexteront que la dernière vision rapportée d’un Achab crucifié sur le dos d’une baleine blanche avant que celle-ci ne plonge sous les flots ne plaide pas en faveur d’un « Achab après Moby Dick », d’autres que la crainte et le respect qu’il inspire aux marins du péquod ne s’accommodent que fort peu d’un Achab au hochet. Et pourtant! Ne passerait-on pas à côté de l’essentiel? Car, pour celui qui n’est présenté que comme l’outil de sa propre obsession baleinière, n’est-il pas précisément judicieux de chercher ce qu’il fut avant et après? Et de se poser cette question universelle : qu’est ce qu’une vie dépourvue de cétacé?

la permanence des choses n’est plus une dérisoire forme d’éternité, elle est l’insistance nécessaire afin de mettre au jour, allez savoir, des vérités ignorées jusque là à notre corps défendant, mais qui, c’est à parier, ne nous rendront pas meilleurs.

On apprend ici (merci Pierre Senges) qu’Achab fut liftier, prêtre, comédien, qu’il rencontra (de bien des manières) Francis Scott Fitzgerald, Fred Astaire, Melville (himself), ou Orson Welles, qu’une baleine, de chassée peut devenir inépuisable chasseresse, et l’on répond précisément et entre autres aux questions suivantes :

– Que manque t’il à un ascenseur pour être un véhicule?

– Où poser son regard dans ce même non-véhicule bondé?

– Quel « to be » et quel « not to be » exprimer dans le fameux « to be or not to be »?

– Comment survivre münchlausennement?

le retour des mêmes paroles est l’amélioration des paroles de la veille

Toute littérature est palimpseste, ornement, commentaire, et commentaire du commentaire. Plutôt que prétendre y ajouter, comme en douce, l’air de rien, une pierre à une construction, Pierre Senges sculpte à même l’édifice. Nulle feinte ou prétention d’achèvement chez lui, juste une littérature qui s’affirme comme reprise et reprise de reprise et reprise de reprise de reprise. Une drôle, subtile et – ô combien! – jouissive arabesque.

quand la baleine se pique à un oursin, la douleur est si lente à traverser son corps immense, elle lui parvient sous forme de nostalgie.

Pierre Senges, Achab (séquelles), 2015, Verticales.

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« Extrêmes et lumineux » de Christophe Manon.

extreme_et_lumineux-168x264L’art du fragment – on l’a déjà dit maintes fois, on se répète – sert souvent plus à camoufler une carence qu’à réellement étoffer un propos. Dans l’incapacité de trouver un liant, il permet d’en camoufler l’absence sous l’appartenance à un « style », une « technique », une « tradition ».  Le fragment est excuse ou prétexte là où il devrait être question.

repre

nant inlassablement les mêmes passages, corrigeant, amendant, modifiant, ajustant, ajoutant, supprimant, essayant dans un geste obstiné et presque vengeur d’épuiser la possibilité d’expression d’un souvenir, d’une réminiscence, d’un visage, d’une image, d’une sensation, d’émotions, de joies ou de tristesses, de réanimer l’imperceptible lueur d’une présence, comme tournant autour avec maladresse et imprécision sans jamais parvenir à les circonscrire, à leur donner l’épaisseur et le contour du réel, leur sens et leur saveur échappant irrémédiablement non seulement aux possibilités matérielles de la langue, mais aussi et surtout aux capacités du scripteur, mesurant ainsi son impuissance à revivre et faire revivre ce qui a été, toutes ces années passées maintenant, tous ces êtres disparus, chacun de ces instants révolus demeurant définitivement inaccessibles, émergeant de la conscience tels de vagues motifs sans relief difficiles à reconstituer et dont on peut douter de la validité, comme des ruines au cœur d’un paysage brumeux, fantasmes, fictions inconsistantes fabriquées avec le temps par sédimentation, car : comment se rappeler, comment être sûr de la réalité des faits

Qu’est ce qu’un souvenir? Comment émerge-t’il? Que penser des retours de certains?  Comment les dire?  Toutes questions au cœur de Extrêmes et lumineux.  Composé de fragments, de séquences – souvenir d’un tabassage, description d’une photographie, évocations d’étreintes sauvages, réminiscences d’un théâtre ambulant, etc… -, chacune commençant par la seconde moitié d’un mot dont la première achevait la précédente, Extrêmes et lumineux est très loin du Coq à l’âne abrupt.  Ces fragments sans points, brefs, s’ils s’arrêtent et commencent bien comme sur les bords d’un gouffre, comme dans la brutalité d’une coupure, suspendent le temps en leur sein.  Tissés de longues phrases, toutes en participe présent, les séquences de souvenirs paraissent comme suspendues, intemporelles, entre les arêtes coupantes d’un abyme.  Saisissant le lecteur dans ce contraste, Christophe Manon a compris que questionner le passé ne pouvait aller sans se saisir de la question de sa survenance dans le présent.  Ample, sublime, ce roman nous enserre dans une boucle à l’image de nos vies.  Dont l’écrivain doit moins s’affairer, en archéologue de son passé, à chercher une sortie – y en a-t-il une?- qu’à préciser, toujours mieux, chaque fois plus précisément, les strates que lui en laisse une mémoire cahotante.  Nos vies sont sans sortie.  Elles n’offrent pas de prises pour les saisir.  Mais dans leur espace clos demeurent des possibilités de superbement ressasser…

tout cela remonté à la surface, traîné, porté, charrié, imaginé, inventé, conçu, élaboré, trafiqué, mis en branle dans une sorte de frénésie à la fois douloureuse et jubilatoire, avec seulement un peu d’encre et du papier, comme si ces maigres matériaux suffisaient à pouvoir exprimer l’insaisissable mouvement de l’existence

Christophe Manon, Extrêmes et lumineux, 2015, Verdier.

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Ouin ouin…

LA JOLIE VACHEEn cette période un tantinet financièrement morne qu’est traditionnellement le mois de juillet, nous fûmes contacté – en tant que co-fondateur de Vies Parallèles – par le journal Le Soir dans le cadre d’une « enquête sur l’état de l’édition belge qui ne va pas bien et s’en plaint ». Diantre! nous dîmes-nous. Pfff! mwouarf! continuâmes-nous mi-ennuyés mi-goguenards. Mais le temps était à l’embellie, l’étape du Tour promettait d’être passionnante (quod non), nous lisions Wallace, nous étions donc de bonne humeur et répondîmes de bonne grâce…

Et nous découvrons aujourd’hui le papier sorti hier (on est lent, et aussi pas lecteur du Swâr – ce qui n’arrange rien). Dont nous vous permettons de lire la teneur gratuitement ci-dessous :

 

L’édition belge cherche sa place

Le livre: spécial Belgique

FLAVIE GAUTHIER
 Les ouvrages manquent de visibilité face aux Français

Comment se porte l’édition belge ? Pas très bien, en tout cas pour ce qui concerne la littérature d’après les récents chiffres communiqués par l’Association des éditeurs belges (Adeb). « La part de marché des ouvrages édités par des maisons d’édition belges reste stable en 2014 (28 %), constatait leur rapport rendu public en juin dernier. Mais leur poids est très inégal en fonction des secteurs. Dans trois cas sur quatre, les ventes d’ouvrages “belges” portent en effet sur des ouvrages universitaires, des livres scolaires, des bandes dessinées ou des livres juridiques.A l’inverse, les ventes d’ouvrages édités par des maisons étrangères (essentiellement françaises) sont, elles, très largement majoritaires dans le domaine de la littérature générale, dans le secteur du livre de jeunesse et dans celui des beaux livres et des livres pratiques. »

Si globalement, c’est toute la littérature générale qui perd de l’importance, les livres édités en Belgique ont du mal à trouver leur place face aux ouvrages des éditeurs français. « C’est sans doute lié à la difficulté de placer en librairie nos livres lorsqu’on est un petit éditeur, constate David Giannoni des éditions Maelström. Très peu de libraires arrivent encore à faire l’effort. La rotation est devenue de plus en plus rapide et donc les best-sellers sont privilégiés en rayons. Notre grand problème, c’est notre manque de visibilité auprès du grand public. Si vous faites un sondage dans la rue, vous demandez aux gens de citer des éditeurs belges, ils vont dire Casterman (mais ce n’est plus belge), peut-être Luce Wilquin et Racine. Les éditeurs français ont l’habitude qu’on parle d’eux. On a un rôle à jouer dans notre promotion. »

Financièrement les maisons d’édition belges n’ont pas non plus les mêmes moyens que leurs voisins. Rares sont celles qui peuvent se payer du personnel. Maelström fonctionne grâce aux bénévoles et aux subsides. Les éditions Weyrich sortent leur épingle du jeu avec sept employés. « Nous avons un chiffre d’affaires global en hausse. En littérature, nous constatons une progression constante de 3 % pour l’année 2014-2015 », souligne le fondateur Olivier Weyrich.

Un succès local pour cette maison qui édite des romans avec un ancrage wallon, mais aussi des livres historiques, sur le jardinage, le patrimoine, etc. L’éditeur explique que leur stratégie de distribution y est sans doute pour quelque chose. « Nous sommes très pro-actifs sur ce point. On distribue sur les points de vente où on est sûr de trouver nos lecteurs. Nous n’avons pas d’intermédiaire, on s’occupe nous-même de la distribution sur le marché belge et dans les librairies à la frontière française. »

Autre reproche souvent fait aux éditeurs belges : leur présence très limitée dans les autres pays francophones. La petite nouvelle bruxelloise Vies parallèles a fait le pari de publier chaque année trois titres distribués en Belgique, France, Suisse et Canada. « On s’est assurés d’avoir une distribution dans ces pays avant de se lancer », explique Emmanuel Requelle, le fondateur et également libraire chez Ptyx à Ixelles. L’ASBL mises sur la qualité plutôt que la quantité : «Nous nous intéressons fondamentalement à des textes essentiels, peu importe qu’ils soient belges ou non. » Par exemple, ils ont été les premiers à publier en français l’essai américain de John D’Agata et Jim FingalQue faire de ce corps qui tombe. La sortie du livre a suscité l’intérêt des médias français et belges. La stratégie payante ?

 

Contrairement à ce qui pourrait devenir une sournoise habitude, nous ne reprendrons que mollement ce qui fut fait de nos propos. L’article « Le livre : spécial Belgique » – à l’opposé de ce qu’eût pu donné à penser son titre – est court et ne permettait évidemment pas de reprendre l’entièreté de nos propos. On dira juste que nous fûmes un chouia plus incisif. Pour faire court, nous précisons juste que les termes « Subside indus », « Luce Wilquin », « Maelström », « Daube », « Nul », figurèrent plusieurs fois dans la même phrase (qui n’était pas si longue). Mais bref, contentons-nous de revenir sur les propos des autres…

 

– « C’est sans doute lié à la difficulté de placer en librairie nos livres lorsqu’on est un petit éditeur, constate David Giannoni des éditions Maelström. Très peu de libraires arrivent encore à faire l’effort. La rotation est devenue de plus en plus rapide et donc les best-sellers sont privilégiés en rayons.

 

Hum! Comment dire? Si on comprend bien l’argumentation (souvent reprise par d’autres éditeurs d’ailleurs), on peut tracer le schéma causal suivant : t’es petit éditeur + le libraire est un feignant + le Best Seller est un livre rotateur et très vendu = c’est tout caca pour l’éditeur. Voilà! C’est simple non?

Mais en fait, ça l’est beaucoup moins qu’il n’y paraît. Car on connait plein de « petits éditeurs » (et de bien plus petits que Luce Wilquin – 21 gaspillages de papier en 2014 – ou Maelström – 31 titres parus en 2014) pour qui l’avenir n’est pas aussi sombre que cela. Zones Sensibles, Héros-Limite, Le Tripode, Vagabonde (pour ne prendre que quelques exemples) publient bien moins, sont beaucoup moins (euphémisme) subventionnés et se plaignent bien moins. A tel point que nous en imposerions presque notre schéma propre : éditeur belge + beaucoup de subsides = ouin-ouin. Le « romantisme du ptit qu’on spotche » a la vie dure. Et s’il ne suffit pas à justifier le geignement, il est toujours bon d’y ajouter celui du « c’est la faute des autres ». Car, comme de bien entendu, si le « petit éditeur » n’est pas en librairie, c’est parce que le libraire, ce gros beauf feignasse à l’esprit embrumé par son seul leitmotiv – j’ai nommé le pognon -, ce jean-foutre prétendument lecteur, ce glandeur, ce vulgaire manutentionnaire de pages, ce furoncle sur la face de la littérature, ce ténia de l’édition ne veut pas faire d’effort. On lui rétorquera – en tant que libraire – que chez nous, comme chez beaucoup de nos confrères, on ne trouve pas beaucoup – voire pas du tout – de best-sellers. Si le « petit éditeur » plaintif n’y retrouve pas plus de titres de chez Maelström, ni de chez Luce Wilquin, peut-être – mais oh que ce peut-être soulève de questionnement, de remise en question et d’effort! – y faut-il voir des explications autre part que chez ce truc bien pratique nommé « l’autre »? Peut-être le « petit éditeur » n’est-il pas étranger au désamour qui le frappe? Peut-être est-il mal diffusé? Peut-être sa production abondamment subventionnée n’a t-elle que peu d’intérêt? Peut-être – on espère sentir ici le doute s’insinuer subrepticement dans l’esprit du « petit éditeur » – le « petit éditeur » n’est-il pas aimé car ce qu’il commet n’a aucune raison valable de l’être? Peut-être ce glandeur de libraire ne « place »-t-il pas les livres du « petit éditeur » dans ces rayons car il est vendeur de livres et non de daube? Peut-être, peut-être, peut-être… Ah ces ennuyeux « peut-être »! Alors qu’il est si simple de se lover dans ses rassurantes certitudes!

 

Si vous faites un sondage dans la rue, vous demandez aux gens de citer des éditeurs belges, ils vont dire Casterman (mais ce n’est plus belge), peut-être Luce Wilquin et Racine.

 

 

Nonobstant le « peut-être », nous trouvons cela plutôt rassurant…

 

« Nous sommes très pro-actifs sur ce point. On distribue sur les points de vente où on est sûr de trouver nos lecteurs. Nous n’avons pas d’intermédiaire, on s’occupe nous-même de la distribution sur le marché belge et dans les librairies à la frontière française. »

 

Rehum! Re-Comment dire? La contradiction inhérente à l’argumentation semble suffire à la démonstration de son inanité. Mais soyons didactique!

Utilisons ici non plus un schéma, mais une égalité simple : le « petit éditeur » pro-actif = le « petit éditeur » qui distribue là où il est sûr d’écouler sa marchandise dans des limites ne dépassant pas Wervicq-Sud… Un dynamisme pareil, avouons-le, ça fait rêver! Avec une telle audace replète, la Hollande serait un marigot infesté de moustiques de la taille du Vatican – la Hollande, pas les moustiques -, Bill Gates serait aujourd’hui champion régional de tic-tac-toe, et – oui, parfois, être mollasson ça a du bon – Adolf Hitler peindrait encore paisiblement des croûtes à Montmartre…

Allez, on arrête là. On a Alpe d’Huez!

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« L’ange exilé » de Thomas Wolfe.

Thomas Wolfe

Chacun de nous est la somme de tout ce qu’il n’a pas calculé : qu’on rende à la nudité et à la nuit et l’on verra naître en Crète il y a quatre mille ans l’amour qui mourut hier au Texas.

Publié en 1929, L’ange exilé fit scandale. S’ancrant dans la réalité douloureuse d’une Amérique en banqueroute, il jetait sur cette nation la lumière cure de qui ne prend pas les gants du conformisme fade pour l’éclairer. Vaste peinture d’un sud volontariste sortant de sa léthargie, on y suit la famille Gant, au travers du regard qu’y porte en secret l’un de ses jeunes membres, Eugène.

O perdu!

Alors que leurs enfants cherchent, chacun par d’autres voies, à échapper à leur emprise, la mère, Eliza, et le père, Oliver Gant (toujours nommé « Monsieur Gant » ou « Gant »), s’affrontent dans un combat dont la virulence ne trouve de pendant que dans sa baroque démesure. Fidèle servante de l’idéal capitaliste américain, Eliza parie sur le placement immobilier pour se sortir d’une misère qu’elle continuera à voir toujours plus grande alors qu’elle se sera estompée depuis longtemps. Oliver, lui, sculpteur de son état, n’a cure de la propriété, et s’oppose farouchement à sa femme, comme à tout ce qui peut justifier ses incessantes plaintes. Sur fond de réparties acerbes mais homériques, leur combat, que l’alcoolisme récurent de Gant vient renforcer, prend les teintes du mythe.

il marchait dans l’obscurité, la mort et les anges noirs volaient autour de lui, et nul ne le voyait.

Autobiographie voilée, L’Ange exilé est certes la peinture d’une époque et d’un début de destinée personnelle. S’y découvrent indirectement mêlés une Amérique en crise, empêtrée dans les contradictions de son modèle social, et des sujets perdus dans ces mêmes contradictions. Exilés d’un ailleurs qui peut être Dieu, la patrie, le père, la mère, jetés dans un ici-bas par une faute originelle, les convenances, la violence d’un autre, ou par ses propres craintes et atermoiements, tous semblent jetés d’une place qui leur était naturelle et dans l’impossibilité de s’en trouver une autre qui puisse entièrement les satisfaire. Comme une forme de réécriture du Paradis perdu de Milton, il s’insère dans cette tradition romantique de l’être déchu. Mais il est aussi une extraordinaire tentative d’écriture, que Faulkner lui-même n’hésitait pas à présenter comme la plus importante de son temps.

Dans les remous bruns du passé, sa vie s’enroulait comme la spirale d’un filament électrique ; c’est lui qui donnait vie, forme et mouvement aux innombrables sensations dont le hasard, un instant gagné ou perdu, une inclinaison de la tête, l’élan immense et aveugle de l’imprévisible, avaient alimenté le feu ardent de son être. Avec un éclat intense et rayonnant, son esprit faisait ressortir ces expériences infimes, et tout le reste n’en était que plus affreusement irréel. Et combien de ces sensations qui resurgissaient et ouvraient en lui, jusqu’à l’obsession, les horizons de l’imagination et du rêve, avaient été happées, au milieu d’un paysage tourbillonnant, à la fenêtre d’un train.

L’écriture de Wolfe parait être la directe retranscription d’un faisceau de la lumière. Plus précisément même que le compte-rendu scrupuleux de ce qui serait rendu visible par une source d’éclairage en fonction de sa progression, de ses hausses ou baisses d’intensité, l’Ange exilé donne l’impression d’être la source elle-même. Rendant une bribe de cette lueur tant désirée aux anges exilés que nous sommes, par la grâce des ses contrepoints, Wolfe a compris que peindre ne se fait pas avec des couleurs mais avec la lumière…

C’était comique. C’était pénible. C’était violent.

Nous avons été des exilés dans un autre pays, des étrangers dans le nôtre.

Thomas Wolfe, L’ange exilé, 2008, trad. Jean Michelet, L’Age d’Homme.

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« ‘j » de Caroline Sagot Duvauroux.*

'jSeul, donc, je, ne peut pas.

Prenons cette phrase, ce vers.  Voire même, en son sein, cette seule virgule séparant ce qui s’apparente à un pronom sujet « je » et le verbe nié qui le suit « ne peut ».  Retirons celle-ci et conjuguons « normalement » la phrase :

Seul, donc, je ne peux pas.

Que se loge dans cette différence si ce n’est le décisif écart qu’est la poésie.  Ce n’est nullement d’un sujet qu’il s’agit dans la première, celle de Sagot Duvauroux, si ce n’est du sujet grammatical.  En lui faisant perdre sa particularité, sa singularité – par une virgule et une conjugaison autre – elle le dépouille de sa teneur psychologique.  Le « je » n’est plus ici celui d’un sujet psychologique, mais celui de tout sujet, celui de la phrase, grammatical, comme celui de tout sujet.  Il devient comme un commun et réalise dès lors ce que la phrase proclame.  Le « je » qui « peut » se différencie du « je » qui « peux » par cela même qu’il n’est pas seul.  Il lui faut la virgule et le « t » pour exister, différencié de l’autre « je ».

Sait-on ce qu’on dit

De même ici – mais comme une image en miroir de notre premier exemple -, la grammaire sert-elle un projet qui la dépasse.  Le « on », cet impersonnel, ce vague, le reste par le verbe conjugué qu’on lui conjoint.  Le « on », on ne sait ce qu’il dit car, précisément, il reste indéterminé jusque dans la terminaison du verbe qu’il conjugue.  Là où le jeu est possible avec le « je », sa possibilité s’éteint avec (et dans) le « on ».  Et cette impossibilité de devenir son principe même.

L’instantané se révèle pérenne.

Alors certes, la poésie – la seule qui vaille, fondée dans le mot – de Caroline Sagot Duvauroux est un jeu.  Elle s’ancre dans le mot et les jeux qu’ils proposent.  Mais sans s’y arrêter.  Elle n’est ni gratuite ni fermée sur elle-même.  Le jeu n’est là que pour révéler.  Et la virtuosité de la poétesse n’est qu’un outil utile à éclairer des pans de réel sinon maintenus dans l’ombre.  Où peut, aussi – aussi, car entre bien d’autres « choses » -, éclore une sensualité.

Tu seul sut ouvrir des lèvres en je pour que tu s’écroule.

Caroline Sagot Duvauroux, ‘j, 2015, Unes.

*la technologie permet-elle la poésie et jusqu’où? Possibilité de liberté, le technique ne devient-elle pas emprise? Le langage à créer demande en tout cas de forcer les standards que la technique impose sur le langage normé. Nous avons essayé de transposer dans le titre de cette chronique le le « j » et l’apostrophe qui le précède. Sans succès…

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Vieux brol 18 : « Lettres à Lucilius, livre 1 à 6  » de Sénèque.

seneque

Ne subsiste bien souvent de certains livres, dans nos esprits assommés par la « nouveauté  » , qu’une vague idée, que le souvenir lointain (et bien souvent déformé) de commentaires.  N’en surnage que l’impression d’un déjà connu, d’un déjà lu, qui les fait irrémédiablement verser dans les limbes de ce qui n’est définitivement plus à lire.  D’où l’idée de cette série de chroniques de retours aux textes lus.  Sans commentaires.

La part la plus considérable de la vie se passe à mal faire, en large part à ne rien faire, toute la vie à n’être pas à ce que l’on fait.

C’est n’être nulle part que d’être partout.

Ce n’est jamais du présent seul que viennent nos peines.

Ce sont deux extrémités à éviter, de se faire semblable aux méchants, parce qu’ils représentent le nombre ; de se faire l’ennemi du grand nombre, parce qu’il ne nous ressemble pas.

On exagère la douleur ; on l’anticipe ; on se la forge.

Le sage ne ne provoquera donc jamais la colère des puissants. Il rusera avec elle, comme avec l’ouragan le marin.

La faim est peu coûteuse ; ce qui coûte, c’est un palais blasé.

Oui, Lucilius, la servitude ne retient que peu d’hommes ; il en est plus qui retiennent la servitude.

Ton premier devoir, le voici, mon cher Lucilius : fais l’apprentissage de la joie.

Dans la pensée de bien des gens, vivre n’est pas douloureux ; c’est oiseux.

A l’occasion sache te désobliger.

Ces vérités, je le sais, ont été dites souvent, et se diront souvent encore

Pense à la mort toujours pour ne la craindre jamais.

Nul ne sait être à soi.

Le nécessaire a pour mesure l’utile.

La trace d’une main amie, imprimée sur les pages, assure ce qu’il y a de plus doux dans la présence : retrouver.

Nous serions à nous, si ces pauvres choses n’étaient pas à nous.

La pire folie est de juger un homme, soit sur l’habit, sur sur la condition, qui n’est qu’un habit jeté sur nous.

La plus indigne des servitudes est la servitude volontaire.

Vis pour autrui si tu veux vivre pour toi.

Il est doux de séjourner avec soi-même le plus longtemps possible, quand on s’est rendu digne d’être pour soi-même un objet de jouissance.

L’effet de la sagesse, c’est une joie constante.

Sénèque, Lettres à Lucilius, livres 1 à 6, vers 63, Les Belles Lettres.

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« Jours d’exil (1849-1855) » de Ernest Coeurderoy.

Jours d'exilConsidéré comme un des « penseurs » de la révolution avortée de 48, Ernest Coeurderoy, médecin, fils de médecin, dut s’exiler en Suisse, en Belgique, en Italie ou en Espagne. Alors que la France le condamnait par contumace, de 1849 à 1852 (date à laquelle il rejoindra l’Angleterre), il composa un journal dont l’ensemble, monumental, nous est ici donné à lire.

L’intérêt de Jours d’exil n’est pas à trouver dans l’éclairage que son auteur donnerait des événements de l’époque. A cela, après tout, se suffisent les nombreux écrits et récits plus directement en prise avec l’histoire des peuples. Ainsi, s’il revient bien parfois sur les côtés factuels de son expérience révolutionnaire et sur ses conséquences pratiques personnelles, c’est moins pour documenter les faits que pour illustrer les complexités qui se cachent sous eux.

Je serais humilié d’être de l’avis de tout le monde.

Initiateur d’une tentative révolutionnaire communautariste et individualiste, médecin et poète, « violent » pragmatique et ardent défenseur de ce que nous nommerions aujourd’hui « la cause animale », athée virulent et contemplateur presque animiste de la nature, Ernest Coeurderoy est de ces figures qui rendent à la complexité de l’être humain ses lettres de noblesse. Ainsi nous rappelle-t-il que la tentation communautaire – révolutionnaire ou non – ne doit pas qu’être la chasse gardée d’écervelés gauchistes ou de laissés pour compte. Elle peut être acte de choix. On peut faire le choix de l’agir révolutionnaire sans en être convaincus par les causes premières, ni imperméable aux risques de sa violence. L’agir ne suppose pas un acquiescement servile à tout ce qui est péroré en haut des barricades.

Entre celui qui professe le dogme de l’égalité des personnes et celui qui ne relaie qu’une équitable répartition des choses, il y a une différence radicale.

Et cette différence radicale, comme toutes celles qu’on occulte trop facilement « dans le feu de l’action », qui n’en tient pas compte dans ses choix, dans ses actes, se condamne souvent in fine à combattre ce pour quoi il se croyait au départ engagé. Dans l’exposition radicale de ce qui le pousse à agir, Ernest Coeurderoy nous donne à lire ce qu’on croit bien souvent à tort la fonder.  La raison vraie d’une action qui vaut ne tient pas dans l’aveuglement mais dans la clairvoyance. C’est la conscience pleine d’un agir – de ses risques et de ses doutes – qui lui donne sa valeur.  Et qui devrait la fonder.

Ernest Coeurderoy nous rappelle que là où d’aucuns liraient de la contradiction se dévoile précisément la richesse d’une vie humaine.

Et à ce rappel, universellement indispensable, il donne des mots sublimes. Vive, interpellante, cultivée sans pose aucune, bucolique par endroits, exhortante à d’autres, parfois apaisée, parfois scandée, la langue qu’il lui confère rappelle si bien aussi que tout poète doit se méfier de la poésie. Ou de ce qu’on nomme telle.

dans l’humanité future, les vrais poètes seront les esprits les plus rebelles à ce que nous appelons poésie.

Ernest Coeurderoy, Jours d’exil (1849-1855), 2015, Imprimé en France, Héros-Limite.

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KissKissPesty!

kisskissbankbank

On n’est pas très KissKissBankBank quand il s’agit d’édition (encore moins quand il s’agit de rembourser le FMI d’ailleurs). Non, bien entendu, qu’il ne nous semble pas honorable et utile d’en appeler à des modes de financement pluriel, collectif, dans le cadre de tentatives culturelles.  Mais la facilité du processus d’appel de fond, l’enthousiasme souvent un peu nombriliste qu’il génère, nous parait du même coup endiguer une réflexion sérieuse quant à la mise sur pied du projet ou quant à son éventuelle remise en cause. Quand il s’agit de la création d’une maison, c’est souvent d’une naïveté consternante et d’une incompétence crasse. Quand il s’agit d’un sauvetage, c’est fréquemment geignard et déresponsabilisant en diable (« la presse ne fait plus son boulot », « les libraires ne lisent plus », « mes diffuseurs/distributeurs sont des charognards », « je suis un petit éditeur et c’est toudi les p’tits qu’on spotche »).  Soit on nous demande de prêter vie à un projet mort-né soit de ranimer un cadavre. Dont l’existence même ne se justifie tout simplement pas…

Rien de tout cela ici!

Eric Pesty est à la poésie ce que la Rochefort 10 est à tout être humain normalement constitué : une nécessité! Projet d’éclairage de la poésie contemporaine (traduite ou non) depuis 2005, cet éditeur a fait plus en dix années pour la littérature que Alexandre Jardin lors de sa trop prolifique carrière pour l’oxymore. C’est dire! Coleridge, Grand, Albiach, Prynne, Gesualdo, Baqué,… autant de noms que les lecteurs attentifs de poésie ne manqueront pas de reconnaître comme fondamentaux et que les autres – ou plutôt leur progéniture – peuvent s’attendre à retrouver dans les anthologies de poésie des prochains millénaires.

Projet essentiel donc qui a besoin – pour se développer mieux, non pour prolonger une agonie – de rembourser une presse typographique « Fag ». Car l’éditeur a compris que sa démarche, pour rester indépendante, exigeante et cohérente, se devait d’embrasser des atours moins corsetés que ceux auxquels on cantonne l’édition. Et que l’impression en faisait partie.

Mais bref. Vous trouverez tout cela expliqué – sans plainte aucune! – en long et en large .

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