« Les pouvoirs du sacré » de Hans Joas

Une science qui se comprend comme le dépassement de la foi et une foi qui se sent menacée par la science : c’étaient les deux faces d’une même médaille.

Une idée générale semble prévaloir dans l’espace intellectuel occidental, celui d’une sécularisation croissante du réel, d’une rationalisation toujours plus forte de notre relation au monde. En bref, le religieux disparaitrait peu à peu, le monde se désenchanterait. Cela n’étant pas la marque d’un progrès éthique ou politique dont l’homme serait le démiurge conscient, mais un fait anthropologique inéluctable et inconscient. Dans ce contexte, des évènements comme la vague islamiste actuelle ou l’expansion du pentecôtisme, par exemple, seront alors vues comme des sortes de retours en arrière, des anachronismes, des atteintes sans réel lendemain à une inexorable marche en avant de l’homme. Ces résurgences archaïques seraient les derniers soubresauts de la disparition irréversible du rituel sous les coups de butoir de la raison. Et du même mouvement, mais en miroir, il conviendrait de rechercher dans des mondes non occidentaux un rapport censément primordial au sacré pour contrebalancer l’impitoyable marche de la raison.

L’idée que le rituel serait quelque chose d’archaïque n’est explicable empiriquement qu’à condition de masquer des pans entiers de la réalité humaine. Il est peut-être possible d’envisager un avenir sans religion, mais est-ce aussi le cas pour un futur sans musique, sans danse et sans théâtre, pour évoquer quelques formes non rationnelles de communication humaine? Et un avenir sans intercation sexuelle, si l’on peut mentionner aussi ce point? Voulons-nous vraiment voir dans toutes ces formes de communication de simples étapes préliminaires dans l’évolution conduisant à la discussion rationnelle?

En explorant en détail, depuis Hume, en passant par Weber, Durkheim, James, Bellah, entre autres, les diverses modalités selon lesquelles religion et science ont construit des relations houleuses, Hans Joas pose une première question : une approche scientifique du religieux est-elle possible? Et, à travers les réponses à cette question, d’autres aussi déterminantes se font jour qui toutes cependant renvoient à l’obsession des sciences humaines pour la téléologie. De l’agir religieux à l’agir moral, de la magie au sacré, de l’immanence à la transcendance, du religieux au séculier, les conceptions anthropologiques, sociologiques, psychologiques ou politiques de l’histoire envisagent systématiquement celles-ci comme un processus hégélien. Ce qui échapperait alors à cette vision globale de la marche naturelle des choses serait vu comme une anomalie d’autant plus grave qu’en échappant à la raison, elle échappe, précisément, à la marche des choses. Car, selon cette conception, la raison EST la marche des choses.

En détricotant les liens qui organisent les sciences humaines et le fait religieux, le sociologue allemand donne droit à une vision du monde résolument plus complexe et réaliste. Et il permet de repenser autrement, certes le fait religieux, mais aussi le fait politique. Car, sous le vernis du traitement scientifique du religieux, son analyse permet de déceler et de dénouer les liens qui organisent la sacralité et le pouvoir. Et du même coup, ce sont l’irruption des nouveaux nationalismes ou radicalismes et la sacralisation de la personne et de ses droits qui se trouvent éclairées d’un regard neuf. Un livre essentiel!

Hans Joas, Les pouvoirs du sacré, Une alternative au récit du désenchantement, Le Seuil, trad. Jean-Marc Tétaz.

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« Amuleto » de Roberto Bolano.

Le 18 septembre 1968, l’armée mexicaine envahissait l’université de Mexico City. Pendant les 15 jours que durerait l’occupation, Alcira Soust Scaffo, une enseignante précaire présente à l’université au moment de l’invasion, allait rester cachée dans les toilettes de la faculté des Lettres. À la fin du mouvement, elle deviendrait pour les étudiants une figure légendaire de la résistance. D’une santé mentale fragile, l’uruguayenne d’origine était poète et connaissait très bien l’ensemble du milieu poétique de la capitale mexicaine. Elle mourra en 1997 à Montevideo où elle était revenue depuis 1988. Sous la plume de Roberto Bolano, Alcira Soust Scaffo devient Auxilio Lacouture, la « mère de tous les poètes ».

[il] dit que oui, ce qui indiquait qu’il ne faisait pas du tout dans la folie mais qu’en revanche il faisait beaucoup dans la littérature.

Mêlant littérature et réel dans un maelstrom qui ne s’empêtre pas des conventions temporelles, Amuleto est un condensé des thèmes et de la façon de l’écrivain chilien. Au gré des souvenirs chaotiques d’Auxilio Lacouture, c’est tout le microcosme du milieu poétique de Mexico des années 60 et 70 qui se trouve évoqué. Et, par lui, mais en filigranes, celui des enjeux politiques du temps. Qui, finalement, peut le mieux dire cette consanguinité de la poésie et de la politique, de la littérature et de la folie (comme le politique l’est par temps troublés, le poète est toujours par essence un dissident) si ce n’est une femme-poète devenue par devers elle symbole d’une résistance. Si Auxilio est mère des poètes, c’est sans doute car elle est cette figure de la méprise sur laquelle s’ente forcément toute poésie : peureuse prise pour résistante, amatrice de hauteurs esthétiques mais réfugiée dans les toilettes, professeure et folle. Bien loin d’incarner un choc des contraires, elle parait au contraire réaliser en elle la parfaite synthèse qui fonde le poétique.

Et c’est à cet instant que le temps s’arrête à nouveau, une image éculée s’il en est, car le temps ou bien ne s’arrête pas ou est arrêté depuis toujours, disons donc que le continuum temporel subit un frisson, ou disons que le temps ouvre ses grosses pattes et se penche et se met la tête entre les cuisses et me regarde à l’envers, tout juste quelques centimètres au-dessous du cul, et me fait un clin d’œil fou, ou disons que la pleine lune ou le croissant de lune ou l’obscur dernier quartier de lune du D.F. revient se glisser sur les carreaux des toilettes des femmes du quatrième étage de la faculté de philosophie et lettres, ou disons qu’un silence d’enterrement s’étend sur le café Quito et qu’on n’entend plus que le murmure des fantômes de la cour de Lilian Serpas et qu’une fois encore je ne sais plus si je suis en 68 ou en 74 ou en 80 ou si pour en finir je ne m’approche pas comme l’ombre d’un navire naufragé du bienheureux an 2000 que je ne verrai pas.

Magique au sens plein du terme, la prose de Bolano réalise le programme décrit, malgré elle, par Axilio. Faisant comme affleurer à la conscience ce qu’on savait déjà, elle est ce chant (qui est toujours chant d’amour, quelques atours qu’il revête) qui tout à la fois nous décille et nous protège. Une amulette…

J’ai alors su ce que je savais et une joie fragile, tremblante, s’installa dans mes jours.

Roberto Bolano, Amuleto in Œuvres Complètes Tome 1, L’Olivier, trad. Robert Amutio.

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« Vendredi » de Paul Colinet.

L’auteur discret n’est pas légion. La vocation d’auteur semble en effet à ce point recouper l’attrait pour la renommée que l’éventuelle discrétion supposée sera bien plus souvent une posture au service de sa notoriété qu’un trait de son génie en chambre. Et, suivant cette pente, l’œuvre de l’auteur sera par essence destinée (voire faite ou fabriquée pour) au plus grand nombre. Que pensez alors d’une œuvre – et de l’auteur qui la dirigea – qui ne fut pensée, destinée et minutieusement exécutée qu’à l’intention d’un et un seul lecteur?

Mon bras, harnaché comme une haquenée, flânait dans la partita légère des violettes. Elles buvaient, trembleuses, leur premier godet de bleu. Leur odeur sonnait matines, un peu hésitante, ainsi que, sous l’auvent d’oiseaux, le souffle du pèlerin.

À toutes les fenêtres de mon château de regards, des espèces d’anges, amoureux de leur image, approuvaient ma main écouteuse, qui épelait, de prismes en aigrettes, les lumières de son sentier.

En 1949, le poète belge Paul Colinet voyait partir pour le Congo belge son neveu et ami, l’artiste Robert Willems, et son épouse Odette. Très rapidement, il décide de maintenir le contact en leur envoyant une revue hebdomadaire manuscrite. Il réunit pour ce faire une pléiade d’artistes de sa connaissance dont il collectera les collaborations, n’hésitant pas à faire du porte-à-porte et à les relancer sans cesse pour que, chaque vendredi, cette revue à tirage unique soit bien confiée aux soins de la poste belge. René Magritte, Paul Nougé, Marcel Mariën, Louis Scutenaire, Christian Dotremont, les frères Piqueray, Pierre Alechinsky seront parmi les contributeurs les plus célèbres. À la régularité sans faille, cette revue manuscrite à l’encre bleue, entrelardée de dessins, de détournements d’articles, de jeux cruciverbistes (d’oncle Pil ou de tante Lulu), en tirage d’un exemplaire et à destination d’un lecteur, comptera cent numéros.

On ne s’étonnera pas si nous nous élevons avec la dernière violence contre un scandale qui, bien qu’il ne soit pas encore littéralement inscrit dans toutes les mémoires, ne laisse pas de présenter, d’ores et déjà, ce caractère d’une insoutenable gravité d’être un produit récent de notre imagination.

Mais si Vendredi est bien, de part ses conditions de production, un projet tout à fait unique dans l’histoire des lettres, il l’est aussi de part l’extraordinaire inventivité de ses concepteurs principaux : Paul Colinet et Marcel Piqueray. Membre actif du groupe surréaliste de Bruxelles, Paul Colinet a toujours veillé à garder la plus grande liberté dans sa pratique poétique. À l’écart des mots d’ordre politiques et des querelles doctrinales, il a pu développer une approche poétique aussi remarquable par sa radicale liberté que par son exigence. Sans lignes idéologiques ou esthétiques rigides, Paul Colinet a pu ainsi lâcher bride à la langue. Ça joue. Ça imagine. Ça crée. C’est humble. C’est drôle. C’est foncièrement généreux. C’est de la très grande poésie. L’entreprise Vendredi est bien plus qu’un superbe ovni littéraire. Elle est un pied de nez à la poésie établie et une réinvention de celle-ci par l’un de ses plus discrets et talentueux praticien.

Paul Colinet, Vendredi, Ludion.

Sans Yves di Manno, nous serions passé à côté du chef-d’œuvre. C’eût été ballot! Merci à lui.

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Quasi comme avant.

Ces deux derniers mois, nous vîmes germer, au sein du monde du livre, nombre d’initiatives qui visaient à « répondre à la crise en cours et à venir ». Nous fûmes approchés à de nombreuses reprises, comme libraire et/ou éditeur, formellement ou non, pour nous joindre à une « réflexion », pour signer une « tribune », ou plus simplement, pour « donner notre avis » sur cette crise et sur les moyens que nous comptions mettre en œuvre pour pallier ses conséquences. Nous n’avons pas répondu à beaucoup de ces sollicitations (qu’à deux reprises en fait). D’une part parce que certaines ne nous semblaient pas présenter grand intérêt. D’autre part, parce que nous n’avions pas nécessairement d’avis sur certaines de ces questions. Et enfin, et surtout, parce qu’en tant que père de trois enfants, nous avions bien d’autres priorités que de converser sur l’avenir du livre. Nous avons cependant jugé utile de lister ci-dessous certaines des mesures que nous appliquons déjà depuis longtemps et qui nous paraissent présenter certaine particularité d’avec le mode de fonctionnement général du secteur de la librairie et/ou de l’édition. Nous n’avons d’autre prétention ici que de répondre aux nombreuses questions qui nous ont été posées. Loin de nous l’idée de nous poser en exemple prétendument vertueux. Ces mesures pratiques et ces principes de fonctionnement sont le reflet de choix qui nous sont particuliers, qui nous conviennent personnellement et dont nous savons pertinemment qu’ils ne pourraient convenir indifféremment en d’autres lieux. Ils sont les gages de notre indépendance et les instruments d’une cohérence intellectuelle, éthique et politique qui nous est propre et dont nous savons pertinemment qu’il existe d’autres modèles.

1.Nous n’acceptons aucun office.

2.Tous les livres que nous choisissons avec les représentants ou sur bons de commande le sont en un exemplaire.

3.Aucun livre n’est placé sur nos tables s’il n’a pas été jugé. Cela ne veut pas dire nécessairement que chaque livre est lu in extenso, mais que nous ne le proposons à la vente que quand nous avons pu juger avec certitude de sa qualité. Ce n’est qu’après que nous en commandons éventuellement d’autres exemplaires. Les livres qui n’ont pas passé l’écueil de ce regard critique sont placés en attente de retour.

4.Sauf s’ils sont abimés, nous ne retournons jamais aucun exemplaire des livres que nous défendons.

5.Nous effectuons très peu de retours. Notre taux de retour en 2019 s’élevait à 7.47 % (alors que le taux moyen est d’à peu près 25 %).

6.Nous refusons toute action promotionnelle.

7.Nous ne demandons qu’exceptionnellement des services de presse.

8.Tous les livres que nous recevons en sp (malgré nos nombreuses demandes d’interrompre le flux, quelques grosses machines continuent à nous abreuver), ainsi que ceux dont, pour diverses raisons, les distributeurs refusent le retour, sont donnés à Amnesty International.

9.Nous ne faisons partie d’aucun syndicat, groupement, mouvement auquel nous déléguerions le soin de nous représenter.

10.Nous ne demandons ni ne recevons aucune aide publique.

11.Nous refusons de participer à des appels d’offre public dont le critère de sélection est le prix.

12.Nous avons à ce jour un fonds de 14.000 références. Nous tenons ce fonds à jour et à l’œil scrupuleusement. Un élément clé de la répartition de ce fonds : 21.20 % d’essais, 9.80 % de poésie. Un élément clé de la répartition de notre chiffre d’affaire : 23 % d’essais, 8.65 % de poésie (en 2019).

13.En temps qu’éditeur, nous refusons que nos livres soient vendus sur Amazon, nous imprimons en Belgique, nous refusons toute aide structurelle publique, nous payons à date et heure les droits d’auteurs, les traducteurs, les graphistes, les imprimeurs, et cela à des tarifs se situant dans la portion haute des grilles tarifaires autorisées. La maison d’édition est constituée en asbl et aucune rémunération n’est versée.

14.Via la librairie, nous ne nous versons qu’un salaire minimum. Une partie du bénéfice vient financer notre maison d’édition (soit près de 160.000 € sur les cinq dernières années, c’est dingue que ça coute cher, ce hobby…). Le reste est donné à des asbl à finalités sociales.

Suite à cette crise, nous avons décidé de changer deux choses :

1.Nous proposerons « en pile », dispersés parmi les nouveautés, des livres du fonds, vieux, anciens, voire antédiluviens, que nous croyons important de faire découvrir ou redécouvrir. Nous le faisions déjà de temps en temps, mais nous allons dorénavant étendre et systématiser cette pratique.

2.Dans le même esprit, nous n’indiquerons plus sur notre blog les dates de sortie des livres que nous y chroniquons.

Bref, c’est quasi comme avant…

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« Blanc & noir » de Jørn H. Sværen.

Depuis 2007, à l’aide d’une structure éditoriale spécifique, Jørn H. Sværen envoie des chapbooks à des amis, des abonnés ou des personnalités du monde littéraire ou artistique – norvégien ou étranger – dont il apprécie le travail. Parallèlement à ce travail, il compose des « articles » ou des « proses courtes » pour des revues. La poésie de Jørn H. Sværen est donc, dans le premier sens du terme, « adressée ». Le tout est ensuite recomposé pour paraître en recueil au sein d’une des plus prestigieuses maisons d’édition norvégienne. Déjà traduit en plusieurs langues, le premier recueil traduit en français de Jørn H. Sværen, Reine d’Angleterre, paraîtra courant 2020 aux éditions Éric Pesty.

Dans ce chapbook, Blanc & Noir, à partir de la vue d’un paysage de rivière enneigée, l’auteur se remémore le cygne du sonnet mallarméen, les pages noircies de Tristram Shandy ou un rite funéraire roumain. Peu à peu, en une prose subtile, chacun des sujets tisse ses motifs, s’entremêle avec les autres, jusqu’à se « résoudre » dans l’apparition d’un nouveau, inattendu, qui vient faire prendre un tour nouveau à l’ensemble. Cette sublime méditation sur le blanc et le noir – celui de la page et de ce qui y est écrit, celui du deuil ou de la joie, du jour ou de la nuit, de la neige ou des eaux sombres – est l’occasion de découvrir, émerveillé, l’œuvre d’un des grands poètes actuels.

Et comme le dit justement et magnifiquement un collègue-libraire néanmoins ami* : « Blanc & Noir » réunit la pureté d’une écriture sensitive, où s’entremêlent l’espace blanc hivernal du grand nord et celui, réduit mais illimité, des surfaces noires ouvertes par le lettrage sur le papier immaculé. Ici se déploie l’élégance d’une pensée qui sait organiser et redéployer de manière très personnelle et juste un ensemble vaste de pensées, d’observations, de références, toutes ces choses au service d’un texte qui se fait débordant de grâce et d’humilité. Ça traverse temps, espace et corps en un seul mouvement délicat et précis. Ça se lit un paquet de fois à la suite tellement c’est beau.

On ne peut qu’acquiescer benoitement!

Jørn H. Sværen, Blanc & noir, 2020, Vies Parallèles, trad. Emmanuel Reymond.

* Andreas Lemaire est le taulier de la librairie Myriagone, sise à Angers, qu’on ne saurait trop vous conseiller de visiter (Angers, oui, peut-être, mais surtout la librairie!)

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Bref, c’est quasi comme avant…

Comme tant d’autres commerces, nous sommes contraints d’adopter certaines mesures de façon à nous protéger et à protéger les autres. Comme tout commerce est différent, cela implique par essence des solutions différentes face à un même problème. Voici donc les mesures que nous appliquerons dans la librairie :

1. Nous autoriserons à 5 personnes seules de vaquer ensemble dans la librairie. Nous permettrons à des couples d’entrer dans la librairie pour autant qu’ils s’engagent à rester ensemble tout au long de leur visite. Nous vous demanderons de bien respecter la règle d’un mètre 50 à maintenir entre chacun ou entre chaque couple et d’être à l’écoute de nos directives éventuelles.

2. Nous ne fixerons pas de limite de temps précise mais vous demanderons d’adapter celle-ci à la situation réelle. Si personne ne trépigne devant la porte d’entrée, restez autant de temps que vous le désirez. S’il y a une file jusque chez Filigranes, écourtez votre passage.

3. Nous n’imposerons, ni n’interdirons, le port d’un masque. Nous vous demandons de bien respecter les gestes barrière et de ne vous adresser à un autre client ou à nous-même qu’en respectant scrupuleusement les distances de sécurité.

3. Nous proposerons à chacun, dès son entrée dans la librairie, de se laver les mains avec du gel hydroalcoolique (de luxe : 30 €/litre!).

4. Nous acceptons sans souci les paiements en cash.

5. Nous ne pourrons vous autoriser à vous asseoir lors de votre visite. Nous avons d’ailleurs retiré les chaises et les fauteuils de façon à vous permettre de mieux circuler dans la librairie. Nous gardons bien entendu en réserve des chaises dans le cas où vous souhaiteriez brièvement reprendre votre souffle.

Donc, on vous claque pas la bise, on garde nos distances, on vous propose une ablution 2.0, on s’en fout si vous êtes pro ou anti-masque, on a pas mal d’a priori positifs quant à votre souci du collectif et on croit mordicus en votre intelligence. Bref, c’est quasi comme avant…

Quant au fonctionnement des commandes et du milieu du livre dans son ensemble, il va de soi que celui-ci est également impacté par la « chose ». Si les commandes seront de nouveau possibles quasi normalement à partir du 11 mai, il faudra cependant s’attendre à certains retards. Par ailleurs, beaucoup d’éditeurs ont fait le choix, ou ont été forcés, de revoir drastiquement leur programme de parution en postposant la sortie de certains titres, voire en les annulant. Pas de bol, ce sont surtout les titres « porteurs », c’est-à-dire les trucs sans intérêt (ceux que vous ne voyiez jamais sur nos tables), dont les éditeurs ont jugé utile d’abreuver en priorité les consom., heu, les lecteurs. Pas mal de livres dont nous nous réjouissions de vous toucher un mot ont ainsi été reportés sine die. Très pragmatiquement, cela nous laissera plus de temps pour vous parler – à distance respectable – des titres sortis avant les « événements » et de choses plus anciennes et bien plus intéressantes que les inepties avec lesquelles le monde du livre espère se refaire. Bref, c’est quasi comme avant…

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Ouf !(enfin, presque, ou partiellement, ou temporairement, ou pas…)

Vos vitres sont d’une propreté impeccable. Vous en êtes à votre troisième rangement de printemps. Vous êtes parfaitement versé en latin, en géologie et en pédagogie alternative. Vous maitrisez Tik Tok. Vous avez maintenant compris, jusqu’au dégoût, à quel point rien, mais alors là rien, n’a d’intérêt sur Netflix. Vous en êtes à trois bières spéciales (sauf l’Orval, qui, étrangement, devient aussi difficile à trouver qu’une once d’empathie chez Bart de Wever), un verre de vin, un pousse-café et un verre de whisky par jour. Vous avez perdu votre réveil. Vous avez rêvé perdre vos enfants. Vous avez retrouvé vos baskets. Vous avez rêvé perdre votre balance. Vous êtes spécialiste en lecture de courbes. Votre chien est complètement crevé. Votre libraire vous a manqué, vous le lui avez dit, et il s’en est fort ému. Vous connaissez par cœur toutes les recettes d’Ottolenghi. Vos mains sont d’une pâleur cadavérique. Vos coudes sentent votre haleine. Vous rêvez de bouches. Vous pensez mordicus que « Télé Travail » est le nom du nouvel amant de votre compagne. Vous vous en êtes voulu très fort chaque fois, mais vous avez néanmoins souhaité très fort chaque jour, à 20 heures 00 minutes et 11 secondes précises que s’écrase tête la première au pied de l’immeuble mitoyen du vôtre, l’enfant de quelques mois qui frappait, enthousiaste, dans la casserole que lui maintenaient ses parents non moins enthousiastes. Vous avez d’abord détesté, puis haussé le sourcil, puis observé d’un œil éteint, les « esthètes-de-la-vie-confinée », les « je-te-l’avais-bien-du-pangolin », les « ce-qui-ne-nous-tue-pas-nous-rend-plus-fort-du-virus », qui ne prenaient pas même la peine de faire mine de déguiser leurs bons vieux et rances filtres idéologiques ou esthétiques, pour se livrer à des « analyses-du-monde-de-demain » ou à de pseudo expériences poétiques dont le seul objectif était de faire bouffer un peu plus leur déjà fort bouffie prétention. Vous vous êtes emmerdés. Vous avez été débordés. Vous avez été privé de votre droit-légitime-à-consommer. Vous avez appris que « B to B » n’était ni le nom d’un groupe de pop sirupeuse, ni celui d’un livre traduit en anglais de Frédéric Lenoir. Vous ne vous êtes pas baladés, vous avez « accompli, au sein de votre cluster familial, une activité physique non-interrompue, en appliquant les gestes barrières et en respectant les règles du social distancing ». Bref, vous avez été confinés.

Et comme, à partir du 11 (temporairement, partiellement, ou pas-tout-à-fait-jusqu’à-nouvel-ordre) vous ne le serez plus, confinés, vous n’avez qu’une et une seule envie : acheter des choses intelligentes à lire. Et ça tombe encore mieux car, à partir du 12, nous serons ravis de vous en vendre et d’ainsi capter une partie significative de votre épargne de ces 60 derniers jours…

Y aura du gel hydroalcoolique (de luxe : 30 €/litre) quand vous entrez, des distances de sécurité de 1.50 m et des gestes barrières à respecter, une capacité maximale (4 duos en même temps), des interdictions strictes (téléphoner dans la librairie; dire qu’un livre de Leila Slimani c’est bien; me proposer votre manuscrit sur le confinement à moins d’ 1 mètre 50 du tarin), des permissions (mettre un masque, ne pas mettre de masque, râler), des obligations (acheter, dépenser, consommer).

Bref, ça devrait être bien!

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Vieux Brol 30 « Procès et réalité » de Alfred North Whitehead.

Ne subsiste bien souvent de certains livres, dans nos esprits assommés par la « nouveauté  » , qu’une vague idée, que le souvenir lointain (et bien souvent déformé) de commentaires.  N’en surnage que l’impression d’un déjà connu, d’un déjà lu, qui les fait irrémédiablement verser dans les limbes de ce qui n’est définitivement plus à lire.  D’où l’idée de cette série de chroniques de retours aux textes lus.  Sans commentaires.

D’une façon ou d’une autre, le progrès consiste toujours à transcender l’évidence

Toute science doit forger ses propres instruments. L’outil que requiert la philosophie est le langage. Ainsi la philosophie transforme-t-elle le langage de la même manière qu’une science physique transforme des appareils préexistants.

Ce que la philosophie se propose d’expliquer est souvent mal compris. Son propos est d’expliquer l’émergence des choses les plus abstraites à partir des plus concrètes. C’est une erreur totale que de demander comment un fait particulier concret peut être bâti à partir des universaux. La réponse est : « D’aucune manière. » La vraie question philosophique est : comment un fait concret peut-il manifester des entités abstraites de lui-même, auxquelles cependant il participe par sa propre nature?

Dans la philosophie de l’organisme, ce n’est pas la « substance » qui est permanente, mais la « forme ».

Impossible de décrire, même de façon inadéquate, une entité actuelle à partir d’universaux ; et cela, parce que d’autres entités actuelles entrent effectivement dans la description de n’importe quelle entité actuelle. Dès lors, chaque prétendu « universel » est particulier en ce qu’il est seulement ce qu’il est, c’est-à-dire distinct de tout ce qui est autre que lui ; et chaque prétendu « particulier » est universel en ce qu’il entre dans la constitution d’autres entités actuelles.

Etre actuel, cela implique obligatoirement que toutes les choses actuelles sont pareillement des objets qui jouissent d’une immortalité objective en façonnant des actions créatrices ; et que toutes les choses actuelles sont des sujets, dont chacun préhende l’univers dont il est issu. L’action créatrice, c’est l’univers en tant qu’il ne cesse de devenir un dans une unité particulière d’expérience de soi-même, et ajoute par là à la multiplicité, qui est l’univers en tant que pluralité. Cette concrescence se pressant vers l’unité est le résultat de l’ultime identité à soi de chaque entité. Nulle entité – qu’elle soit « universelle » ou « particulière » – ne peut jouer de rôles disjoints. L’identité à soi requiert que chaque entité ait une fonction conjointe, cohérente, quelle qu’en puisse âtre la complexité.

La philosophie de l’organisme est une tentative pour retourner aux conceptions du « vulgaire », avec l’ajustement critique minimal.

La simple notion d’une substance qui dure et qui supporte des qualités persistantes, essentiellement ou accidentellement, exprime une abstraction utile à de nombreux buts de la vie. Mais à chaque fois que nous essayons de l’utiliser comme énoncé fondamental sur la nature des choses, elle se révèle indiscutablement erronée. Elle tire son origine d’une erreur et elle n’a jamais réussi dans aucune de ses applications. Mais elle a obtenu un succès : elle est incrustée dans le langage, dans la logique aristotélicienne et dans la métaphysique.

Chez Kant, le monde provient du sujet ; dans la philosophie de l’organisme, le sujet provient du monde.

La doctrine d’une âme persistante avec des caractères permanents est très précisément la réponse qui ne peut convenir au problème spécifique de la vie. Ce problème est le suivant : comment peut-il y avoir du nouveau? Et notre réponse explique que l’âme n’a pas à être plus originale qu’une pierre.

Le caractère primitif de la perception directe est héritage.

La philosophie de l’organisme soutient que la notion d’ « organisme » a deux sens, interdépendants, mais que l’esprit peut distinguer, le sens microscopique et le sens macroscopique. Le sens microscopique est relatif à la constitution formelle d’une occasion actuelle, considérée comme un procès de réalisation d’une unité individuelle d’expérience. Le sens macroscopique est relatif à l’être-donné du monde actuel, considéré comme le fait têtu qui à la fois limite l’occasion actuelle et lui permet de se manifester. La canalisation de la poussée créatrice représentée dans sa reproduction globale de nexus sociaux illustre, en dernière instance, pour le sens commun, le pouvoir du fait têtu. Dans notre expérience également, nous provenons pour l’essentiel de nos corps, qui sont le fait têtu du passé immédiat approprié. De même, le passé immédiat de notre expérience personnelle nous entraîne ; nous terminons une phrase parce que nous l’avons commencée. La phrase peut donner corps à une pensée nouvelle jamais exprimée auparavant, ou à une ancienne pensée reformulée en termes nouveaux. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait une association banale entre les sons des premiers et des derniers mots. Mais il n’en demeure pas moins impitoyablement vrai que nous terminons une phrase parce que nous l’avons commencée. Nous sommes les esclaves du fait têtu.

Car une entité actuelle ne peut pas être membre d’un « monde commun », sauf si le « monde commun » est un élément constituant de sa propre constitution. Il s’ensuit que tout élément de l’univers, y compris toutes les autres entités actuelles, est un élément constituant dans la constitution de n’importe quelle entité actuelle.

La compréhension est une forme particulière du sentir.

Un voyageur qui a perdu son chemin ne devrait pas demander : « Où suis-je? », mais ce qu’il veut réellement savoir est : « Où est le reste du monde? »

Le caractère premier de l’immédiateté de présentation s’est si longtemps imposé qu’on a pris l’habitude de tenir pour une évidence. Nous ouvririons nos yeux et activerions nos autres sens : et nous serions devant le spectacle du monde contemporain avec son décor de visions, de sonorités, de goûts ; puis, aidés de cette seule information sur le monde contemporain et son décor, nous tirerions les conclusions que nous pourrions sur le monde actuel.

Mais les lois de la nature sont le produit du milieu social.

Une entité actuelle sent comme elle sent; afin d’être l’entité actuelle qu’elle est./ De cette façon, une entité actuelle satisfait à la notion spinoziste de substance : elle est causa sui. La créativité n’est pas le fait d’un agent extérieur nourrissant ses propres projets d’avenir. Toutes les entités actuelles partagent avec Dieu ce caractère d’être cause de soi. Pour cette raison, chaque entité actuelle partage aussi avec Dieu le caractère de transcender toutes les autres entités actuelles, y compris Dieu. L’univers est ainsi une avancée créatrice vers la nouveauté.

L’unicité de l’univers et l’unicité de chaque élément de l’univers se répètent eux-mêmes jusqu’à la fin des temps dans l’avancée créatrice qui fait passer d’une créature à une autre, chaque créature rassemblant en elle-même la totalité de l’histoire des choses et illustrant à la fois leur identité à elles-mêmes et leur mutuelle diversité.

Chaque acte créateur représente l’univers en tant qu’il s’incarne lui-même comme unique et il n’y a rien au-dessus de lui qui viendrait imposer une condition finale.

Mais dans le monde réel il est plus important, pour une proposition, d’être intéressante que d’être vraie. L’importance de la vérité, c’est qu’elle accroît l’intérêt.

La philosophie ne saurait négliger les milles facettes du monde – les fées dansent, et le Christ est cloué sur la croix.

Dieu ne doit pas être traité comme une exception aux principes métaphysiques dans leur ensemble et invoqué pour les sauver de la ruine. Il en est la manifestation maîtresse.

Il est aussi vrai de dire que Dieu crée le Monde, que de dire que le Monde crée Dieu.

Alfred North Whitehead, Procès et réalité, 1995 (1929 en anglais d’où l’appellation « vieux brol »), Gallimard, trad. Daniel Charles, Maurice Élie, Michel Fuchs, Jean-Marie Gautero, Dominique Janicaud, Robert Sasso & Arnaud Villani.

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Confinement & Pangolin

Comme chacun d’entre vous, nous suivons attentivement ce qui se passe autour de ce fameux coronavirus. Comme vous le savez certainement, en Belgique, les commerces non alimentaires ou médicaux sont autorisés à ouvrir leurs portes normalement en semaine, tout en étant contraints de les fermer le week-end. Si, dans un premier temps, cette situation nous a rassuré, elle nous a ensuite rapidement intrigué. Maintenant, elle nous inquiète. Et nous indigne.

Comme vous sans doute, nous avons pu avoir accès à des informations en provenance d’Italie, d’Espagne, ou, tout récemment, du Grand Est français. En sus de ces informations, nous avons pu lire les avis, les tribunes, les appels publics ou privés d’un grand nombre de scientifiques, de virologues, d’épidémiologistes ou de médecins urgentistes. Tous, unanimement, et parfois à rebours des décisions de leurs pouvoirs de tutelle politique, insistent sur l’absolue nécessité de réduire nos contacts au plus strict minimum. Bref, rester chez soi pour sauver des vies.

Devant la réalité crue des situations décrites et l’unanimité des scientifiques, nous avons saisi l’absurdité qu’il y a à maintenir, envers et contre tout, un espace commercial ouvert. Quand bien même tout serait mis en œuvre à l’intérieur d’un commerce – et, ce tout, chacun sait qu’il est impossible à atteindre – pour en garantir l’innocuité et la sécurité de ceux qui s’y rendraient, le seul fait de le laisser ouvert nous semble et mensonger et dangereux. Mensonger, car il donne à entendre que la normalité peut être simplement aménagée là où toutes les personnes informées démontrent qu’elle doit être temporairement rompue. Dangereux, car, dans cette situation exceptionnelle, toute illusion du « normal » encourage d’autres à ne pas se saisir des enjeux, et à ajouter au problème combattu. Ici, très pragmatiquement, l’illusion tue. Et, dans ce combat-là, le fanion haut brandi d’un accès, via la librairie et le livre, à la culture, a beau jeu…

Vouloir maintenir ouvert un espace de rencontre – et diantre, la librairie en est bien un ! – à l’heure où IL EST AVÉRÉ que le simple fait de se rencontrer peut tuer nous est apparu comme étant en totale contradiction avec les valeurs mêmes sur lesquels nous avons érigé la librairie.

En conséquence, Ptyx sera fermé jusqu’à nouvel ordre.

N’en profitez pas pour acheter chez qui-vous-savez ! Lisez ou relisez ! Gardez vos sous pour quand on rouvrira, on en aura bien besoin !

Et surtout, surtout, restez chez vous !

Pour Ptyx,

Emmanuel.

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« Le Chant du poulet sous vide » de Lucie Rico.

Je ne sais pas pourquoi tu tiens autant à ce que l’histoire soit vraie. L’important c’est qu’elle existe, non?

La mère de Paule vient de mourir. Sans Louis, son compagnon architecte, Paule revient alors dans la ferme de son enfance, où sa mère vivait seule, et reprend, presque malgré elle, la petite exploitation avicole. Végétarienne, elle accomplit cependant tous les gestes qui mènent ses poulets de la naissance à l’étal du marché de village. Très vite, une relation personnelle se développe entre elle et chacun des nombreux poulets de son élevage. Elle s’en occupe avec soin et affection. Chacun reçoit un nom. Et pour chacun elle écrit un hommage mortuaire qu’elle affiche ensuite sur la carcasse au moment de la vente. C’est lors d’un jour de marché comme un autre qu’elle rencontre Fernand…

Lacet tirait, tirait, jusqu’à obtenir l’objet désiré. Sa persévérance n’avait pas de limite. Il fuyait la compagnie de ses congénères pour mieux se rapprocher de sa maîtresse, qu’il adorait. C’était un poulet unique et supérieur, qui brillait par son intelligence et sa malice. Si son cœur s’est éteint, dans le nôtre il vit.

Le Chant du poulet sous vide est un conte. Un conte contemporain qui croise avec autant de lucidité que de subtilité les travers et les aspirations de notre époque. Comment notre soif d’authenticité est-elle mise à profit et pervertie par les mécanismes du marché? Comment ce qu’il y a de plus vrai, notre adhésion au vivant, l’individualité de chaque être, sert-il les ambitions du commerce? Comment le mensonge vénal prolifère-t-il précisément sur notre aspiration au vrai? Dans ce premier roman diablement maîtrisé, Lucie Rico détricote les mécanismes par lesquels ce que quelqu’un prend vraiment au sérieux peut être asservi à des causes exactement inverses. L’hommage au vivant peut ainsi servir parfaitement sa mise à mort. Et l’écrit lui-même peut servir à décrypter et dévoiler ces mécanismes ou, a contrario, y être assujetti…

Les gens aiment ce qu’ils connaissent. Les certitudes. Cette nouvelle façon de voir les poulets, ils s’y feront, ils ne pourront bientôt plus s’en passer, tu verras qu’ils se mettront à faire des copies.

Lucie Rico, Le Chant du poulet sous vide, 2020, P.O.L.

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