« Affaire de genres & autre pièces de fantaisie » de Michel Falempin.

Le doute, quoi qu’il en soit d’une certaine obstination à se tenir au bord d’une rue, à la sortie d’un bourg (c’est là, de la part d’une maison et de la mienne, déjà beaucoup se compromettre), n’est pas une raison suffisante ni même l’assurance de l’avoir habitée d’une façon autre qu’affective avec forcément, certain soir, l’ombre au moins de ma main remarquée sous la lampe et le souvenir d’un reflet surpris dans la grande armoire à glace, pour ne pas dire, non point certes ce qu’elle est mais à quoi elle ressemble : une maison, sinon en guerre, du moins qui (la guerre) l’a connue au point d’en avoir, dans une partie d’elle-même interdite en principe à son occupant, accumulé les preuves aussi réalistes que controuvées.

Des preuves « Controuvées » donc. Mais des preuves autant « controuvées » que « réalistes ». Le réalisme de Michel Falempin n’est pas le plaquage d’une perception sur quelque chose d’indépendant qui lui préexisterait. Un peu à la façon d’un Mallarmé au carré qui chercherait à attester de l’absence de l’absente d’un bouquet en la rendant présente par le langage, l’auteur fait fi des genres (qu’ils soient sexuels ou littéraires) et des clivages (le réel vs la fiction) pour creuser dans un sillon illustre sa propre trace où rien de ce qui est descriptible ni de ce qui est décrit n’impose ses propres limites strictes. L’écriture et la lecture, et le livre qui en résulte – si du moins, ce ne sont pas l’écriture et la lecture qui résultent du livre -, font partie intégrante du réel dont, tout à la fois, elles attestent et procèdent. Ainsi d’une maison que l’écriture « décrit » mais qui n’advient (et donc n’est, et donc n’offre la possibilité d’être décrite?!?) que dans la description. Ainsi d’un aïeul présomptif dont un héritier se chargerait d’écrire l’autoportrait.

Un destinataire naturel le priver de son bien, un écrit, toutefois, le peut, que l’on appelle codicille, clause, réserve – tout ajout testamentaire qui retire ou retranche ou détourne : mais ici c’est « retourne » qu’il faut écrire à propos de qualités dont on hérite d’un pseudo-donataire et c’est un défi littéraire pur que de pratiquer ce genre juridique singulier, sans autre bien à en attendre en héritage que l’honneur artistique et vain de le relever.

Soyons franc, ces Affaires de genre & autres pièces de fantaisie ne sont pas d’un abord aisé. Comme l’acte de lecture fait partie intégrante du réel (ou l’inverse, d’ailleurs) et que c’est de celui-ci dont se joue Michel Falempin, le lecteur se retrouvera très souvent en pays étranger. Et à ce point étranger qu’il n’en reconnaitra dans un premier temps pas même, non pas les paysages, mais les catégories selon lesquelles il a été habitué à se construire l’idée même de paysage. Mais, peu à peu, en lisant et relisant attentivement ces phrases qu’il aura jugées dans un premier temps certes remarquablement chantournées mais un tantinet brise-méninges, le lecteur y décèlera la rigueur d’un extraordinaire projet littéraire. Dont l’exigence ne sacrifie rien, absolument rien, ni à l’humour, ni à l’émotion. Et qui lui rappellera, à ce lecteur, que s’il lit, c’est précisément parce que la lecture, comme rien d’autre, est capable d’emmener en des contrées aussi radicalement autres…

il convient de rappeler que sur ce sujet réaliste par excellence, il ne faut ajouter du rêve que par pure humanité.

Michel Falempin, Affaire de genres & autres pièces de fantaisie, Héros-limite & Éric Pesty

Lien Permanent pour cet article : https://www.librairie-ptyx.be/affaire-de-genres-autre-pieces-de-fantaisie-de-michel-falempin/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.