« Confiteor » de Jaume Cabré.

confiteorJe ne me plains pas : je t’écris, c’est tout.

Avant qu’il ne sombre définitivement dans le désordre qu’engendre en lui la maladie dégénérative dont il est atteint, Adria décide d’écrire sa confession et l’adresse à Sara, la femme aimée de toujours.

Entre une mère qui rêve de faire de lui un violoniste virtuose et un père, ancien séminariste reconverti en antiquaire, qui le destine à incarner LE représentant de l’humanisme (Tu seras un grand humaniste et point final.), c’est à une enfance sans amour qu’est condamné le jeune et brillant Adria, objet de projet, non de désir.  Parmi les livres d’études, les manuscrits rares, les objets de collection les plus divers, glanés au gré des mouvements de l’Histoire par son père (qui l’a aussi un peu aidée, cette Histoire, à faire tomber dans son escarcelle les objets les plus désirés), parmi tout cela, émerge un objet : le Vial, seul violon de Storioni à porter un nom.

Le Vial était une sorte de mirador pour l’imagination.

Tous les objets portent sur eux les traces et souvenirs de ceux qui les ont ceints, portés, ou joués d’eux, comme de ceux qui les ont façonnés.  Comme autant de stigmates.  Et c’est ce qui attire vers eux, plus que les objets en eux-mêmes ou leur coût, ceux qui les veulent posséder.

si je trouve un objet qui m’intéresse, le monde se réduit à cet objet, que ce soit une statue, une peinture, un papier ou une toile.  Et le monde est plein d’objets qui, à eux seuls, n’ont besoin d’aucune justification.

Et faire l’histoire d’un objet revient alors à plonger dans celle de l’obsession qu’ont éprouvé ces possesseurs à travers le temps à le posséder.  Jusqu’à ce que posséder puisse se faire par delà bien et mal.

C’est incroyable, comme les choses les plus innocentes peuvent engendrer les tragédies les plus improbables.

Dans la phrase qui dérive, la mémoire qui flanche de celui qui écrit, confondant les époques, faisant d’un il le tu auquel il s’adressait plus tôt, se donne précisément à lire cette conjonction intime entre Beauté et Mal, cette conviction du narrateur que le Mal ne peut qu’exister lié au Beau et comme hors du temps.

L’Obersturmbannfürher Rudolf Höss, qui était né à Gérone pendant l’automne pluvieux de l’an 1320, à l’époque si lointaine où la terre était plate.

Le bourreau néo-nazi ne ressemble pas à l’inquisiteur .  Il l’est.  Le Mal, quand il est parfait comme seul lui peut l’être, même s’il s’incarne (Le Mal, c’est des vraies gens.), est une figure fondamentalement uchronique.  Et quelle meilleure manière de montrer l’uchronie du Mal que dans la confusion de la mémoire qui se charge de le confesser?

Je suis responsable : confiteor

Jaume Cabré, Confiteor, 2013, Actes Sud, trad. E. Raillard.

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