« La bataille de Pharsale » de Claude Simon.

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Un narrateur imagine alternativement ou en même temps la manière dont sa maîtresse le trompe et la bataille de Pharsale.  Comme l’imagination ne se déploie qu’à partir de ce qui fait corps avec soi-même, il fait appel, pour évoquer la bataille, à des souvenirs de guerre personnels ou à des tableaux qu’il a vu et sur lesquels il projette d’écrire un essai.  S’y mêlent l’évocation d’une recherche du site exact de la bataille avec un ami grec, les souvenirs d’un décodage d’une version latine, et d’autres infimes parcelles de sens…

Le détail masque toujours l’ensemble, leur univers n’est pas continu, mais fait de fragments juxtaposés.

La page est déflagrée.  A une citation de Lucain, succède une scène de coït, la description d’une peinture de Poussin ou de Della Francesca se mêle à celle d’une fuite du narrateur à cheval devant les balles allemandes, l’analyse minutieuse, presque obsessionnelle d’un billet de banque, forme étrange écho avec la description sans cesse reprécissée du passage d’un pigeon devant les yeux de qui décrit.  Le graveleux fait place à la précision érudite, l’érudition maladive au quotidien.  La phrase se fait d’éclats, de fragments.

regardant en réalité un spectacle intérieur, peut-être la forme la couleur des mots qu’elle vient de dire comme s’ils lui apparaissaient non pas imprimés et enfermés dans des bulles mais surgissant du néant l’un après l’autre avec leurs sinuosités leurs barres leurs verticales leurs méandres leurs ondulations leurs coupures abruptes se complétant se reliant grossissant puis s’immobilisant restant là suspendus dans l’air lui aussi immobile continuant à vibrer silencieusement redoutables énigmatiques chargés de sens multiples jusqu’à ce que la phrase la réplique suivante les repousse s’installe à leur place.

Car c’est bien d’elle qu’il s’agit.  De la phrase.  Et de la bataille à mener pour la former.  Qui fait écho à celle déjà menée, enfant, pour venir à bout de la version.  De la phrase de Bataille, aussi, celle qui conjugue amour et cruauté dans l’indifférence de leur nature.

Le massacre aussi bien que l’amour est un prétexte à glorifier la forme dont la splendeur calme apparaît seulement à ceux qui ont pénétré l’indifférence de la nature devant le massacre et l’amour.

Bataille de Pharsale.  Bataille de la phrase.  Phrase de Bataille.  Alors que le je du début devient O. (zéro ou Orion?), le tout baigné d’une lumière jaune (celle de la jalousie auxquels les rappels à l’Odette de Proust nous renvoient sans cesse), dans le génie d’une phrase fragmentée dont l’unité?, le sens ? se recomposent comme magiquement dans le sujet lisant, Claude Simon nous convie à une bataille qui ne peut aboutir qu’à la répétition, qu’au retour du même.  Une phrase qui n’est que la trace d’un sublime échec.

Couchés à plat sur le sol parmi les fûts de colonnes brisés et les fragments d’architrave, les deux silhouettes enlacées aux entrailles de pierre semblent s’enfoncer dans les entrailles grisâtres et compliquées de la pierre, du temps, où seule la rumeur silencieuse de leur respiration, la trace minérale de leurs formes, rappellent leur existence.

Claude Simon, La bataille de Pharsale, 1969, Minuit.

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