« Cinq le Choeur » de Anne-Marie Albiach.

Cinq le Choeurla disponibilité

 

ne signifie

 

 

 

 

le même

absence

Chez Anne-Marie Albiach, la page paraît moins trouée que les mots n’y sont déposés comme en suspension.  Chez elle, il y a d’abord la page.  Non comme canevas sur lequel organiser des mots.  Mais bien comme simple espace ne signifiant rien.  Blanche ou vide.  Figure d’une absence.  Et c’est le mot qui l’encre (Ah Philippe Beck!) qui transfigure cette absence en disponible.  Les mots sont d’abord cela qui confère à ce sur quoi ils se posent un sens.  Avant même de s’organiser entre eux pour « exprimer quelque chose », ils sont ce par quoi advient un support à signifier.

De même la phrase d’AMA s’arrêtant, s’interrompant, figure-t-elle autre chose que ce qu’elle dit par son énonciation.  Par ces arrêts abrupts, comme les précipices ne se devinant que par ce qui s’arrête à leurs bords, la phrase dit les gouffres qui s’entrouvrent à ses pieds.  Et, dérogeant à l’horizontalité du poème, elle questionne les vides (qui donc, ne sont plus des absences mais bien des disponibles) que les mots creusent entre eux.  Verticale, sa poésie est toute de mouvement.  Car c’est bien le trajet d’un mot l’autre qu’elle invite le lecteur à habiter.

toutes les évidences lui sont mystère

C’est peut-être en cela que la poésie d’AMA est si vivace, si riche, s’abreuvant de (et la nourrissant) la philosophie la plus spéculative.  Non pas que la pensée créatrice se donne pour fonction de « creuser » les évidences, ou de chercher derrière ou sous celles-ci.  Mais de considérer les évidences mêmes, ou plutôt le fait même qu’il y en ait, comme, réellement, un mystère.

Anne-Marie Albiach, Cinq le Chœur, 2014, Flammarion.

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