« Le chant de la Tamassee » de Ron Rash.

Le Chant de la TamasseeUn père qui a perdu sa fille, victime d’une rivière, et qui ne peut l’accepter. Un homme d’affaires qui bénéficie d’une publicité nationale gratuite pour son produit. Un promoteur qui se sert de l’événement pour fragiliser les réglementations écologiques.

Alors que les Kowalsky passent des vacances le long de la Tamassee, rivière séparant la Géorgie de la Caroline du Sud et dont le lit bénéficie d’une protection naturelle stricte, Ruth, la fille de la famille, faisant le pari de poser un pied dans chaque état, est happée par les flots et se noie. Pris dans les tourbillons d’un ressaut hydraulique, son corps ne peut ni remonter naturellement, ni être ramené à la surface par les plongeurs du lieu. Seul un barrage amovible détournant momentanément les eaux tumultueuses – ou un dynamitage de cet endroit de la rivière – permettrait de rendre la dépouille à sa famille. Mais, la rivière étant placée sous la protection stricte du Wild and Scenic Rivers Act, toute modification de son cours, même temporaire, est légalement proscrite. S’engage alors un bras de fer entre les partisans de la famille et les environnementaux locaux qui craignent l’utilisation qui pourra être faite de ce précédent.

Je ne suis qu’une informatrice qui montre ce qui est déjà là.

Narré par une photographe confrontée à l’agonie de son père, et accompagnée dans son reportage sur les événements par un journaliste ayant lui-même perdu accidentellement son épouse et sa fille, Le chant de la Tamassee ne se contente pas de brosser un tableau manichéen des luttes écologistes. S’il dresse bien un tableau des enjeux d’une protection de la nature, et s’il fait d’ailleurs peu mystère du camp dont il embrasse la cause – ce qui peut un tantinet exaspérer -, Ron Rash construit un récit bien plus ample que ce à quoi le quatrième de couverture le réduit incompréhensiblement. Face à un être mourant, face à des parents submergés par la douleur d’un deuil impossible, que représentent encore nos combats? Que pèsent encore nos convictions, dont rien il y a peu encore ne paraissait pouvoir contrebalancer la force, en regard d’une irrémissible, juste, incontestable et universelle douleur? Toutes confrontées à l’insondable souffrance (celle de l’endeuillé, celle de l’agonisant) d’un autre, les voix de ce chant font l’expérience de l’empathie vraie.

La Tamassee n’est pas que le terreau d’une écologie fantasmée. Elle est l’occasion, dans ce récit bouleversant, de vérifier que la « nature », quelque soit le peu auquel on cherche à la réduire, n’est ni un ailleurs dont nous pourrions être l’inflexible et séparé garant, ni un sanctuaire.

et la voilà qui fait partie de la rivière.

Ron Rash, Le chant de la Tamassee, 2016, Le Seuil, trad. Isabelle Reinharez.

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