« Les promesses » de Marco Lodoli.

PROMESSESNotre bonne éducation ne nous interdit rien : elle prend les devants, elle empêche de réclamer et de vouloir.

Une bonne sœur (une bonne sœur, un lac rond sans débouché) en doute à qui sa mère supérieure confie une classe de tout jeunes enfants, une femme de ménage formée dans un étrange institut qui nous conte la vie de la famille chez qui elle sera en poste jusqu’à la fin du dernier membre de celle-ci, une femme follement éprise d’un homme pour qui la vie n’est que légèreté.  Un Dieu, un foyer, un homme aimé.

Un seul viendra-t-il éclairer cette vie et tout le reste?

Chacune de ces femmes voit se fissurer la promesse d’une vie pleine, réussie, qu’elle avait fait reposer sur un socle qu’elle croyait stable et qu’elle voit se dérober sous elle.  Le Dieu de bonté est aussi celui au nom duquel des dogmes éloignent des plaisirs simples; la famille est un lieu de partage, de formation, d’épanouissement, mais aussi celui d’où sourdent les raisons de sa propre dislocation, l’homme aimé, irresponsable, se refusant à toute vue sérieuse sur quoi que ce soit, est celui par qui la vision sur le monde est sans cesse renouvelée, rafraîchie, mais également celui à cause de qui subvenir à l’essentiel devient une inquiétude incessante.

Quelle est la tâche de l’homme, cette excroissance de chair et de peur, de désir d’anéantissement, que peut-il pour que la vie ne soit pas qu’un cheminement aveugle?

A ces femmes, devant ces promesses qu’elles voient devenir vaines, échappent cette tâche et les raisons qui la fondaient.

si tu es ici, c’est parce que tu as été choisi pour cela et si tu as été choisi, il y a une raison, tant pis si toi tu en ignores le pourquoi, il suffit que tu sois toujours à la hauteur de cette raison.

Marco Lodoli, par une écriture économe, toute en retenue, narrant les faits de la fiction comme à distance, réussit magnifiquement à rendre la perte d’équilibre de ces femmes qui sont comme suspendues entre la tentation de s’accrocher quand même à cette promesse et la nécessité de s’en trouver d’autres.  Sans jamais qu’elles nous donnent l’impression de vouloir se laisser aller au vide.  En maître de la métaphore (presque de la parabole), ce n’est pas de leur chute qu’il nous parle ici, c’est de ce moment même où l’on perd l’équilibre.  Moment qui peut durer une vie.

Dissimuler, cacher, embrouiller, voilà comment on fait pour imiter le monde.

Marco Lodoli, Les Promesses, 2013, P.O.L.

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